Home / RAP FR  / Chroniques  / Chronique : Caballero & JeanJass – Double hélice 2

Chronique : Caballero & JeanJass – Double hélice 2

Retour sur le deuxième volume de la Double Hélice belge

Sans être un groupe à part entière, le duo belge frappe par sa cohérence. La double hélice c’est l’association de deux rappeurs avec leur propre univers, leur propre champ lexical. Le grand chevelu termine rarement un couplet sans avoir fait une référence au ballon rond. Le petit barbu monte constamment sur ses grands chevaux et espère un jour se faire sponsoriser par Ralph Lauren. Heureusement, les textes de JeanJass et Caballero ne se résument pas qu’à ça. La vision de l’égotrip qu’ils ont amené à travers leurs sons est pertinente, car leur univers montre qu’il s’agit souvent de second degré. C’est également -et surtout- très bien exécuté. La première version de la double hélice a plutôt bien découpé les doigts et oiseaux qui ont tenté de s’y frotter. Plus allongé pour la version deux, espérons que l’appareil soit toujours efficace.

 

1. Sur mon nom : Ode à l’égotrip sur une grosse prod cadencée. La complémentarité des deux MCs est vraiment excellente. Espérons que cela va se retrouver sur tous les autres morceaux. L’utilisation des scratchs rappelle les débuts des deux protagonistes, on rentre dans le turn up mais on oublie pas les bases.

 

2. Rvre : Un nouvel égotrip maîtrisé de fond en comble. Ici on est moins dans le turn up intensif. En Belgique ça se passe chez Quick mais pourtant les propos des deux MC sont très américains. Un mélange d’allitérations et de flows doux comme un Sundae caramel saupoudré de cacahuètes.

 

3. Bonnes fréquentations : Rien que pour l’appellation « Oncle Shu » du grand Shurik’n, cette partition vaut le coup. La référence à Georges Brassens est également très agréable et marque une nouvelle fois la très grand culture des deux belges. Une belle ode à l’amitié dans une époque rapologique où on parle plus des mauvaises fréquentations. Le cocktail « sample jazz + drum trap » coulisse tout seul dans nos oreilles.

 

4. Match Retour : L’alchimie prend moins bien sur ce morceau. Le producteur Ozhora Miyagi nous a habitué à mieux. Rien de bien désagréable mais rien non plus de transcendant. Pas suffisant pour marquer le but à l’extérieur qui assure la qualification.

« Va dire à Gims que j’suis qu’à deux pour cent »

5. TMTC : Que les schémas de rimes de Caballero sont efficaces. Il réussit à tromper l’auditeur avec la phrase où il sous-entend le name dropping de Nekfeu. Le propos général du morceau est intéressant et sors un peu de l’égotrip. Accompagné d’un doux refrain, c’est plutôt réussi.

 

6. La base : Le morceau qui va faire transpirer la foule pendant leurs concerts. Une accumulation de ponts, refrains et couplets qui restent dans la tête. Cela donne un format saccadé excellent pour la scène. Le « Yah, yah » répété plusieurs fois à chaque refrain me fait penser au début de couplet de Lil Uzi Vert dans « Bad and Boujee », est-ce volontaire?

 

7. Vrai ou faux (feat. Romeo Elvis) : Le refrain est d’une douceur incroyable. La voix de Romeo Elvis se marie parfaitement avec la prod. Tout colle dans cette partition à écouter au bord de l’eau, accompagné d’un thé glacé. Des accents belges à écouter sous le soleil du sud de la France. Certainement un des meilleurs morceaux du projet.

 

8. Un endroit sûr : Dans un disque où la trap -aussi douce qu’elle soit- est reine, un son aux sonorités old-school est le bienvenu. Surtout quand il est réalisé de telle manière. Le couplet de JeanJass est digne des plus grands, une vraie prise de conscience. Un morceau glacé mais qui peut réchauffer certains coeurs par la finesse d’écriture.

« Demain putain, demain c’est vraiment loin
Je n’crois pas en Dieu, c’est un problème en moins »

9. FDP : J’suis pas venu ici pour souffrir eukay?

 

10. SVP : Le corps bouge tout seul, le pire réfractaire aux drogues douces aurait du mal à résister à fumer un gros pilon en écoutant SVP. L’insolence est de mise, mais la politesse n’est pas dispensée, donc ils sont pardonnés. C’est la pizza que tu prends depuis des années au camion à côté de chez toi, la recette ne change pas, mais tu la kiffes trop pour changer.

 

 

11. Ma story (feat. Angele) : La démarche est intéressante. Mais il manque un truc pour que ça soit pleinement réussi. Le refrain n’est pas complètement accrocheur. Plutôt dommage.

 

12. Pour ça (feat. Seven) : La longueur du projet commence à se faire sentir. La recette de ce morceau, on l’a déjà goûtée sur Match Retour ou encore Vrai ou Faux, mais en moins élaborée. Du blanc de poulet sans épices qui relèvent le tout.

Bonjour c’est un doigt d’honneur de vous rencontrer

13. Voler : Ballade qui rappelle fortement Oh Merde, présent sur le premier volume de la Double Hélice. Les couplets et la prod’ remplissent très bien le contrat, mais le refrain n’est pas à la hauteur. Un constat un peu similaire du morceau précédent.

 

14. Soin : Quelle déception pour le morceau solo du Double J. Encore une comparaison avec le volume précédent, mais Motivé me plaisait bien plus. La qualité des couplets est encore notable, mais il y a toujours ce problème de refrain qui commence à devenir récurrent en cette fin d’album.

 

15. El Gordo Guapo : Bah voilà, des 808 solides comme des tanks, des rimes fines du Gordo Guapo, un refrain entêtant. Il m’en fallait pas plus pour bouger tête et bras sur le solo de Caballero. Les punchlines sont excellentes, tout comme les références. La dédicace à Damso fait plaisir à entendre et permet de voir une nouvelle fois que le game belge est uni, prêt à tout détruire.

« Ils veulent pas qu’j’évolue comme si j’étais l’Pikachu »

16. On est haut : Pas de meilleure façon de conclure l’album. Ce morceau c’est la recette typique de Caba et JJ. Ta mousse au chocolat simple mais efficace pour clôturer ce repas.

 

Après avoir bien digéré le menu proposé par Caballero et JeanJass, le sentiment qui reste est plutôt positif, malgré quelques erreurs. Ce ne sont pas des erreurs de cuisson, car sur chaque morceau la technique lyricale des deux cuistos est impeccable. Le principal reproche de ce projet est de nous avoir trop servi à manger. La carte est plutôt diversifiée, mais peut être trop longue, la faute à certains mets qui ont le même goût que d’autres, qui n’exaltent pas tellement les papilles. Le menu aurait pu être allégé de certaines assiettes comme Match Retour, Ma Story ou encore Pour ça. Mais ne nous y trompons pas, les autres éléments servis sont de bonne qualité, avec certaines pièces délicieuses. On a des entrées qui mettent l’eau à la bouche comme Sur mon nom ou Bonnes fréquentations, des plats de résistance exceptionnels (Un endroit sûrVrai ou Faux avec Romeo ElvisSVP), et des sucreries pour terminer la dégustation (El Gordo GuapoOn est hauts). Il y a des imperfections, mais le deuxième volume de la Double Hélice mérite toute notre attention.

14/20

hugo@vrairapfrancais.fr

Review overview