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CHRONIQUE : ALPHA WANN – ALPH LAUREN 2

Alpha Wann présente le deuxième volet d'Alpha Lauren

Alpha Wann est un type bien. Un bon élève. Dans cet immense lycée technique qu’est notre rap hexagonal, où tout le monde est en retard, s’absente, se dispute, Alpha Wann se stabilise aux alentours du tableau d’honneur. Il y a deux ans il rendait déjà son devoir avec exemplarité en début d’année 2014 (20 janvier), avec son premier EP Alph Lauren. Un bon projet, qui demandait à être digéré sur la durée, dans un esprit très smooth, parfois à la limite du nonchalant. Pour re-situer un peu le personnage, pour tout ceux qui l’ont déjà écouté en freestyle, sa facilité au micro est frappante, il a un sens habile de la formule et du placement, si tant est que sa mémoire ne lui joue pas des tours (cc Rap Contenders). J’en veux pour preuve sa version du mythique « Momonnaie » d’Ill des X-Men qu’il a revisité de manière très honorable, d’autant plus que l’exercice est casse-gueule. Bref, Janvier 2016, Alph Lauren II ! Une pochette assez similaire, les artistes estampillés Don Dada (Hologram’ Lo, VM The Don) évidemment très présents, autant de titres…

On prend les mêmes et on recommence ?

 

1/ Protocole : Une introduction rondement bien menée. En (très) petite foulée, presque au ralenti, Alpha Wann s’échauffe. Comme si l’on assistait à une préparation de scène, des essais de micros, on pose sa voix, mise en place du décor, dans une ambiance tamisée, très cosy. Puis tout d’un coup le rythme va crescendo et donne un super final de morceau, dans un registre relativement inattendu. Une entrée en matière soignée.

 

2/ 1,2,3 : Richie Beats, qui a connu une faste année 2015, à la production. Le morceau est sorti il y a un peu plus d’un mois, pour un clip très coloré et impressionniste. Le morceau est habilement mené, tant dans la rythmique que dans les lyrics, mais paradoxalement quelque chose coince. Peut-être trop carré et un peu répétitif. Bien, sans plus.

« J’suis dans mon sous-marin, je n’suis pas en croisière. J’veux pas d’un taf normal depuis mon stage en 3ème »

 

3- Sous Marin : Le projet reprend de l’allant, une intro percutante et entraînante pour marquer le coup d’entrée « J’suis dans mon sous-marin, je n’suis pas en croisière / J’veux pas d’un taf normal depuis mon stage en 3ème ». C’est vrai qu’il était nul mon stage de 3ème. Très bon titre, bien produit, des changements de rythme et de flow qui font que le track n’est jamais monotone. Du beau boulot !

 

4- A Deux Pas feat Nekfeu : Est-ce que Nekfeu dort de temps en temps ? Le MC présente en effet quelques symptômes du syndrome Kad « On me voit partout » Merad 2008, jusqu’à l’indigestion ou presque. Pourtant sur ce morceau entre les deux acolytes d’1995 pas grand chose à redire, c’est rôdé, la complémentarité est évidente et bien léchée, le refrain accrocheur…En fait ce titre aurait très bien pu figurer sur la tracklist de Feu. C’est un peu ça le problème, les morceaux de Feu (plus ceux de la réédition, plus la BO de Creed, plus….) on les a beaucoup (beaucoup beaucoup) entendu… Alors vous me direz un de plus de moins… On est plus à ça près. Mais quand même. Pardon, du quoi ? Délit de sale gueule ? Moui peut-être…

 

5- Barcelone : Un son qui rappelle assez fortement l’atmosphère musicale du premier volet. Un registre presque indolent, qu’Alpha Wann maitrise toujours plutôt bien. On regrettera l’apparition minime du rappeur belge Caballero, qui n’intervient que pour l’intro et l’outro en espagnol (qui aurait pu être en catalan tant qu’à faire, et aller jusqu’au bout du truc). L’ambiance, la technique, le cocktail est bon.

 

6- Lunettes Noires feat Spri Noir : Un coup de foudre ! Comme relevé pour le morceau précédent, Alpha Wann s’en sort (et s’en sortira) toujours sur des ambiances posées, en mode force tranquille, mais quand il passe la seconde c’est là que le charme opère vraiment de mon côté. La connexion est formidable, le refrain super juste, et la production de DJ Lo’ parfaitement ajustée. A noter que le clip vaut le détour, déjà parce qu’il revisite la scène du match de basketball d’American History X version football, mais surtout pour voir Sneazzy en survêt de Manchester Uniter tenter un retourné acrobatique. On ne vit pas ça plusieurs fois.

 

7- Vortex : Encore une fois très juste, le rythme redescend mais Alpha Wann maitrise son « vortex spatio-temporel » de bout en bout. Couplets, refrains, la prod de DJ Med Fleed, scratches, même en tant qu’inspecteur des travaux finis je n’ai rien sur quoi chipoter. Toujours est-il que sur ces atmosphères smooth, la prise de risque n’est pas énorme…

« J’suis pas un négro philosophe ou un négro qui joue au singe.Pendant qu’tu achètes des diamants pour la chaîne de ta chienne »

 

8- Alph Lauren : En voilà un beau final ! 1 track, 3 couplets, 3 ambiances assez différentes. Et que dire de ce premier verse, magistral ! Quand Alpha quitte sa vraie-fausse nonchalance pour prendre les armes c’est à ce moment là que l’on franchit un vrai palier.

 

2016 débute comme 2015 avait fini, des drames et des bons disques de rap français. Le décor et les bons ingrédients du premier volet ont été conservé, mais il y a dans ce Alph Lauren II quelques ingrédients en plus. On a toujours l’ombre de la direction musicale du premier opus au dessus de nos têtes, mais il y a une énergie nouvelle, une touche plus percutante, sur un titre comme « Lunettes Noires » avec Spri Noir par exemple, ou encore sur le premier couplet du morceau éponyme « Alph Lauren ». Donc pour répondre la question de l’introduction, non on ne prend pas juste les mêmes et on recommence, sinon à quoi bon attendre deux ans pour sortir un frère jumeau du premier EP ? Non « Alph Lauren II » a de nouveaux ingrédients, de nouveaux arguments, de nouvelles têtes au casting, et s’il n’a pas participé (avec un projet concret) au grand cru rap français 2015, le MC à lunettes ne passera pas à côté de cette année.

Note : 14/20

 

 

 

tomlansard21@hotmail.fr

Tom, jeune et bien élevé. Sudiste et sans accent, le journalisme comme choix de vie le zin. On aime une mesure bien tournée comme un juron bien senti. De l’autotune sur les tartines le matin, les premières romances avec la nocturne le vendredi soir, pas peur d’aller s’enfoncer dans les abysses des suggestions Youtube. Tout a plus ou moins commencé avec Rohff, mais comme souvent les histoires d’amour finissent mal, en général.

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