Zed Yun Pavarotti

Interview par Bastien

Nouvel extraterrestre du rap français, Zed Yun Pavarotti a récemment sorti French Cash. Nous l‘avons rencontré lors de sa tournée, au festival Hip Opsession Reboot à Nantes. L’occasion pour le rappeur de Saint-Etienne d’apporter quelques précisions sur sa musique et son univers. 

 

VRF : Ton dernier projet, French Cash, est sorti en mai dernier. Depuis, tu connais une petite reconnaissance du public. Quel regard portes-tu sur ce début de carrière ?

ZYP : J’ai eu des bons retours donc c’est bien. Ça m’a donné envie de passer à la suite. J’ai pu trier les musicalités et trouver ce que je préférais faire et ce que je me devais de faire. Je vais affiner, j’ai pu tout tester et il va être temps de tenter moins de styles. La tournée m’a également fait voir ce qu’il est possible de faire sur scène ou non.

Après ce projet, je vais donc axer sur la chanson. Pas comme Velours, qui est un extrême par contre. Car au début j’étais vers la trap sauf qu’on en a partout. Je veux créer mon truc tout simplement, et ça passera par des musicalités chantées.

VRF : Dans ce projet, tu parles très souvent d’argent. Je crois que cet attrait pour l’argent est dû à une enfance difficile… Tu peux nous en dire plus ?

ZYP : D’abord, je fais du rap par passion. Et c’est aussi mon travail, donc je le fais pour la thune. J’ai envie de faire le plus d’argent possible, tout en épuisant ma passion.

Et avoir de l’argent c’est aussi une revanche sur mon passé en effet. J’ai grandi dans une famille qui n’était pas aisée alors j’ai envie de changer le cours de leur existence. Ça commence petit à petit, ça se profile bien. Mes parents sont extrêmement fiers de moi. C’est déjà beaucoup.

VRF : Et justement dans Confetti, tu dis « j’fais de la musique, donc vie super ». Tu es heureux dans ta vie maintenant ? Le succès te satisfait ?

ZYP : C’est sarcastique de dire ça. (rires) Justement, j’ai découvert des inconvénients à faire de la musique. Là je te parle de la reconnaissance de ceux qui étaient proches de moi avant. Et même la reconnaissance du public. Tu sais, ces choses-là, c’est pas normal pour tout le monde.

La réussite c’est spécial. Moi je réussis donc je n’ai rien à en redire. Mais c’est plus pour ceux qui triment et qui n’y arrivent pas. Pour eux, l’échec peut être très difficile. Ce milieu n’est pas simple.

VRF : Tu as ton univers très spécifique. Que ce soit dans ta musique ou dans l’image que tu dégages. Pour toi, c’est ça la recette pour percer dans le rap d’aujourd’hui ? Trouver sa différence ?

ZYP : De manière générale, il faut aller au bout des choses. Je pense avoir trouvé mon truc donc je vais vers ce qui me correspond le plus. C’est ma vision des choses.

VRF : Dans Septembre, tu dis « j’viens de la planète rouge ». Et c’est vrai que tu restes très énigmatique pour le public. Comment décrirais-tu ta musique ?

ZYP : Je fais du nouveau rap selon moi. J’essaie de créer le truc qui me satisfera le plus, avec de belles envolées lyriques conditionnées par rapport à la mélodie. Je veux créer le truc le plus beau en fait.

 

 

VRF : Pourquoi avoir fait aucun feat sur ce projet ? On est dans une période où les collaborations se multiplient… Tu en fais quasiment pas… 

ZYP : J’ai pas eu d’occasions, je n’ai démarché personne car je n’ai eu l’envie de faire un feat. En fait, je parle à personne et personne me parle. Bien sûr, après la sortie, j’ai eu des messages d’autres rappeurs et même d’artistes assez inattendus. Mais rien de plus.

Et avec les gars avec qui je m’entends bien, je ne trouve pas obligatoire d’aller faire des feats pour faire des feats. Même si j’adore la personne ou l’artiste, si il n’y pas d’intérêt musical derrière, ça ne sert à rien.

VRF : On dit souvent qu’un artiste doit prendre toute la scène et bouger pour capter son public. Toi c’est tout l’inverse, tu restes fixe à ton micro. Pourquoi ?

ZYP : Je n’ai pas envie. (rires) Ce ne sont pas mes codes ni dans ma nature de sauter partout sur scène. Ma musique pourrait se prêter à ça en vrai. J’ai déjà essayé d’axer mes lives sur plus d’énergie et ça marche. Mais ce n’est pas mon truc alors je reste statique, mains derrière le dos. Je suis naturel comme ça.

VRF : Dans un rap centré autour de Paris et Marseille, ça relève presque du miracle de percer lorsqu’on vient d’une ville comme Saint-Etienne. Tu peux raconter ton parcours ?

ZYP : J’ai fait mes armes à Saint-Etienne, tout seul. Après j’ai rencontré un collectif stéphanois qui s’appelait Posa. J’ai fait mon premier morceau avec un producteur et ça s’est lancé.

Il faut savoir qu’il y a une scène hip-hop là-bas évidemment. Après c’est très lointain pour moi. J’écoute très peu de rap français, alors le rap de Sainté… 

Mais ce qu’il faut savoir c’est que je m’étais promis de ne jamais monter à Paris si on ne m’appelait pas. Alors j’ai fait ce que j’avais à faire. J’ai sorti ma première mixtape et immédiatement on m’a appelé. Je suis monté et ça s’est lancé.

VRF : Si tu n’écoutes pas beaucoup de rap, c’est quoi tes références ?

ZYP : J’ai mes périodes. En ce moment, je suis aussi sur du classique baroque et du folk. En fait, je remarque que j’écoute pas mal de chanteuses anglaises. Et des fois, y a pas mal de rap américain dans mes oreilles. En fait, je ne suis pas conditionné à un genre.

VRF : Enfin, ton nom interpelle. Pourquoi « Pavarotti » ? Tu es fan de Luciano ? 

ZYP : Ouais je suis trop fan du personnage, tout simplement.