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« Via Regalis », l’album « parfait » de Booba

Nous avons imaginé ce que serait l'album "parfait" de Booba

Plus besoin de le présenter. Il a marqué le rap comme personne ne l’a fait. Comparer un artiste à un footballeur est aujourd’hui coutume, mais impossible d’imager la carrière et le personnage de Booba avec n’importe quel sportif. Une chose est sûre, il a gagné, il laisse une empreinte et continue de le faire encore aujourd’hui. 8 albums studio, 4 mixtapes, un nombre incalculable de tubes. Même si ses projets ont tous plus ou moins marqué le hip-hop, aucun album n’est parfait. Des classiques parmi ceux-là? A coup sûr. Un album sans aucune erreur? Difficile à prouver. De 2002 à 2015 les albums sortis par le DUC sont tous différents, ont tous une couleur propre, les mélanger est une expérience périlleuse mais intéressante. Le but est de piocher les pépites de chaque album pour arriver à un produit à quelques millimètres de la perfection, 100% Elie Yaffa. Passer de Temps Mort à Nero Nemesis, de Futur à Panthéon peut heurter l’oreille de certains puristes ou novices, mais il faut savoir faire des sacrifices pour que ce soit beau. On ne précisera pas de quel album vient chaque morceau, mettez vous bien en tête que c’est un album studio exclusif de Kopp. Prenez vos écouteurs, votre enceinte, vos haut-parleurs merdiques de téléphone et partez en DeLorean plaque 92i pour un voyage entre 2002 et 2016, voici l’album parfait de Booba.

 

La playlist de l’album est à retrouver sur Apple Music ici et sur Spotify ici.

 

1. Mauvais garçon : Que la nation brûle sous ses lyrics. La meilleure intro de Booba, une minute et vingt-sept secondes sans aucune erreur. Il te reste une minute avant d’arriver à ton entretien d’embauche, prend toi cette prod avec ce couplet, tu ne pourras pas échouer. Si ton employeur te prend de haut, t’es obligé de tirer sur ce fils de pute.

 

2. Tony Sosa : Et oui les voyages en DeLorean sont surprenants, j’avais prévenu. Le son te tient en haleine, tu chantonnes le refrain en imitant la voix chopée, tu bouges la tête naturellement. La lenteur de la prod t’emmène ailleurs mais tu kiffes. Tu pourras pas expliquer pourquoi tu aimes ce son, comme beaucoup d’autres personnes, que Dieu te punisses d’être comme les autres.

 

3. Izi Monnaie : On retrouve la voix « au naturel » du Duc. Les choeurs de la prod se mêlent parfaitement avec les tons grave du rappeur. Ce morceau est une ode à l’argent et à la réussite, Booba est fier de son parcours, il est riche depuis le franc. Un morceau sombre pour assumer sa superpuissance dans le game. Une avalanche de punchlines qui seront samplées dans certains de ses propres morceaux : « J’ai fait la guerre pour habiter Rue de la Paix, je ne manque jamais à l’appel quand c’est le jour de la paie ».

 

4. Paradis : Un peu plus de douceur dans un album qui a commencé dans la violence. Les notes aiguës du synthétiseur pénètrent avec violence nos tympans, la mélodie au piano adoucit notre écoute : la prod est un savoureux cocktail. Le morceau sonne comme une révolte moderne, entre revendication, mélancolie et introspection. Technique de rimes, punchlines, émotions, refrain efficace, si ce morceau ne nous amènera pas au paradis, il peut permettre de nous l’imaginer.

 

5. Wesh Morray : Ce morceau a engendré beaucoup de choses. Remixé par Rohff, il fut le point de départ d’une rivalité entre les deux rappeurs. D’abord en musique, puis transformé en violence. Ce morceau fait découvrir un nouveau flow de Booba, à partir de là la trap commence à se démocratiser en France. C’est de là où est parti le gimmick « Morray », c’est bourré de références, qu’on aime ou pas ce morceau, il est rentré dans l’histoire. « Willy Denzey, Willy Willy Denzey. Sont petits et faibles, perdus de vue. »

 

6. LVMH : Qui ne se prend pas une claque en découvrant cette instru. Un piano et d’autres instruments millimétrés. Le thème est le même qu’Izi Monnaie, la réussite et l’argent. La manière de le faire est totalement différente. Flow saccadé sur deux mesures, plus académique sur un pont, autotune sur le refrain, tout fonctionne. On rentre dans l’univers et on ne veut absolument pas en sortir. Evidemment, les punchlines sont toujours plus sombres et marquent les esprits. « J’te la met jusqu’à la ge-gor comme si j’baisais Mimie Mathy », sale, efficace.

 

7. Pitbull : La DeLorean fait encore des siennes, on passe d’une mélodie de piano à une autre. Celle-ci est plus connue du grand public, mais les amateurs de rap préfèreront Pitbull que Mistral Gagnant. Ni moderne ni old school, ce morceau est un classique. L’émotion qui ressort du track est incroyable. Nombreux doivent être les rappeurs en herbe qui furent inspirés en écoutant ce son, et ça paraîtrait logique. Que tu le veuilles ou non, tu ne peux pas être insensible à Pitbull, à sa mélancolie, à sa violence, à ses métaphores. Pas possible de citer qu’une seule des phases, elles sont toutes marquantes.

 

8. Boîte Vocale : Après l’avalanche de punchlines, on va dire cette fois-ci que c’est une déferlante. Trois couplets sans refrain sur une instru percutante au possible. Ce n’est pas forcément le morceau qui a le plus marqué le peuple, mais il n’en est pas moins exceptionnel. Il a totalement sa place dans cet album qui est sensé s’approcher de la perfection. Un morceau où le rappeur réclame « la peine de mort pour pointeurs et pédophiles » mérite une attention particulière.

 

9. Interlude : Bon on se calme un peu et on apprécie cette interlude. Une instru samplée magnifique, un seul couplet qui glisse dessus à la perfection. Deux minutes de repos dans un album où on s’en prend plein la tête.

 

10. N°10 : Promis c’est un hasard de l’avoir mis à cet endroit. On se remet dans le vif du sujet avec un morceau intemporel. Une instru entre sample et synthétiseur qui donnera toujours des frissons au fur et à mesure de son évolution. Une véritable hymne comme Booba sait bien le faire. Allez enfile ton maillot va au stade, qui que tu supportes.

 

11. Tombé pour elle : Saut dans le futur pour une déclaration d’amour à celle que le Duc a toujours aimé : la rue. Un morceau détente qui arrive au bon moment, une instru bien rythmée avec une farandole d’autotune. Un morceau unique dans la carrière de Booba, pour l’instant la DeLorean n’est pas à court d’essence.

 

12. Garde la pêche : Depuis le crime paie zéro défaites. Est-ce toujours le cas aujourd’hui ? Je vous laisse faire votre idée. En tout cas ce morceau est un énième classique, toute la jeunesse a au moins entendu l’expression « Garde la pêche ». Une prod qui était dans l’air du temps et qui n’a pas pris une seule ride.

 

13. Strass et paillettes (feat. Ali) : Il fallait bien un featuring, le voilà. Evidemment avec son acolyte de Lunatic. Faire une ambiance plus sombre paraît compliqué. Ce fut (malheureusement?) le dernier morceau commun des deux rappeurs. Assonances et allitérations à foison. « Du shit encore connard c’est Lunatic ».

 

14. Comme une étoile : Comme une hymne. Sept ans après sa sortie, ce morceau est toujours présent dans les écouteurs et les enceintes des amateurs de Kopp. Emotion et rage sont au centre de cette chanson. Car oui, ce n’est pas seulement un morceau de rap, on dépasse cela. Comme un morceau d’histoire. 3 minutes qu’on mettra en replay à l’infini.

 

15. DKR : Après avoir clamé son envie d’être enterré au Sénégal, voilà l’hymne à l’Afrique. La voix autotunée de Booba coule sur la prod comme du caramel sur de la crème chantilly. On déguste et on s’ambiance. Même la DeLorean, qui d’habitude a la bougeotte, n’a plus envie de repartir, elle veut rester ici et profiter de ce qu’elle entend.

 

16. Tallac : Convecteur temporel réglé en 2004, les sons de cloches réveillent notre cerveau quand les basses frappent nos lobes. T’avais peut être pas capté à quel point ce morceau cogne, j’espère que tu t’en rends compte. La fin de l’album approche, je crois que même le convecteur temporel n’est pas prêt pour la conclusion. Renvoie ces connards d’MC en stage.

 

17. 92i Veyron : Certains ont voulu qu’elle soit déclarée nouvelle hymne nationale française. La demande n’a pas été requise. Hymne du 92i ? Sans aucun doute. Hymne de la jeunesse? A vous d’en juger. Deux jours après sa sortie, toute la foule connait les paroles par coeur au Bercy de Booba. Un an après Dimitri Payet l’utilise comme bizutage, avec l’autotune ça aurait été mieux. Pour ceux qui croyaient terminée la carrière de Booba, ce morceau est un joli doigt d’honneur. L’un des plus gros succès du rappeur est un caviar d’autotune, les vaincus racontent l’histoire.

 

18. Repose en paix : « F-a-u-x débranche, pé-sa en noir avec une faux, je contourne les MC’s à la craie blanche, le résultat d’une blanche et d’un nègre, un coup d’hanche et c’est le ravin, fais pas ton nid sur la branche d’un aigle » La DeLorean n’a pas rechigné pour cet ultime voyage, le moteur s’est emballé comme jamais. Comment ne pas terminer avec ce morceau? Celui qui avait enterré le rap français alors que l’on était seulement en 2002? Un couplet unique d’une technicité parfaite qui a marqué le hip hop. Un morceau incroyable pour conclure un album qui s’approche de la perfection. Que le hip-hop français repose en paix.

 

Oui certains très bons morceaux sont passés à la trappe, non il n’y a pas Boulbi, il n’y a pas non plus remix de Stay. Mais le but était de faire un album cohérent, pas un best-of. Pas seulement du old school, pas seulement de la trap. On peut avoir un argumentaire solide sur un morceau, comme un simple surkiff sur un autre, l’objectivité n’est pas reine quand il faut faire ce genre de choix. Pour construire un album cohérent il fallait que les morceaux se suivent correctement, afin d’avoir une vraie trame de la première à la dernière piste. Certains très bons morceaux ne sont pas dans cet album pour ne pas casser le rythme, Boulbi n’allait pas forcément avec la trame du projet.  Passer de Mauvais Garçon à Tony Sosa nous fait faire des bonds dans le temps mais cela ne choque pas l’oreille, ils se suivent parfaitement, on sourit tellement c’est bon.  Même constat pour Comme une étoile et DKR, on change d’ambiance mais on reste sur un enchainement de morceaux chargés d´histoire et d’émotion. Bon maintenant La DeLorean est fatiguée, plus d’essence ni d’énergie pour un autre voyage. Elle s’est posée sur les pavés du 92i histoire de se requinquer. Tout au long de sa carrière Booba s’est frayé un chemin entre la France, les Etats-Unis et l’Afrique, une voie royale. Reste-t-il encore des étapes de qualité dans cette épopée ?

 

TRACKLIST

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