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Un œil sur : Zuukou Mayzie

Depuis le milieu des années 2010, le mystérieux crew du 667, fait partie du paysage rap français. Si cette année Freeze Corleone semble être le membre qui s'est révélé, nombreux sont les rappeurs et rappeuses de

Depuis le milieu des années 2010, le mystérieux crew du 667, fait partie du paysage rap français. Si cette année Freeze Corleone semble être le membre qui s’est révélé, nombreux sont les rappeurs et rappeuses de la secte à encore travailler dans l’ombre. Zuukou Mayzie fait partie de ceux-ci, ce qui ne veut pas dire qu’il se fond dans la nébuleuse de rappeurs du 667. Au contraire, Zuukou a une identité bien à lui : loin du style sombre de ses camarades, il développe depuis plusieurs années un style atypique, festif, coloré, enfantin, drôle, criard parfois, mais toujours touchant et paradoxalement juste. Alors que Zuukou a sorti son premier mini-album sur un label ce 21 décembre (J.M.U.A.Z), il est temps de présenter ce personnage festif et extravagant, actif depuis quatre ans sur Soundcloud et différentes plateformes, en revenant sur son parcours.

Les débuts de Zuukou

En 2014, Jack Sparrow, le premier titre à faire connaître Zuukou Mayzie au public rap, morceau réalisé avec les deux têtes d’affiches de son crew (Jorrdee et Freeze Corleone), se déroule dans l’univers sombre, malsain et oppressant bien connu des amateurs du 667. Mais très vite les morceaux de Zuukou prennent une autre tournure : une influence kitsch et eurodance envahit son univers, une dimension festive voire de fête foraine se propage dans sa musique, tandis que basses et délires électroniques se mettent à accompagner sa voix douce et baladeuse (comme sur le morceau John Titor). Ce parti pris de Zuukou, quelque part entre l’univers anxiogène du 667 et celui outrancier des cartoons se développe jusqu’en 2016, où sort l’incroyable tube Tinder.

Le projet Disneyland

Le ton est donné : une comptine électronique, à la fois grotesque et terriblement efficace, envahit les oreilles des auditeurs du 667 habitués aux nappes sonores fumantes et codéinées de ses collègues. Le single annonce Disneyland, un projet coloré, enfantin, régressif même, jouant avec les frontières du mauvais goût pour mieux toucher l’auditeur. Derrière les néons de Disneyland se cachent la mélancolie et la nostalgie de Zuukou exprimés dès la première piste, Dessin animé. Ce contraste entre des sonorités électroniques criardes et des paroles pastels, tintées de tristesse et de grisaille n’est pas sans rappeler la démarche de Jul depuis quelques années. Empli de ruptures sentimentales (le titre En fait) et de collés-serrés foireux de l’auto-proclamé zoukeur doux (Rouge à lèvres <3 produit par les bretons de Www.), le projet oscille ainsi entre délire et mélancolie, comme sur le très beau Pussy Wagon avec la géniale Lala&ace.

Le premier projet officiel : J.M.U.A.Z

Après la sortie d’un Best of , compilant autant ses excentricités électroniques (Voisinages) que ses ballades sentimentales (Aide moi), Zuukou a donc sorti cette année son premier projet « officiel », J.M.U.A.Z. Ce mini-album marque une continuité autant qu’une rupture avec ses précédents projets. En effet, si Zuukou travaille avec la même équipe de beatmakers et les mêmes featurings, s’il aborde les mêmes thèmes (sa relation compliquée aux femmes, comme sur Renoi Mi Nippone), avec le même goût du kitsch et la même passion pour les références à la pop culture, il se prend en revanche pour la première fois au sérieux d’un bout à l’autre de son projet.

Cela ne veut pas dire que Zuukou renonce à nous faire rire (le morceau Zuukoeur Parker, ballade à l’egotrip enfantin délirant est là pour nous le prouver), mais plutôt que le projet a une véritable cohérence musicale (même si la dernière piste, en compagnie de Freeze Corleone se démarque – un peu maladroitement – par son aspect sombre), gorgée de rêveries adolescentes, de basses dansantes, et de synthétiseurs kitschs. Cette cohérence ne nuit pas à la diversité du projet : Super Garçon nous amène danser dans une soirée brésilienne, Jupiter Yieah nous transporte dans les dessins-animés que l’on regarde le matin à la télé, Minimum nous plonge dans la mélancolie orgueilleuse et électronique propre à Zuukou, tandis que Ringtone de l’Iphone nous fera zouker. À la fin du projet, on a bien compris que si Zuukou était bien le plus marrant tous les rappeurs, il était en revanche tout sauf une blague.

Zuukou Mayzie est au contraire bel et bien un nom à surveiller dans le rap français, et dont il faut prendre la folie très au sérieux. Collaborant avec l’artiste R&B et de musique électronique Oklou (sur Baby Gurl et ses gammes hypnotiques, sans doute le tube de l’album) comme son collègue rappeur Freeze Corleone, il pourrait bien, à l’image d’un Jorrdee, contribuer à développer les liens entre le rap français et la nouvelle scène de musiques électroniques française – son projet contient d’ailleurs une piste purement instrumentale. Avec lui, peut-être tient-on un espèce d’anti-héros du rap français (le fameux Zuukoeur Parker) aux super-pouvoirs bien particuliers : celui de nous faire danser tout en nous rappelant nos ruptures, celui de nous faire rire tout en nous émouvant, celui de faire un rap bourré d’émoticônes cartoonesques tout en étant profondément sincère.

Guillaume.echelard@gmail.com

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