Un oeil sur : Ocho

Jetons un oeil sur Ocho

« C Juste Ralenti » ?

Déjà dans les écouteurs des amateurs de Soundcloud ou dans la tête des consommateurs assidus de sirop violet depuis quelques années, la musique singulière d’Ocho peinait à se faire entendre du grand public. Jusqu’à maintenant. En effet depuis 2015 quelque chose a changé en France, le hip-hop est entré dans une nouvelle ère et même les puristes les plus nostalgiques de son âge d’or passé l’admettent : si le rap était mort, il a ressuscité. Que l’on apprécie leur musique ou non, c’est indéniablement à travers des artistes productifs débordant de créativité tels que Georgio, Jul, Lomepal, PNL, le 667, Vald, SCH, Nekfeu, ou des beatmakers comme DJ Weedim, Diabi, Richie Beats, Therapy, Meyso et bien d’autres, qu’un feu nouveau s’est allumé et a su raviver d’une flamme plus bleue encore cette passion qui se trouve en nos coeurs. Ces trois dernières années, le rap, qui s’est quasi-métamorphosé aux yeux du public, a pris une place non-négligeable dans les médias qui commencent enfin à lui tendre (parfois encore un peu trop difficilement) une main chaleureuse, au grand bonheur de ses nouveaux arrivants, misant sur un contenu déclassé et une mise en scène originale pour se faire remarquer parmi l’impressionnant florilège d’artistes émergeants. On pourra croire qu’Ocho fait partie de ceux-là : très présent sur les réseaux, novateur, super-productif et polyvalent ; de ceux qui ont vu venir la vague et l’ont prise au bon moment. Mais c’est dans son cas la mer qui a pris l’homme plutôt que l’inverse, avant de le laisser ensuite s’échouer sur cette grande plage de goudron fin qu’est le rap français, pour le plus grand plaisir de nos récepteurs auditifs. Alors chez VRF, on a pris contact avec lui afin de mieux comprendre son travail et de tenter de décrypter pour vous le profil de ce mystérieux personnage. Pour ce faire, il faut remonter en 2012, alors que Mr. Hollande vient d’être élu président de la République, « Astérix et Obélix : Au service de sa Majesté » sort au cinéma, Jérôme Cahuzac ouvre un nouveau compte non-déclaré en Suisse, Jean Dujardin décroche l’Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans « The Artist », l’Assemblée nationale adopte le projet de loi finance entraînant une hausse des impôts de 10 milliards d’euros sur les ménages tandis qu’Ocho, lui, doit se trouver enfoncé dans un canapé, quelque part dans le 78, près de Versailles où il a grandi et réside encore actuellement, sous l’influence de la substance violette, le « syrup ». Fameuse boisson qui provoqua la mort de l’emblématique DJ Screw en 2000, à qui l’on doit la technique de remix utilisée par Ocho, le Chopped and Screwed (ou C&S).

Pour comprendre Ocho, il faut d’abord s’intéresser au C&S, puisqu’il utilise ce procédé pour la majeur partie de ses remix. Le genre descend tout droit du Dirty South et est apparu à Houston durant les années 90, c’est un style très libre puisque le son peut-être « juste ralenti » autour de 60/70 bpm comme il peut être également bourré de scratchs, d’écho, de phaser ou de chops. Mais pour vraiment comprendre l’engouement général pour ce phénomène, il faut aller voir autre part : du côté des narcotiques. DJ Screw aurait, d’après la légende, inventé sa technique un soir après avoir consommé du syrup, comme à son habitude. Mais le « purple drink », c’est quoi au juste ? De la prométhazine et de la codéine (un psychotrope et un morphinique mineur) mélangé à du soda ou de l’alcool, et parfois des bonbons, ce qui donne un sirop très sucré de couleur mauve aux effets ralentisseurs pour le corps. En gros, le principe c’était de se ralentir le corps et le cerveau et d’écouter de la musique ralentie elle aussi dans le même temps. Mais si le C&S a connu tant de succès, c’est principalement parce que les majors (comme Universal notamment), n’ont pas mis longtemps avant de resserrer le lien entre drogue et musique, voyant là-dedans un filon encore inexploité. L’industrie s’est mise à vendre des versions Chopped and Screwed des albums, développant en même temps l’enthousiasme des consommateurs à travers des artistes comme Lil Wayne qui se vantait publiquement d’en consommer quotidiennement.

Retour en 2012 donc, alors qu’Ocho savoure son gobelet en écoutant un son C&S quelconque, une pensée traverse lentement son esprit : et si on ralentissait autre chose, loin de la Dirty South. Influencé par des artistes aussi divers que variés (on peut citer notamment SpaceGhostPurrp et le mouvement phonk, Mobb Deep, Tame Impala, Daft Punk), il commence à remixer quelques sons, avant de débuter le beatmaking deux ans plus tard poussé par le jeune Eden Dillinger. La même année, il sort son premier projet intitulé « Les 8 Portes », un 8 titres inspirés par la culture japonaise et des animes ou jeux vidéos tels que Naruto, Fullmetal Alchemist ou encore Final Fantasy. Entre temps, le jeune artiste avait déjà C&S 14 projets de différents artistes tels que Joke, Booba, Yung Lean, Kaaris, Travis Scott ou encore Mac Miller, et sorti 7 compilations regroupants des remix très hétérogènes, toujours au ralenti. C’est avec le projet « $crewed Lauren », remix de l’EP d’Alpha Wann « Alph Lauren », qu’Ocho se fait remarquer par le rappeur de L’Entourage, qui l’invite sur le remix de Rov or Benz d’Hologram Lo’ avec Prince Waly du groupe Big Budha Cheez.

Il rejoint finalement le label Don Dada Records, autour duquel gravite des artistes tels que Marguerite du Bled, VM The Don, Alpha, Lo’, Infinit, Diabi, LaSmoul ou encore Caballero. À ce jour, Ocho c’est plus de 30 projets, de productions personnelles ou de remixes, que l’on peut retrouver en téléchargement sur son bandcamp (https://ochppdnscrwd.bandcamp.com). Mais dans un monde parfait, c’est un projet commun avec le rappeur de Californie, Lil B, qui ravirait Ocho. En attendant, sa dernière tape en date, « Pont d’Atlanta », intégralement co-produite par le rappeur/beatmaker Flem, est disponible en écoute libre sur Soundcloud (https://soundcloud.com/flemondat/sets/flemocho-presente-pont-datlanta) et on ne s’en lasse pas.

Ocho : « Mon ralenti préféré ? « Gaucho » de Freeze Corleone, et un son : « J’crois qu’elle va canner » sur Pont d’Atlanta »

On garde un oeil sur Ocho donc, qui nous réserve de belles surprises pour l’avenir.

Crédit photo : Real de jague

 

chabot.vianney@gmail.com

<p>Entre 13 Block et Paul Éluard, j’préfère Chopin au rap en vrai. J’porte des joggings depuis 3 piges, j’aime la poésie vocodée, les bouquins de Lovecraft, la musique d’ascenseur et les tournesols de Van Gogh. Je viens de Lille dans le Nord (rien à voir avec Lens ou le 62), amoureux depuis toujours de ma magnifique région des Flandres et de son patrimoine (principalement la bière), je prépare actuellement un BTS en informatique à Roubaix. Sinon je gère tout ce qui est underground avec Nohad, on roule en tandem comme la rue et l’vice, et je fais également de la musique.</p>

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