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Un oeil sur : Luni Sacks

Mise en lumière du sombre rappeur d'Annecy

Il est tard, tu es assis à l’arrière d’une voiture qui roule bien trop vite, un flash d’alcool fort entre les mains. Les enceintes grésillent et crache le son froid de Francis Trash, le collectif qui abrite Luni Sacks. Les panneaux indiquent la paisible ville d’Annecy, d’où le jeune rappeur est originaire. Mais range ton sourire niais, cette fois-ci, les seuls paysages que tu verras seront ceux des bas-fonds de la Haute-Savoie. Et si tu penses « fromage » lorsqu’on évoque cette région, méfie toi car celui de Luni Sacks est sûrement empoisonné à l’arsenic.

 

Un personnage un peu mystique, carrément angoissant

Entre les montagnes de la région, il y résonne parfois un son froid aux samples crades, sur lequel Luni Sacks vient poser sa voix angoissante. Le flow saccadé et sec du MC pue le whisky 10 ans d’âge. Aucune émotion n’est réellement décelée, un son aussi froid et précis qu’un tueur à gages. Calme, il applique méthodiquement ses rimes simples et percutantes. Luni prend le temps de découper chacun de ses mots pour que chacun soit violent comme une claque de daron. Ses lignes sont savamment saupoudrées des références les plus tordues, oscillant entre films d’horreurs et actrices de films X.

« Ce soir j’ai pas envie
J’suis plus dans l’optique je traîne tard en ville »

À la fois voyou en quête d’argent frais et dandy mystérieux, Luni nous propose un univers intéressant, à l’imagerie très fournie. Quoiqu’il arrive, ses textes donnent à voir une ambiance parfois glauque, très souvent obscure. Il décrit le quotidien d’un gars à priori normal, mais aux forts relents de crapulerie. Désabusé d’être le reflet d’une société qu’il trouve étrange, Sacks semble tremper dans les magouilles les plus sombres aux côtés de ses compères.

 

 

Des influences variées

À bord de son navire de pirates, Luni navigue entre plusieurs styles. On écoute tantôt des sonorités proches du hip-hop lo-fi, tantôt celles du rap des années 2000, jusqu’aux lignes de basses typiques du rap très actuel. S’il s’oriente depuis peu vers des sons aux sonorités plus joyeuses, les ingrédients de sa recette douteuse sont toujours inquiétants, avec un léger arrière goût âpre. Comme une odeur persistante de malhonnêteté. Sa voix grinçante créé un contraste saisissant avec la gaieté de certaines prods. Le mélange est convaincant. La tête hoche. Beaucoup.

« J’suis bon qu’à me mettre la race puis rigoler
Des frères qui sont dans le mal à force de se mettre la race
Puis être dans le mal à force de me mettre la race
Tu vois le genre de shit »

Mais la belle vie dont rêve Luni Sacks est toujours entachée de coups vraiment tordus ou d’une trace d’argent sale. On l’imagine être une créature de nuit, assis dans le fond des night-clubs les plus douteux, aux côtés de ses crapules du collectif Francis Trash. Véritable équipe soudée, ils se prêtent leurs voix et leurs prods pour créer un produit cohérent et de qualité. À leurs côtés, Sacks aiguise petit à petit son style, n’hésitant pas à explorer des genres très variés. Si l’artiste se renouvelle déjà, on ne peut que vous recommander de suivre de près ce jeune malfrat.

 

 

Son actualité

Dans l’immédiat, on vous conseille d’aller jeter une oreille à sa très bonne mixtape Souterrain Son Vol.1.  La pochette sombre annonce rapidement l’ambiance qui règne dans les 10 titres du projet. Intemporelle, la tape ne prend pas une ride depuis sa publication en décembre 2016 et s’écoute sans zapper un seul morceau. Si vous voulez quelque chose qui sort du four, la Francis Tape est sortie récemment. Fruit du travail de son collectif Francis Trash. À l’intérieur, on y trouve des sonorités plus légères, mêlées à des textes qui sentent toujours autant la filouterie et les mauvais plans. Le mélange des genres opère, on prend plaisir à écouter les différentes influences qui composent ce riche projet et on salive déjà pour la suite des aventures de Luni Sacks.

kopp.antoine@gmail.com

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