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Top 5 : SCH avant A7

Retour sur les 5 morceaux phares d'SCH avant le succès d'A7 et Anarchie

L’ascension aura été fulgurante, foudroyante même. Comme une giclée de boue au visage -et surtout aux oreilles- des gardiens du rap français qui croient que l’évolution d’une musique qu’ils ont connu différente relève de l’intervention du diable. La phase d’Aketo sur « Traits pour traits » a rarement eu autant de sens depuis qu’il l’a balancée que pour le cas SCH « Ça y est j’les entends déjà râler, tous ces mecs du-per / Qui croient que le hip hop c’est à leur père / Tous ces zoulous j’me fais un plaisir de pas leur plaire ». Dieu seul sait si SCH se pose vraiment cette réflexion en réalisant ses morceaux, toujours est-il que l’aisance est là. En 1 an, l’ancien roublard d’Aubagne a lâché deux projets : A7, qui est le disque référence, de haut vol et ultra impressionniste, et Anarchie qui a davantage divisé les foules. Il y a sûrement gagné une certaine frange de fans et en a perdu une autre, ce qui arrive souvent dans l’évolution d’un artiste. Mais avant tout ça, les plus écorchés connaissaient déjà le nouveau parasite préféré du rap francophone. Avant sa signature chez Def Jam, avant les gros moyens pour les clips, avant de tourner en radio, avant d’envahir les collèges et lycées. Si d’autres ont rattrapé sa discographie sur le tard, peut-être qu’une partie ne connait même pas du tout ou très peu le travail d’SCH avant la sortie d’A7. Ça tombe bien : session de rattrapage.

On peut commencer avec l’entrée pour la remise en contexte. Ensuite seulement, on peut poursuivre sur notre Top 5 d’SCH en solo, avant la sortie des projets A7 et Anarchie.

On y retrouve un artiste pas encore parfaitement mûri dans son imagerie et ses excentricités, mais déjà un personnage fort fascinant, avec ce quelque chose qui ne laisse pas indifférent :

1- Gangrène :

« Gangrène » est le produit le plus réussi de ce qu’SCH a pu livrer lors de sa période pré-Def Jam (et post-rapskyblog). Un morceau très brut, terre-à-terre, sans fioritures sur un décor sec et très street produit par Braabus Music, label marseillais. Assez court, expéditif, un gros tour de force qui prend les codes d’un morceau très minimaliste où n’importe quel MC un peu rodé pourrait venir y déposer ses mesures. Mais c’est beaucoup plus intéressant que ça, SCH donne déjà le début d’impression qu’il peut transmettre encore plus, aller encore plus loin dans sa créativité, se détacher des codes. Pourtant sa noirceur et son agilité pour poser colleraient bien au rap underground classique. Mais comme on le distingue dans le clip, à la fois dans son look ou dans sa manière d’interpréter on aperçoit d’emblée cette démarche plus ambitieuse, mais aussi plus clivante. Déjà des jeux de voix, d’onomatopées, de gimmicks et un phrasé à couper au couteau.

 

 

2- Froid

Un morceau assez court, comme une brise passagère et glaciale dans une allée sombre. Toute l’ambiance se ressent dès les premières sonorités de la boucle de la prod, derrière le texte est très bon, SCH y est bourru, et son interprétation parfaitement calée. Le clip est un reflet un peu incomplet du son et ne vaut pas un détour particulier, toute la richesse étant essentiellement dans le  morceau brut. « Sans moi, le jour se lèvera quand même /J’ai laissé ça, je sais qu’ils le prendront pas comme un poème / Un peu de ma mémoire en éprouvette / Sur le chantier de ma vie, entasse mes péchés sur la brouette« . Du SCH dans le texte. De vraies perles d’écriture à défricher sous le phrasé lourd et étouffant, « Froid » a largement sa place dans les hauteurs de la discographie de la ganache la plus perturbante du rap francophone.

 

3- TITVS

« TITVS » a les symptômes d’un vrai banger. Le morceau le plus calibré pour tourner de toute la sélection, le seul aussi à avoir un format plus classique, plus de 3 minutes, presque idéal pour la radio. De la hargne qui dégouline de chaque mesure et un refrain magistral, accrocheur et sublimé par l’autotune. Du « Wack wack » qui entrecoupe les lines, sûrement le son le plus proche de ce que fait SCH aujourd’hui. Réalisé presque trop tôt, l’intime conviction que ça aurait pu pas mal péter.

 

4- Lampadaire

« Lampadaire » est le sélectionné qui nous ramène le plus loin en arrière dans la carrière du bonhomme. Quand Schneider n’avait pas encore tronqué son blaze pour SCH. À une époque où il aurait été sûrement le premier à se foutre de la gueule de son personnage actuel, de son combo torse nu/sans manche dans « Je la connais », de ses pantalons en serpent, ou de ses pairs de lunettes larges comme une plaque de carrelage. À ce moment là SCH n’a pas encore le droit de vote, ne cherche pas plus loin que le look de cramé classique et la coupe figée par 110 cl de gel. Son défaut de langue est plus prononcé, le clip laisse entrevoir un peu d’idée, mais surtout la sonorité est exceptionnelle. Les couplets macèrent l’instru, le beat atterrit comme un pachyderme, et le morceau tout entier est franchement bien ficelé. Les cassures de rythme (chuchotement qui précède le dernier couplet par ex) sont déjà présentes, caractéristique que l’on retrouve bien aujourd’hui dans la construction des morceaux d’SCH.

Et quel refrain.

 

5- La Malette :

Le cinquième spot s’est joué sur un gros duel à l’épaule, les prétendants ne manquaient pas. « Millions » pour le côté symbolique est le morceau qui aura lutté le plus longtemps pour intégrer le top. Parce que c’était sa première grosse exposition dans le grand bain, et qu’il a largement honoré la confiance énorme que Lacrim et son équipe lui ont laissé en le plaçant en solo comme un grand pour conclure la mixtape R.I.P.R.O vol. 1. Mais « La Malette », en terme de musicalité pure frappe plus fort. Déjà parce que la personnalité loufoque d’SCH y est encore plus exhibée, comme balancée au visage. Dans sa manière de rebondir entre chaque mesure, en jouant avec une voix chevrotante sur les dernières syllabes, les mots sont mâchés, recrachés, déformés, comme un éventail de tout ce que le peuple va adorer détester chez SCH. Et en terme de popularité sur Youtube, « La Malette » est le morceau le plus haut parmi ses productions hors A7 et tout ce qui a été réalisé ensuite. Si le compteur vue n’est pas toujours gage de qualité, il est ici une vraie référence, un passage obligé dans la carrière du rappeur. 

 

Pour ceux qui sont un peu avertis au SCH de cette période, oui il y a quelques absents notoires, inévitablement. Les remixes d’ «On fait pas ça» ou de «De larmes et de sang» ont toqué à la porte, «Milliards» ou «Massimo» également. Mais tous ces recalés sont la preuve de la belle moisson à effectuer du côté de la première vie d’SCH (avant Def Jam diront les militants). Pour retrouver les chroniques d’A7 et d’ Anarchie c’est par ici et ici. Et pour les calcinés qui voudraient poursuivre l’aventure de la discographie du scélérat pré-A7, Captcha Mag a réalisé et posté un bootleg bien garni à retrouver ici.

tomlansard21@hotmail.fr

<p>Tom, jeune et bien élevé. Sudiste et sans accent, le journalisme comme choix de vie le zin. On aime une mesure bien tournée comme un juron bien senti. De l’autotune sur les tartines le matin, les premières romances avec la nocturne le vendredi soir, pas peur d’aller s’enfoncer dans les abysses des suggestions Youtube. Tout a plus ou moins commencé avec Rohff, mais comme souvent les histoires d’amour finissent mal, en général.</p>

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