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Revue indé #3

Revue des dernières actualités du rap indépendant

Un clip : « Bavure » – Jo Le Pheno

Une réalisation Daymolition pour le dernier clip du rappeur de La Banane (Paris 20ème), Jo Le Pheno, dont on avait déjà pu parler dans la revue indé n°2  pour la puissance de son morceau « Crapuleux ». Impossible de présenter le Pheno sans également évoquer « La Rue », quasi court-métrage réalisé en co-production avec 420 Workshop. Ce mois ci on revient inévitablement vers lui pour la force des propos, assumés, du rappeur dans son plus récent « Bavure », paru le 17 août, qui dénonce avec hargne les brutalités policières et les abus de pouvoir de ces derniers. Un morceau qui n’est pas passé inaperçu, puisqu’une polémique éclate rapidement autour de ce son. Le 16 septembre, après plusieurs signalements des syndicats de police, le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve porte plainte pour incitation à la haine « anti-flic », ce qui n’est pas sans rappeler les procédures engagées il y a 20 ans à l’encontre du Ministère A.M.E.R pour son titre « Sacrifice de poulets » sur la bande-original du film « La Haine ». En effet la spontanéité et la brutalité des paroles de l’artiste, sublimées par un street clip agressif à souhait, contribuent à offrir à ce morceau un réel impact à l’heure où l’on se pose de réelles questions sur les limites de la liberté d’expression, l’intégrité de notre système judiciaire et les valeurs d’un Etat policier.

Un projet : « F.D.T » – Freeze Corleone

Freeze Corleone, rappeur et producteur sénégalais de 23 ans, membre du collectif 667 et du trio CFR, nous livre ce 11 septembre sa quatrième mixtape solo : « F.D.T » (« Fin Des Temps »), disponible gratuitement sur DatPiff, plateforme de téléchargement légal. Immédiatement mis dans l’ambiance par une cover intrigante reprenant les signes annonciateurs de la fin du monde selon l’Islam, on découvre une technique unique, un flow saccadé escorté par un name-dropping incessant et des références emmêlant les univers : politique, cinéma, sciences… il faut s’attendre à tout et surtout tendre l’oreille, certaines structures simples pouvant cacher des références très pointues. C’est donc durant 13 titres que l’on s’immerge totalement dans un univers bien particulier, constitué de rimes et de placements décalés parfaitement implantés sur les productions livrées par Jorrdee (sous le pseudonyme de Guy George, également membre du 667), King Doudou (« Oh LaLa » de PNL), THC (« Collard Greens » de ScHoolboy Q et Kendrick Lamar) ou encore Ian Vandooreen (du groupe LUTĒCE). La presque-fanatique fanbase du 667 et son dernier clip « Madara » (3ème titre du projet), atteignant presque les 100 000 vues, ont largement contribué à la diffusion de la mixtape sur les réseaux sociaux. Perfectionniste, l’univers sombre de Freeze Corleone ne cesse de s’étoffer, mis en valeur par une élocution facilement distinguable et une attitude nonchalante en adéquation avec le personnage. Une bonne cohérence dans le projet à prendre comme shoot au besoin d’une bonne dose de slow-trap, alliant habillement musicalité et technicité. Une version C&$ du projet par Ocho (Un Oeil Sur Ocho disponible ici) est disponible depuis le 21 septembre, également sur DatPiff.

 

Un morceau : « Killcam » – Django, Eden Dillinger & Lord Esperanza

Fusion de trois jeunes rappeurs qui commencent à se faire une place via les réseaux sociaux. C’est Django, dont on a déjà pu parler avec son très bon « Billy Cocaïne »  qui ouvre le bal avec premier couplet reprenant sa technique habituelle : name-dropping, références à tout-va, placements carrés et attitude quelque peu insolente. Dégageant une aisance surprenante, on en arrive presque à se demander si ce n’est pas trop facile pour le rappeur qui cumule déjà 1 million d’écoutes (Youtube+Soundcloud) sur l’excellent « Fichu » avec seulement 5 solos à son actif. Viens ensuite l’agréable surprise du morceau avec Eden Dillinger, membre du High Five Crew (à qui on doit surement associer le titre « AWÉ » si on traîne quelque peu sur twitter) qui nous livre un couplet tissé d’une technique vraiment intéressante : des phases percutantes sur un flow variant, en constante accélération. La conclusion est accordée à Lord Esperanza, une touche de luxe pour cet entrepreneur productif qui gagne du terrain et de la technique au fur et à mesure des morceaux. Le résultat ? Un son dynamique, dans l’air du temps ; même un peu trop : on regrettera peut-être qu’il n’est pas été abordé avec plus de subtilité (attention à l’overdab !).

 

Un feat : « Featuring #RedAlbum » – Lacraps & Jeff Le Nerf

On retrouve deux figures importantes du rap underground pour une connexion sans erreur, c’est donc sans surprise qu’ils nous livrent une tuerie sur une plateau d’argent. Les deux mc’s qui avaient déjà collaborer pour l’album « Machine à écrire » de Lacraps sur le morceau « La vie et l’son » ainsi que sur le remix du morceau éponyme du même l’album qui regroupait plus de 30 artistes tels que Paco, Davodka, Gueule Blansh, Les 10, Nedoua, Sear, Tragik, etc. Aujourd’hui c’est pour le Red Album de Jeff, dont la sortie est prévue pour le 28 octobre, qu’ils se retrouvent à nouveau : adeptes de rimes carrées et percutantes vous serez servis, ajoutez à ça une bonne couche de piano sur la prod de Mani Deiz pour une ambiance boom-bap mélancolique et voilà le résultat : un bon gros morceau fort en uppercut. Loin de toutes les sauces auto-tunées auxquelles on a fini par s’habituer et des clips en bord de mer qui nous ont fait danser cet été; rien de tel qu’un morceau brut sans additifs pour affronter le début de l’hiver sans paire de gants, et par la même occasion vivre le temps de quelques minutes une impression de retour aux sources. A consommer sans modération donc.

 

Un artiste : Bazoo

Rappeur catégorie poids lourd. Si Bazoo se faisait plus discret en solo ces derniers temps c’était surement pour mieux fusionner avec les deux autres membres de « Salfrom », Stick & Goune, pondant ainsi le 12 juin dernier un premier EP « Godphaseurs ». Mais c’est avec un inédit tout frais du début du mois qu’on se permet de revenir sur cet artiste polyvalent : plus qu’un rappeur imposant, Big Baz est aussi beatmaker (il a produit lui même au moins la moitié de ses morceaux), mais également fondateur de son label (indépendant bien sur) : Coffee Grinderz. On ajoute à ça 11 projets, tous gratuits et disponible en libre téléchargement sur son site (www.coffeeg.fr), des featurings avec des artistes aux styles hétérogènes : Rochdi, Georgio, Rabakar, Vald, Lanimal & Syen de La Mannschaft ou encore Hankock de la Piraterime. Son dernier morceau « DEPYS », un remix de « Don’t Ever Play Yourself » de DJ Khaled, représente parfaitement l’univers de Bazoo, reprenant ses codes et ses valeurs ; un style qui évolue mais ne se trahis jamais au fil des années, un gage d’authenticité devenu sa signature par la force du temps.

 

Un indispensable : « Fugu » – Népal

Un tour de force réalisé par Népal il y a un peu plus d’un an, remixer un classique pour en faire un classique, c’est exactement ça. En totale immersion dans la Face B, « Qui peut le nier ! » d’Oxmo Puccino, le flow est parfaitement maîtrisé, tantôt percutant, glissant, ampli de musicalité. Le jeune rappeur de 26 ans nous plonge, en moins de deux minutes, totalement dans son univers. Le rappeur/beatmaker du Dojo aux multiples faciès ne cesse d’ailleurs de nous épater, tantôt à l’écoute de son double EP (2 x 6 titres réunis en un seul projet) « 444 nuits », tantôt accompagné de son acolyte Doums avec qui il forme le duo 2Fingz sous le nom de KLM. On peut également retrouvé ses 3 medley sous le nom de Grandmaster Splinter en fouillant un peu sur la chaine Youtube ou le Soundcloud de la 75esession.

 

nohadvianney@gmail.com

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1 COMMENT
  • Esclavagist 12 octobre 2016

    Bête d’article !

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