Deux ans et demi ont passés depuis la sortie de l’inattendu « Cyborg »

Un album au succès conséquent (bientôt disque de Diamant comme son prédécesseur Feu) qui a définitivement assis Nekfeu à la table des grands noms de la scène rap actuelle. Après cela, les fans du Fennek se sont retrouvés orphelins de leur artiste, se contentant d’apparitions sur des albums d’artistes confirmés (Orelsan, Jazzy Bazz, Deen Burbigo) ou prometteurs de l’époque (Ninho, PLK).

Tout cela en étant, la plupart du temps, complètement déconnecté des réseaux sociaux. Ce qui a interloqué sa fanbase, en l’imaginant en dépression, en méditation à l’étranger, en préparation d’un nouvel album, d’un nouveau film…

Toutes ces théories se sont avérées plus ou moins vraies au vu de ce que nous a réservé Nekfeu pour son retour sur le devant de la scène : Nouvel album au cinéma. Avant même de découvrir le contenu de ce nouveau projet, le rappeur innove une nouvelle fois dans la stratégie de communication et de diffusion.

Après le disque surprise en plein concert, c’est au tour l’album dévoilé en une séance unique dans des centaines de salles. Hormis un teaser de moins d’une minute où l’on peut deviner que le disque contient un featuring avec Damso, rien n’est dévoilé.

Plot twist, alors que l’analyse « Les étoiles vagabondes » était pratiquement bouclée, Nekfeu a dévoilé par surprise « Expansion ». 16 nouveaux titres qui viennent compléter l’album sorti deux semaines auparavant. Décortiquons « Les étoiles vagabondes : expansion », 34 titres appuyés par un film.

Tracklist

1. Les étoiles vagabondes

L’art de réussir ses introductions. Nekfeu fait ici un état des lieux de sa vie à la sortie de trois années riches en émotions avec le succès phénoménal de ses deux premiers albums. Il ne sait plus où il en est, il flirte avec la dépression et va essayer de s’en soigner : « J’ai l’impression qu’on n’m’écoute pas, quand ça va pas, je bouffe comme un fou, et ces derniers temps, j’ai pris beaucoup d’poids ». Premier extrait audio dans le film également, lorsqu’il marche seul traversant un pont parisien : « J’ai besoin d’Paris comme Côte & Match mais quand je marche, Il faut qu’j’me cache, j’porte la capuche comme côte de maille ». On comprend vite que c’est avec cet album et ses voyages qu’il va tenter de sortir de la morosité. Pour l’instant c’est sombre dans tous les aspects, une sorte d’Humanoïde sans lueur d’espoir. Excellente entrée en matière.

2. Alunissons

On rentre dans l’un des thèmes principaux de ce projet : l’espace. Cela commence par le nom du morceau, un subtil jeu de mots entre « atterrir sur la lune » et « chanter ensemble ». Cette (triste) ballade est une vraie prise de risques pour l’artiste : pas de rap, seulement du chant sur des instruments sans boîte à rythme. Musicalement c’est plutôt réussi, mais il est difficile d’appréhender un tel morceau dès le début du disque tant on a commencé fort dans le rap pur et dur avec l’intro.

3. Cheum

Ce titre résonne comme le Nekfeu « d’avant », sa zone de confort. Mais lorsque l’artiste la maîtrise à la perfection, cela donne un excellent titre comme Cheum. Tout est là pour donner le banger « typique » du Fennek : une prod calibrée « Feu » d’Hugz, un rappeur tout en maîtrise technique et un refrain accrocheur. C’est stéréotypé certes, mais cela fait énormément de bien d’entendre ce genre de titres après presque trois ans d’attente. C’est d’ailleurs intéressant que ce titre apparaisse sur l’album, car dans le film, DJ Elite émet des doutes sur la pertinence d’un morceau avec cette couleur musicale si Nekfeu veut tendre vers d’autres choses pour son troisième album. À la sortie nous sommes rassurés, le banger est bel et bien là et fait bouger nos têtes comme il le faut.

4. Nastukashii

Le titre du morceau évoque la nostalgie, où Nekfeu évoque ses souvenirs de jeunesse en prenant du recul sur cette période de sa vie. Avec cet enchaînement, le rappeur reste dans le thème de ses souvenirs après le bien plus énergique Cheum. Mention spéciale à Diabi pour cette magnifique instru aux influences japonaises.

J’veux les faire souffrir comme les meufs que j’aimais
J’veux les voir s’ouvrir comme les prods dans l’Gmail

5. Takotsubo

Un autre registre dans le Nekfeu « classique ». Les longs couplets sont tranchés par un refrain qui prend aux tripes. La prod sonne comme du « boom bap moderne » : des samples avec des drums plus actuelles. Une ambiance que l’on retrouve notamment sur l’album d’Alpha Wann UMLA. On notera la dédicace à PNL et Jul, nouvelle preuve de l’envie d’unité des artistes par le Fennek. Un nouveau patchwork de rimes sans véritable thème, comme si le rappeur était perdu dans toutes ses pensées, symbole du burn-out et de la dépression ? Un morceau classique de rap français comme il sait si bien les faire.

6. Menteur menteur

Clairement le plus gros banger du projet. Un avis qui peut être mal compris si l’auditeur n’a pas vu le film. Le morceau y est exploité à merveille, comme s’il s’agissait d’un véritable clip dans lequel Nekfeu, ses acolytes et jeunes femmes japonaises transforment le studio d’enregistrement en une boîte de nuit et font clairement TB (expression sudiste qui signifie « foutre le bordel », ça s’y prête parfaitement ici). Pour revenir au morceau, le refrain colle parfaitement avec l’instru de Diabi aux accents grime. Quant aux couplets, on sent que Nekfeu s’est lâché et a surtout laissé de côté sa rigueur de rime : ça cogne même si le schéma de rime ne s’étend pas sur des dizaines de phases. « Elle est crème comme Nivea, facile comme niveau 1, Quand c’est fini, elle efface ses com’, elle est facile comme les phases en « comme » ». De quoi s’ambiancer allègrement avec ce banger gras comme il faut.

7. Ecrire

En sortant de la projection du film Les étoiles vagabondes, dans lequel l’instru de ce morceau est présente, la frustration fut immense en découvrant qu’elle était absente de l’album. Le bonheur de la découvrir dans Expansion ne fut que plus grand, surtout lorsqu’on découvre comment Nekfeu l’a honorée. Écrire est de ces morceaux qui marquent la carrière d’un artiste, où l’alchimie entre l’instru et le rappeur est évidente comme entre deux âmes soeurs. Le violon fait frissonner, les phases de Nekfeu pleines de références prennent aux tripes pour une véritable ode à l’écriture. On avait eu Plume sur la réédition de Feu, Humanoïde sur Cyborg, Écrire est le chef d’oeuvre d’Expansion. Le genre de morceaux qui nous rappellent pourquoi Nekfeu est l’une des têtes d’affiches du rap francophones.

8. Ciel noir

Un nouveau titre que l’on peut qualifier de paradoxal. Il s’agit clairement d’un des meilleurs morceaux du projet, mais pour autant repousse à la réécoute tant il peut s’avérer éprouvant lyricalement. La présence permanente du néant, de la mort, peut vite lasser voire effrayer l’auditeur même si, l’exécution et la production musicale sont irréprochables. En enregistrant ce titre à La Nouvelle-Orléans, Nekfeu a pu s’entourer de musiciens authentiques : Trombone Shorty aux instruments à vent, des choristes de la ville pour les voix sur la seconde partie. On se prend une claque au moment du drop après l’interlude du choeur, le morceau nous marque, mais est-ce vraiment celui vers lequel nous allons revenir tous les jours et écouter facilement ? Je ne pense pas.

9. L’air du temps (feat. Framal & Doums)

La réalisation de l’album est vraiment remarquable. Juste après le titre Ciel noir, on y trouve des références dans le refrain de L’air du temps. Un featuring plutôt « chill » avec Framal et Doums, les comparses du Fenek dans le fameux $-Croums. Un bon titre qui ne sera surement pas l’un des titres marquants du projet.

10. De mon mieux

Nettement moins recherché pour le coup, un morceau assez monotone dans lequel rien ne ressort vraiment. Cela ralentit clairement le rythme de l’album le temps d’une chanson, comme s’il s’agissait d’une interlude. Un titre finalement assez dispensable au vu de la qualité proposée précédemment.

11. Le bruit qui court

Diabi, qui a supervisé et piloté la conception de l’album, livre une nouvelle fois une excellente instru, dans l’air du temps. Même si le titre ne se dégage pas encore dans les charts, il a un fort potentiel commercial avec ce refrain très accrocheur. Le genre de morceau où ça glisse tout seul avec quelques lines bien senties, toujours avec un soutien infaillible du rappeur pour les minorités. « On est ensemble, l’ami, jusqu’à quand, à ton avis ? Mets le numéro d’cette piste à l’horizontale ». Avec cette phase et autres transitions très bien senties comme sur Cyborg, Nekfeu amène de la cohérence et un réel univers au projet.

12. Elle pleut (feat. Némir)

Trois ans après, ce morceau apparaît comme la suite du titre Galatée présent sur Cyborg. Dans ce dernier, Nekfeu attendait sa belle pour un rendez-vous dans un café parisien, aujourd’hui on a l’impression qu’il essaie de digérer la rupture. La référence à l’outro de Saturne (intro de Galatée plutôt) est également intéressante, le petit détail qui fait sourire lors de la première écoute. Musicalement c’est maîtrisé même si le morceau est moins marquant qu’un Galatée encore une fois, ou d’un Risibles Amours pour rester dans le thème. À noter la performance parfaite de Némir, nous y sommes désormais habitués.

Tu t’es fais chasser du quartier comme Bernard de la Villardière,j’suis convoité comme la villa d’un milliardaire
Perdu dans les rues de Berlin la nuit dernière, j’ai fait des tours de Uber dans la ville entière

13. Dans l’univers (feat. Vanessa Paradis)

Forcément, le featuring interroge avant de l’écouter, mais l’alchimie entre les deux artistes est vraiment fascinante. On rentre directement dans le vif du sujet sans passer par la ré-écoute pour apprécier ce morceau romantico-spatial. Une ballade qui se termine par le bruit d’un radio-réveil et l’enchaînement vers le morceau d’après, beaucoup plus terre-à-terre. Il est d’ailleurs intéressant de noter que ce titre n’est pas présent dans le film Les Etoiles Vagabondes, ce qui pourrait conforter l’idée que ce morceau et cette discussion avec Vanessa Paradis n’étaient peut-être qu’un rêve pendant la conception de l’album.

14. Premier pas

Si beaucoup de titres peuvent être appréciés sans avoir vu le film, celui-ci a une saveur particulière si nous l’avons découvert assis dans le noir en face du grand écran. En plein milieu d’une Nouvelle-Orléans mouvementée, Nekfeu écrit les deux premiers couplets sur le siège passager d’une voiture. Le tout sur une instru parfaite d’Hologram Lo’ et Diabi aux accents jazz, cela devient très vite un coup de coeur. Un story-telling très bien maîtrisé qui nous rapproche automatiquement du rappeur, comme si l’on suivait son carnet de bord. Un des meilleurs titres du projet sans hésitation.

15. Dernier soupir

« On est une infinité de voix discordantes, qui deviennent juste une fois chantées en choeur ». Encore une fois, la transition est parfaite avec cette instru basée sur les voix de la chorale qu’il a rencontré à la Nouvelle Orléans. Là où la réalisation du projet a été poussée à l’extrême, c’est que la phrase citée qui clôture Premier pas, fonctionnait également lorsqu’Expansion n’était pas sorti, la notion du choeur pouvant être interprétée par l’assemblage des voix de Nekfeu et Damso. Pour revenir à Dernier soupir, on a l’impression d’assister à un freestyle du Fennek, où il n’y a pas d’effet sur sa voix ni backs. Un couplet « cru » avant de laisser place à la musique, le second couplet n’arrivera jamais. Une bien belle interlude qui respire la musicalité du sud des États-Unis.

16. Tricheur (feat. Damso)

Aucune autre issue n’était possible, voici le tube de l’album. Tout est parfaitement calibré pour que le titre résonne dans toutes les voitures cet été. L’instru d’Hugz est de qualité, le refrain chanté de Nekfeu entre directement en tête. Pour autant, les deux MCs ont délivré de très bon couplets, agrémentés de quelques « passe-passe » toujours appréciables lorsque deux têtes d’affiches se rencontrent. Damso revient avec une partition bien plus agréable et contenue que sa performance sur le titre avec Orelsan Rêves bizarres, beaucoup trop dans la démonstration. La magie a opéré en studio, excellent titre qui va envahir l’hexagone.

17. Voyage léger

Un pur morceau trap, Nekfeu n’avait jamais exploité ce style sur un album, c’est désormais chose faite. Une nouvelle fois, c’est extrêmement bien réalisé et surtout terriblement addictif. La prod d’Hugz cadencée comme il faut, la voix solide du Fennek, les ambiances de Niska, tout est fait pour que ça explose de saveur comme le Magnum aux amandes du mois de juillet. L’occasion de rappeler que lorsqu’il s’agit d’égotrip, le parisien excelle par son insolence : « Scène de baiser tournée avec une actrice, c’était du jeu mais son coeur a vibré ». MÉCHÉ OU MÉCHANT ?

18. Interlude Fifty

« J’aimerai faire du rap thug, mais j’suis pas un menteur » Un état des lieux de toutes les choses que Nekfeu aurait aimé faire ou avoir, qui se termine par un dialogue entre le Fennek et Alpha Wann, très certainement avant l’implosion du studio de Diabi.

19. Compte les hommes (feat. Alpha Wann)

Qui peut le faire mieux qu’eux à part Lunatic en passe-passe ? Dans la nouvelle génération, très certainement personne. Sur Vinyle, les deux acolytes avaient livré une partition solide mais peut être un peu trop « spé’ ». Là, c’est une calcination de prod, Canadairs et pompiers n’y peuvent rien. À croire que le retrait du couplet de Nekfeu sur l’album d’Alpha Wann était finalement nécessaire, pour que le Fennek recharge ses batteries pour faire jeu égal avec un Don bouillant comme jamais. Le titre s’enchaîne parfaitement avec le précédent : comme quoi, la trap et le boom-bap peuvent faire très bon ménage si c’est bien fait.

20. Oui et non

Encore un excellent titre où Nekfeu pratique un flow chantonné plus qu’efficace sur une prod de Népal et Diabi. Étrangement, l’atmosphère du morceau fait penser au morceau 70 de Lomepal, avec des similitudes dans l’instru et dans le refrain. Passé cette comparaison capilotractée, le morceau glisse tout seul, cela fait du bien dans un album d’une telle longueur.

21. Koala mouillé

Lorsque l’on a été frappé par Menteur menteur, ce nouveau titre a un peu moins d’impact car il lui ressemble assez au niveau de la structure. En soi le morceau est bon, avec un Nekfeu en démonstration égotrip sur ses couplets. L’outro de Naë Music (dont la tonalité de voix ressemble à celle de Lala &ce) est vraiment excellente et originale. On sent que Koala mouillé a été conçu pour la scène afin d’enchaîner les pogos. Dans l’album en lui-même le son ne dérange pas, mais n’atteint pas le haut du panier d’un « top » déjà bien fourni

22. Jeux vidéo et débats

Quand Nekfeu se met à rapper de cette façon, il est tout simplement imprenable. La première partie, de bonne facture, sert surtout à nous préparer à la pluie de lave qui déferle après le changement d’instru. Le Fennek ne force pas sur sa voix, crache ses arguments les plus vifs dans un égotrip fumant. Diabi dans le studio a subi la destruction de ses prods, sans forcément être surpris. « J’sais même pas si j’existe tellement j’rap comme personne ». Masterclass du projet de celui qui rappelle qu’il est l’un des meilleurs kickeurs de l’hexagone.

J’suis passé au sommet du rap c’est pas si haut

23. Ken Kaneki

Ça sent l’été, très certainement l’un des titres qui va le plus tourner dans les oreilles de ceux qui auront la chance de profiter du soleil. La petite guitare issue de la prod d’Hugz et la performance de Nekfeu donnent un parfait cocktail dans lequel le rappeur semble vraiment sortir de la dépression et prend du recul sur ce qu’il a accompli dans le rap ou dans sa vie : « Génération de iencli j’ai créé donc je vais devoir les éteindre ». Comme Ken Kaneki dans Tokyo Ghoul, Nekfeu a subi différents états psychologiques. Il se sent mieux et ça s’entend dans sa musique.

24. CDGLAXJFKHNDATH (feat. 2zer & Mekra)

Une instru aux sonorités reggae pour un des bangers de l’album. Là où L.E.V était un peu répétitif au niveau des flows, Expansion est bien plus diversifié dans l’interprétation et amène beaucoup de gaieté au projet. 2zer et Mékra livrent des prestations solides pour un banger bien calibré et original.

25. Rouge à lèvres (feat. BJ The Chicago Kid)

Nekfeu anticipe les critiques sur les morceaux dédiés à l’amour dans son album en disant « Ça fait déjà quatre titres que je parle de toi dans l’album ». Cette fois-ci il s’est allié à la superbe voix de BJ The Chicago Kid pour un titre en deux parties. Une première très « love » où l’américain pousse la chansonnette et Nekfeu narre à sa bien aimée la conception du présent morceau. Toujours dans ce storytelling, la deuxième partie est bien plus trap où Nekfeu étire ses phases et où BJ lâche un court couplet entre ses ponts. Collaboration réussie.

26. Sous les nuages

L’art de faire une démonstration de ses capacités sans se caricaturer. Contrairement à un Koala mouillé, Nekfeu livre ici un titre énergique au possible qui colle à l’atmosphère très sombre du clip. Une sorte de suite à Fausse note du $-Crew présent sur l’album « Destin liés », mais en solo. Tout y est : adlibs énergiques, refrain percutant, couplets tranchants.

27. Energie sombre

 Après une belle éclaircie dans l’album, Nekfeu replonge dans cette relation qui le hante depuis l’album Cyborg. Une relation chaotique dans laquelle les deux amants semblent s’attirer pour encore mieux se détruire : « Si je suis allé trop loin c’est pour ne plus revenir ». Musicalement c’est réussi et très bien écrit.

28. Ολά Καλά

Une nouvelle fois, avoir vu la naissance de ce titre dans le film permet de l’apprécier encore plus. Nekfeu est parti en Grèce sur l’île de son père pour s’influencer de la musique traditionnelle locale, le Rebetiko, pour enregistrer un des derniers titres des Étoiles Vagabondes. Il y découvre également les milliers de gilets de sauvetage abandonnés par les migrants en arrivant en terre hellénique. Ολά Καλά appelle à relativiser sur les problèmes rencontrés dans la vie, sans tomber dans un ton moralisateur barbant. Nekfeu s’y livre comme rarement : « Un jeune de l’Entourage est mort j’ai pleuré dans une synagogue » / « Ma copine me fait des sourires pendant qu’elle est transfusée ». Malgré tout, on ressort de ce titre avec le sourire grâce au refrain qui contient quelques notes de positivité, Ολά Καλά signifiant « tout va bien » . Très étrange que ce titre n’ait pas été choisi comme outro de l’album tant celui-ci est puissant.

29. Pixels (feat. Crystal Kay)

Si les influences nippones se sont déjà faites ressentir par bribes dans les précédents morceaux, avec ce morceau on voyage directement dans le Pays du Soleil Levant. Les voix de Nekfeu et Crystal Key se marient parfaitement avec l’instru exceptionnelle. Aucune partie rappée, que du chant mais c’est bien maîtrisé. On se remémore les passages du film où Nekfeu vagabonde la nuit dans les rues de Tokyo, excellent titre redoutablement addictif.

Fais c’que t’as à faire, moi, je m’en fous, G
J’ai ramené tous mes frères sur le Mont Fuji
Y a quelques années, j’dormais dans les escaliers seul
J’représente mon $-Crew jusqu’au linceul

30. De mes cendres

 Le titre qui illustre le mieux le film Les étoiles vagabondes, la bande originale. Un bijou musical composé par Monomite et Loubensky dans lequel le rappeur parisien semble vraiment sortir de la dépression et est prêt à renaître « de [ses] cendres ». Ce titre aurait pu clôturer l’album, mais autant profiter de cette renaissance pour encore quelques morceaux.

31. Nouvel homme

On reste dans la positivité dans un titre où Nekfeu regarde vers l’avenir, sur une prod de Hugz qui rappelle les instrus mélancoliques sur lesquelles posait le regretté Lil Peep. Dans son couplet unique, Nekfeu semble s’être trouvé une autre femme avec qui partager sa vie, il semble être sorti de sa difficile relation longuement évoquée : le tag « Toi toi toi toi… » récurrent sur l’album, n’est pas présent.

32. Chanson d’amour

Confirmation du morceau précédent : Nekfeu récite son amour pour une femme sans une seule note négative. Il narre avec plaisir sa niaiserie quand il est avec elle. Cette positivité se ressent dans le morceau qui se veut dansant et très ouvert tout en restant extrêmement bien réalisé. On est loin du tube facile pour faire des streams (en a t-il besoin ?), très belle prise de risque de la part de Nekfeu. Expansion a vraiment fait du bien à L.E.V. que ce soit en termes de musicalité ou d’interprétation.

33. 1er rôle

Très bel exercice de style : un titre entier consacré au cinéma, passion qui prend de plus en plus de place dans la vie du parisien. Le lexique est maîtrisé dans un morceau plein de musicalité qui colle à la couleur globale de l’album. Le refrain est excellent contrairement aux couplets qui s’avèrent assez paresseux dans l’interprétation. Avant la sortie de l’expansion de L.E.V., le placement de ce titre en tant qu’outro était assez étrange, car il n’avait pas l’âme ni la cohérence pour clôturer un tel projet. 

34. A la base

Une bien belle conclusion à l’album où Nekfeu raconte tout simplement la conception de ce dernier morceau : balade dans la rue, lecture d’un mail de la marque Agnès B, changement avorté d’instru. Un storytelling encore une fois extrêmement bien réalisé car on se sent vraiment dans la peau du Fennek grâce à des détails frappants : écouteurs qui buggent, dialogues avec une rencontre dans la rue. L’album se termine là où il a commencé : Paris sud, mais l’état d’esprit n’est plus le même : « tout est une question de cycles »

« Expansion » a permis de lever le sentiment de manque après « Les étoiles vagabondes »

Après Les étoiles vagabondes, quelques questions subsistaient. À part le feat avec Damso, où sont les tubes en puissance ? Où sont les habituels featurings avec le $-Crew ? Pourquoi 1er rôle était placé en conclusion alors que Nekfeu soigne tout le temps ses outros ? Il manquait des éléments qui sont inhérents d’un album du Fennek. Mais même sans cela, l’album était réussi. Pas parfait, certes, mais Nekfeu ne s’était pas contenté de rester dans sa zone de confort, déjà car il avait déjà choisi d’en faire un film pour illustrer son projet et non de simples clips. Puis « Expansion » est arrivé. 16 nouveaux titres qui font un bien fou à l’oeuvre globale : des morceaux où Nekfeu excelle dans l’interprétation comme Sous les nuages ou Ken Kaneki, des morceaux où Nekfeu excelle dans l’écriture et dans le rap : EcrireJeux vidéo et débats. Et bien sûr des éclaircies très bien réalisées qui rajoutent de la gaieté au projet : Chanson d’amourOui et non pour ne citer qu’elles. Musicalement, le parisien s’est entouré de nombreuses personnes pour travailler, pas seulement de producteurs talentueux et reconnus. Diabi a chapeauté l’album de A à Z et a fait un travail de l’ombre remarquable en accompagnant le rappeur quasiment partout dans ses voyages : sans lui, peut-être que Nekfeu n’aurait sorti son album qu’en 2020, voire jamais ? Le Fennek et sa bande sont allés chercher des musiciens « à la source » comme il l’avait si bien dit en 2011 : un batteur amateur dans les rues de la Nouvelle-Orléans, des choeurs et Trombone Shorty toujours dans la capitale de la Louisiane, des violonistes et Crystal Key au Japon, ou encore Niska pour les ambiances trap. Lyricalement, c’est du Nekfeu tout craché, c’est bien écrit avec ses thèmes récurrents : les relations humaines, l’amour, ainsi de l’égotrip bien senti. Mais en plus de cela, il a exploité un thème auquel il s’est tenu tout au long du projet : l’espace. Il a utilisé son champ lexical à profusion sans que cela paraisse forcé, et a poussé l’idée jusqu’à la pochette de l’album : un disque sous-vide prêt à être transporté hors de la planète Terre. Nekfeu s’est soigné avec cet album, on commence dans la dépression et on en sort à la fin du projet avec Pixels,  Ολά Καλά. ou encore Chanson d’amour

Cela peut paraître évident, mais le film Les étoiles vagabondes aide énormément à la compréhension de l’album, ainsi qu’à son appréciation. On parcourt les pays avec lui, le suit au début dans sa dépression à Paris, pour le voir guéri par cet album lorsqu’il annonce sur scène à la fin du film : « Aujourd’hui j’ai joué devant 80000 personnes, mais je ne me suis jamais aussi senti bien entouré ». On se crée tous nos souvenirs avec des morceaux ou des albums en particulier : des vacances, des trajets, des périodes de vie, ou même des clips. En écrivant cette chronique, les passages du film reviennent à l’évocation de chaque titre. Les étoiles vagabondes est un cas à part. Le fait d’avoir vu le film avant même d’avoir écouté l’album offre une expérience inédite aux auditeurs : se créer des souvenirs avec des morceaux avant même de les découvrir en intégralité.

Si L.E.V. était déjà un très bon album, Expansion a permis de lever cette espèce de frustration ressentie : il manquait quelque chose et cette chose c’était tout simplement l’autre moitié de l’album. Un projet long, mais réalisé à la perfection : toutes les transitions sont cohérentes et bien senties. Tous les titres ne sont pas parfaits évidemment, sur 34 titres il y a forcément du moins bon. Mais ce qui est fort, c’est d’avoir pu réaliser un album de 34 titres cohérent de la première à la dernière piste. Bravo à Nekfeu et Diabi.

17/20