Home / RAP FR  / Articles  / Marsatac 2017, Live-Report au coeur de la ferveur Marseillaise

Marsatac 2017, Live-Report au coeur de la ferveur Marseillaise

Récit du fameux festival marseillais, avec des témoignages de Vald, Guirri Mafia et Bon Gamin

À peine dix mois après la précédente édition, le festival Marsatac était de retour le week-end du 23 et 24 juin à Marseille. La formule habituelle ? Non, cette année beaucoup de choses ont changé, en commençant par le lieu. Exit la très originale et industrielle Friche Belle de Mai, place à l’immense et étendu Parc Chanot, qui accueille les plus grandes manifestations de la ville et des milliers de voitures de supporters de l’OM un week-end sur deux. Aucun tifo n’a été déployé, et ce n’est pas un joueur de foot qui a soulevé les foules pendant cette paire de soirées, mais bien une flopée d’artistes talentueux.

 

Autre chose qui a changé sur cette édition du festival, c’est le mélange des styles musicaux pendant les deux soirées. Electro et rap se sont mélangées le vendredi et samedi, il y en avait pour tous les goûts. Concernant la rime francophone qui nous intéresse tant, la première salve a déjà rassasié le public. Le sétois Demi-Portion a ouvert les hostilités, avec un set un peu court mais intense. Il a lancé le public phocéen avec brio, comme un tour de chauffe avant son Demi-Festival qui aura lieu du 10 au 12 août.

 

S’en est suivi un peu plus tard une véritable communion. L’annonce avait sonné comme un transfert à plusieurs dizaines de millions d’euros du côté du Vélodrome, la Fonky Family s’est reformée le temps d’un concert à Marsatac. SatMenzoDon ChoaLe Rat Luciano et DJ Djel ont retourné le Grand Palais du Parc Chanot. Pendant une heure et demie, les MCs ont joué leurs classiques devant un public comblé. Un auditoire varié, entre quadragénaires revivant leur jeunesse et adolescents qui ont vibré avec la FF lorsque le groupe avait déjà livré toute sa discographie. L’amour du risqueCherche pas à comprendreMystère et Suspense jusqu’au final en apothéose avec l’hymne Art de rue. Feux de bengale, chants des Virages phocéens, accents chantants et chaleur, comme dirait Sch, « c’est Marseille bébé« .

 

 

Une nuit de repos et c’est reparti de plus belle, avec une nouvelle programmation rap français de qualité à côté du Rond-Point du Prado. C’est un groupe issu du quartier marseillais Félix-Pyat qui a lancé cette deuxième soirée : la Guirri Mafia. Quatre MCs et un DJ que nous avons pu rencontrer avant leur montée sur scène. Ils nous ont notamment exprimé leur « fierté de jouer à Marseille sur la même affiche que la Fonky Family, c’est des légendes« . Ils préparent leur projet Guirri Gang qui sortira courant de l’année 2017. Même si ils aimeraient voir le « rap Marseillais soit plus haut« , peu importe de qui il vient, ils sont « centrés sur leur disque« , les featurings ne sont pas leurs objectifs premier, l’un rajoute que « cela viendra naturellement lorsque le projet sera bien exposé« . Leur premier aboutissement depuis près de quatre ans, un laps de temps long qui ne les a pas désavantagés selon eux : « On a pas été actifs sur la toile pendant quelques années mais pendant ce temps on a vraiment travaillé. Pour que ça marche faut pas forcément travailler vite mais avec le coeur, on veut pas être seulement une tendance. » Ce soir là ils ont notamment joué leurs morceaux CMBCellule et leur DJ a balancé au public une floppée de classiques du rap, que ce soit hexagonal ou américain. Des centaines de personnes comblées par l’authenticité de ce groupe qui a de l’énergie à revendre.

 

 

C’était en suite au tour de Vald d’enflammer Marsatac, dans le plus grand hangar du Festival. Nous avons pu également lui poser quelques questions autour d’un plateau radio. Comme à son habitude, le rappeur était extrêmement détendu, en ayant totalement rien à foutre des commentaires haineux qui arrivaient en masse sur ses réseaux sociaux suite à sa photo polémique au Stade Vélodrome deux heures auparavant. Lors de cette entrevue nous avons notamment appris que le natif d’Aulnay-Sous-Bois compte « intégrer le Nouvel Ordre Mondial » lorsque lui nous avons demandé quelle prophétie comptait-il réaliser après « Un jour dans une église y’aura ma gueule en aquarelle« . On a également appris qu’il adorait Beely, le dernier morceau du marseillais Jul, et plus sérieusement, que son nouveau projet n’aura rien d’un NQNT 3 ou d’un nouveau monde sous-terrain à la manière d’Agartha, il va encore « sûrement innover« . Sur scène, tous ses gros morceaux y sont passés. Une entrée tonitruante sur Bonjour, du turn-up sur Mégadose, Blanc ou LDS, un peu de douce ironie sur Selfie et Ma meilleure amie, pour finir dans un joyeux bordel sur Eurotrap. Son heure de show a été très intense et a conquis le public phocéen, lui pardonnant sa photo indécente lorsqu’il a terminé son concert en faisant le signe Jul.

 

 

Prince Waly a ensuite déchaîné le Palais Phocéen, avec un set entre old-school et trap, devant un public clairsemé mais très engagé lors des morceaux du rappeur. Il a même offert une paire de sneakers neuves lorsqu’il a joué « Clean Shoes » sur une prod de Myth Syzer. C’est d’ailleurs lui qui a pris la suite du show avec son groupe Bon Gamin. Trois artistes avec qui nous avons pu échanger en fin d’après-midi. LoveniIchon et Myth Syzer préparent un projet, ils « espèrent que ce sera un album » et pas une mixtape. Le beatmaker du groupe a occupé la scène rap ces dernières années, avec des instrus pour Jazzy BazzDamsoHamza ou encore Jok’air. A chaque fois avec des sonorités différentes. Il ne « compte pas seulement se cantonner au rap« . Il peut travailler sur « tout ce qui touche à la musique que j’aimeque ce soit du rap ou de la salsa par exemple« . Quant aux collaborations avec des beatmakers, il n’est pas forcément intéressé et « préfère travailler avec Bon Gamin et en soloLe projet avec Ikaz Boi était par contre une super expérience car cela nous a réunis sur la musique car nous avons commencé ensemble. » Bon Gamin, c’est aussi deux MCs qui viennent de Paris, là où tout se passe, il n’y a plus de frontières et « c’est même plus compliqué de se démarquer dans la capitale qu’en Province, car on se retrouve vite noyés dans la masse« . En attendant le projet en groupe, Loveni prépare un projet solo et l’EP #FDP d’Ichon est toujours disponible sur toutes les plateformes.

 

 

Le groupe a conclu avec manière la programmation rap français de ce festival Marsatac nouvelle formule. Tous les ingrédients étaient réunis pour que cela soit une réussite. Il y a eu de l’émotion et de la proximité avec la Fonky Family et la Guirri Mafia, du retournement de foules avec Vald et Bon Gamin, de la rime technique ou prenante avec Prince Waly et Demi-Portion. Un soyeux cocktail qui donne l’eau à la bouche pour la prochaine édition.

 

hugo@vrairapfrancais.fr

Review overview