Dinos se livre dans Taciturne

Par Anaïs Koopman

Découvrez le deuxième projet du rappeur, sorti le 29 novembre 2019

Est-ce qu’il est vraiment “l’nouveau Solaar”, comme il l’affirme dans On meurt bientôt, la première track du projet ? C’est peut-être encore trop tôt pour le dire. En attendant, retour sur les débuts d’un rappeur aussi présent que discret sur la scène du rap français.    

Année 2011, Seine-Saint-Denis, La Courneuve, Cité des 4000. Jules Jomby, alias Dinos, n’a pas vingt ans et commence à semer quelques punchlines, avant de se faire remarquer grâce à une prestation explosive aux Rap Contenders. En 2013, il sort un premier EP au nom de L’Alchimiste, puis un deuxième, Apparences, en 2014. Depuis, d’après ses dires, l’artiste s’est “fait tout seul”. Après le succès d’un premier opus intitulé Imany sorti le 27 avril 2018, et étendu à sa version deluxe le 7 décembre 2018, Dinos Punchlinovic est bien loin de se reposer sur ses lauriers : il va bien au-delà de l’égotrip et se confie à son auditoire à travers une plume aiguisée et une sensibilité assumée à travers son deuxième album studio Taciturne, sorti le 29 novembre dernier. Disponible en trois versions physiques et avec trois covers différentes – une version standard de quinze titres, une version jour et une version nuit, toutes deux de dix-neuf titres -, le projet était attendu depuis décembre 2018, lorsque l’artiste avait annoncé sa préparation sur la scène de la salle de concert La Cigale. Près d’un an après, le rappeur originaire de la Courneuve (Seine-Saint-Denis) se confie dans nos oreilles. 

À en croire le titre de ce deuxième projet, Dinos n’est “pas d’humeur à faire la conversation”. Un mood qui ne l’empêche pas de s’ouvrir et de partager les pensées, les doutes et les peurs qui l’assaillent dans Taciturne. En le teasant sur ses réseaux à base d’un extrait par jour, il a souvent accompagné ses publications de captions personnalisées, pour nous communiquer l’émotion liée à cet album. Et bien que généralement solitaire, Dinos a choisi de mêler sa voix grave à la douce voix de la chanteuse Marie Plassard sur No Love, de s’entourer du saxophoniste et chanteur camerounais Manu Dibango pour Les garçons ne pleurent pas et du flow du rappeur Dosseh sur le morceau Taciturne. Un challenge risqué mais réussi, puisque Dinos a parfaitement su mélanger les styles musicaux, tout en sachant rester fidèle au sien. La mélodie est mélancolique, les textes introspectifs et l’ensemble plein d’humanité. Une manière pour l’artiste de “passer un palier”, d’après un post Instagram célébrant son vingt-sixième anniversaire… et une avancée spectaculaire, au lendemain de la sortie de l’album.

Un rappeur silencieux

Être silencieux, le comble, pour un rappeur ? S’il enchaîne les punchlines, Dinos ne livre rien de sa vie privée. À travers un rap intimiste, il fait pourtant passer des messages, à commencer par une certaine solitude, portée par une tendance à opter pour le silence : “Le silence fait plus mal que les mots” (On meurt bientôt), “Silencieux car trop de problèmes, je parle que dans mon sommeil” (Oskur), “Ne m’parlez pas tout court, j’suis pas vraiment dans l’mood” (Adeola interlude), “J’ai personne à qui m’confier à part Pro Tools” (Mack Le Bizz Freestyle),… La subtilité est là : le rappeur a beau nous dévoiler certains de ses tourments et quelques facettes de sa personnalité, il reste discret sur sa vie intime et se défini comme “taciturne”, comme pour se protéger de toute intrusion. Il se soulage aussi du poids que cette discrétion ou que la fame peuvent parfois faire peser sur ses épaules : “mes silences font du bruit” (Oskur), “Où je suis ? (…) ? J’suis pas parti, juste perdu en chemin” (Omri). Des interrogations qui le font aussi se remettre en question en amour : “L’amour, j’le vois pas (…). J’avoue, pour aimer quelqu’un comme moi, il faut être fou” (Oskur). À l’écoute de Taciturne, on comprend que le rappeur y ait mis, selon ses dires, “toute son énergie” et que ce projet soit “plus fort que lui” !