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La campagne présidentielle du Rap Français

La campagne présidentielle du rap français

Avant toute chose, il est nécessaire de préciser qu’il s’agit ici d’un exercice de style mélangeant certains éléments réels à des faits totalement imaginés. Cette politique-fiction est motivée par un contexte électoral sur lequel chacun peut et doit avoir sa propre réflexion. C’est pourquoi, si le lecteur de cet article perçoit un jugement de valeur, il doit savoir que toute ressemblance avec des personnalités politiques existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

 

Alkpote – Le parti de la perversion

« Pour une ténébreuse France… Pute ! »

Atef, de son prénom, est le premier des participants à avoir déclaré sa candidature pour le poste suprême. C’est accompagné de son comparse Sidi Sid, lors d’une représentation musicale au Gibus en janvier dernier, qu’Alkpote a confirmé ses ambitions et appelé les partisans à le rejoindre dans cette aventure.

 

Durant les dates de sa campagne, il a abordé plusieurs thèmes au cœur des préoccupations des Français. Ainsi, pour clôturer le premier mois de l’année, à chaque meeting il a souhaité une bonne année, une bonne santé. Cette déclaration confirme son projet de garantir les soins à tous les Français en s’appuyant sur un Etat-providence fort. Dans la continuité de sa politique de santé, il confie d’ailleurs faire tourner son pétard aux siens pour déstresser. Cette révélation faite au JT de M6 est un écho à sa mesure de légalisation du cannabis; substance dont il ne cesse de vanter les vertus thérapeutiques.

 

Le programme de l’Aigle royal présente également des mesures pour une démocratie plus libérée. Lors de son invitation à l’Emission politique de France 2, il débute sa prise de parole en clamant « Je m’en fous de Pujadas ! ». L’ensemble du plateau, d’abord choqué, a ensuite eu droit à des éclaircissements de la part du candidat qui, par ces propos, veut en finir avec la collusion entre le pouvoir politique et les journalistes.

 

Une proposition culturelle bien originale est celle d’augmenter le nombre de boites échangistes pour permettre un métissage des cultures plus approfondi. Patrick Sébastien serait d’ailleurs pressenti pour être le ministre des mœurs.

 

Sur le plan international, M. Kahlaoui a notamment marqué les esprits en déclarant sur une télé américaine qu’il irait volontiers saluer la mère de Trump. Un message indiquant qu’il ne baissera pas le regard devant le POTUS. Amoureux de la France, et opposé à une domination culturelle américaine, il insiste souvent pour une crasserie de la France d’abord. Par ailleurs, il a conclu son entretien avec CNN par le désormais célèbre « mec on vit pas en Floride ».

 

Lors du premier débat des candidats, il a aussi rappelé que sa famille politique aime la Mauritanie. Une manière de promouvoir l’Organisation internationale de la francophonie tout en lançant un processus d’honnêtes relations avec les pays d’Afrique.

 

Lorsque que l’on évoque la menace terroriste organisée depuis l’étranger et les solutions envisagées pour y faire face, c’est en fixant la caméra d’un regard déterminé qu’il promet d’envoyer des projectiles et d’adopter une « technique de guerre digne de celle de Adolf ». Daesh et les autres ennemis de la France sont prévenus.

 

Sans retenu, il conclue sa tournée des meetings par un cinglant « Je chie sur vos candidats ! » adressé aux soutiens de ses adversaires. Et rappelle à ses partisans qu’il est un mec loyal qui respectera ses engagements.

 

Interrogés sur celui qu’ils soutiennent, les pro-Atef exultent face aux caméras, chantant en chœur « Alkpote t’offre de nouvelles perceptions ».

 

JUL – Le parti de l’indépendance

« La France en Y »

JUL candidat, c’est l’intégrité aux portes du pouvoir. Il a souvent affirmé sa probité en déclarant qu’il ne ferait pas de pacte avec Satan. C’est donc sans contrat faustien que le rappeur compte mener son combat pour l’autonomie du pays. De plus, ses partisans savent bien qu’il ne trahirait pas ses frérots pour de la baise.

 

Julien est également un candidat du peuple. Au plus près de la réalité du terrain, il est conscient des préoccupations des classes populaires. Avec une certaine solennité il nous rappelle que la vie c’est réel comme nos putains de ruelles.

 

Pour revenir à l’autonomie, en tant qu’étendard de l’émancipation dans son domaine, il a su se faire tout seul et aiguiser ses divers talents. Polyvalent au point d’être au four et au moulin, c’est l’indépendance et l’entreprenariat que JUL promeut. Et vu la richesse que sa productivité a créée, je crois pas que les maisons de disques kiffent ça. Il véhicule donc par sa candidature un message d’espoir quant à la réalisation de projets si notre détermination est assez forte.

 

Le Président normal, ça pourrait très bien être lui car en plus d’avoir une vision réaliste sur les quartiers de France, ses discours ne cessent de respirer l’humilité ; cela alors qu’il est à deux doigts d’être millionnaire.

 

Par ailleurs, son discours de fraternité est tellement universel qu’au Bled ça l’écoute, même en cassette. Le MC de La Puenta motive donc à l’union des horizons, notamment via la bonne humeur que sa mélodie transmet et qui réalise l’exploit de faire danser la France, l’Europe et l’Afrique.

 

Keny Arkana – Le parti de l’humanité

« La juste France »

Arka du clan des wanted représente le parti dissident de ses élections. Adversaire d’un système symboliquement nommé « Babylone », son projet est de réunir tous les esprits libres. Lorsqu’on l’interroge sur sa candidature, elle avance le « besoin d’exprimer [son] point de vue aux yeux du pays ».

 

Farouchement libertaire, ses discours sont nourris d’une défiance face à l’autorité et ses acteurs. En effet, il faut rappeler qu’avec ses pairs elle s’est présentée aux téléspectateurs français dans la clandestinité en piratant les ondes de la Première chaîne nationale (CF1) afin de dénoncer le terrorisme d’Etat. Ces méthodes sauvages, semblables à celles du film V pour Vendetta, tentaient alors d’ouvrir les yeux aux foules drainées par les mass medias dans le but de les éclairer sur les réalités du monde de l’information.

 

Un de ses combat est notamment la liberté du vivant, loin des manipulations et expérimentations scientifiques que préconisent certains chercheurs se prenant pour Dieu dans leurs laboratoires. A ces « justiciers de pacotille » Arkana inclus tout interventionniste voulant influer sur la Nature (partisans de la peine de mort et miniers par exemple).

 

Pour défendre cette liberté humaine qui lui ait si chère, la candidate dresse un état des lieux : flics et caméra à chaque coin de rue. Contre cette oppression autoritaire, que trop de bavures ont rendue menaçante, est envisagé un désarmement des policiers.

 

Dans les idées moins matérielles, c’est l’évasion de l’esprit qui est centrale, avec le développement de structures culturelles où pourront s’exprimer les aspirations de chacun (musique, théâtre, graph’…).

 

Sa campagne est aussi marquée par une dynamique altermondialiste. En effet, Keny Arkana et son parti dirigent leur lutte vers des adversaires comme le modèle capitaliste et sa conséquence : le nouvel ordre mondial que dessine le libéralisme économique.

 

Comme elle le dit dans ses discours, l’ennemi ce sont les gars du MEDEF. On retrouve des vestiges marxistes dans ce portrait d’un patronat exploitant les ouvriers et les plus démunis grâce aux milliards du capital. Pour rendre le rapport de force plus juste entre ces deux acteurs du travail est prévu une révision de la Constitution où sera inscrit le droit des salariés à s’intégrer aux conseils d’administration. A long terme, les mesures de justice permettraient de lutter contre la misère sociale des enfants perdus.

 

Comme un refrain que l’on retrouve dans tous ses meetings, la candidate rappelle qu’il y a urgence ! et qu’il faut agir maintenant pour les prochaines générations.

 

Ainsi, l’écologie est un autre sujet majeur de son programme. En chantant son amour profond pour Pachamama, Arkana s’oppose aux exploitations effrénées de matières premières qui fragilisent les écosystèmes en assassinant faune et flore. Elle mise sur l’avenir et compte entamer une révolution des consommations pour passer à une autre époque.

 

De ce fait, et en accord avec l’esprit de méditation qu’elle souhaite insuffler à tous les Français, une mesure proposée est la diminution de l’éclairage public de nuit dans les grandes villes pour pouvoir regarder la danse des constellations et ainsi songer à l’avenir que l’on veut offrir à l’Humanité. Une conséquence fiscale concrète pour les ménages serait une baisse d’imposition due à la réduction de la consommation citadine en électricité.

 

Naturellement opposée à l’idéologie du mondialisme, la candidate dissidente déplore que les Français soient nourris aux films américains et à la bouffe de Tchernobyl. Un constat qui pousse son programme à lutter contre l’hégémonie des Etats-Unis sur l’Hexagone ; d’un point de vue militaire (en sortant de l’OTAN) mais aussi alimentaire (en refusant les OGM) et culturel via la diminution des importations d’Hollywood pour limiter le soft power US.

 

Nekfeu – Le parti des partants pour la party

« Pour un pays tout feu, tout flamme »

Observant qu’il y a certains rêves que les Hommes n’ont plus, le « Fenek » (comme ses partisans aiment à l’appeler) veut promouvoir l’esprit de partage et la solidarité entre les jeunes pour leur permettre d’avoir, à nouveau, espoir en l’avenir. C’est ainsi que, comme un Inuit sur la ligne 8, il contraste avec le reste du paysage politique en proposant, comme meeting, des concerts gratuits tous les vendredis soirs à Place de la République ; là où il a déjà apporté son soutien au mouvement Nuit Debout.

 

Issu d’une jeunesse qui le choque, car perdue dans les travers du virtuel, il a pour ambition d’offrir une nouvelle vision de l’humanité à ses jeunes en s’appuyant sur les manifestations festives. On se rappelle de sa prestation au Zenith, durant les Victoires de la Musique 2016, où il profite de son exposition à la télé nationale pour promouvoir des associations et réclamer la libération de l’humanitaire Moussa.

 

Partisan d’une liberté d’expression respectant la dignité d’autrui, il soutient l’indépendance de la Presse mais condamne fortement les offenses que profère celle-ci envers les minorités de France.

 

Ken, c’est également un programme axé sur la culture. En effet, il affirme être le premier ex-pauvre à t’emmener voir des expos tout en redonnant à la littérature française ses lettres de noblesse !

 

Quant à l’international, Nekfeu se pose comme un candidat humaniste qui saura tenir tête face aux dirigeants les plus retors. Ainsi il ne craint pas la confrontation avec Donald Trump ou Netanyahu ; qui, chacun à leur manière, sont aux antipodes des valeurs défendues par le « petit Grec ».

 

SCH – Le parti des narco’

« De la A7 vers le monde »

Le S concoure à la Présidence en tant qu’anarchiste dont le plus grand souhait et de renverser l’ordre en place afin de créer une nouvelle ère de croissance économique. Sa mesure phare est l’autorisation des trafics de stupéfiants.

 

Parti du constat que se lever pour 1 200 euros était insultant, le second candidat marseillais de la campagne compte abattre les frontières légales qui constituent le Code du Travail via narco-libéralisation de l’économie.

 

Le Franco-allemand propose donc la légalisation des drogues pour donner leur chance de réussite aux moins diplômés en annulant toutes sanctions judiciaires contre leurs activités. L’ambition est affichée : encore plus d’illettrés aux volants des 45 AMG !

 

De surcroît, pour que ses potos ne soient plus stoppés par leurs pigments, Monsieur Schwarzer mènera une lutte sans repos contre les discriminations à l’embauche ; ce qui aura pour autre conséquence une baisse mécanique du chômage dans les quartiers les plus défavorisés où se trouvent de nombreuses populations issues de l’immigration.

 

Un point notable du projet économique de Sch est de favoriser l’accès à la propriété. En effet, un leitmotiv revenant souvent lors de ses meetings est d’ailleurs « Féfé et appart’ sur les Champs pour tous ! ».

 

Mais une remarque que ses opposants politiques font sur son programme, tout en paraphrasant certains de ses discours, est que dans un système ultra-libéral sans garde-fou, on s’embourgeoise autant qu’on s’enlise. En effet, la violence générée par le nouveau régime schique aurait pour résultat une hausse des assassinats. « Plus de taff pour les pompes funèbres mathafack ! » rétorque-t-il à ce sujet.

 

Une mesure sociale proposée, et qui bénéficierait aux survivants du nouveau système, est d’abaisser l’âge des retraites pour pouvoir mieux profiter de l’argent gagné durant les années de labeur. Rappelez-vous du discours du 11 novembre 2015, lorsqu’il clamait que la caille c’était rien sans l’time.

Parmi les autres mesures proposées, on a la légalisation des armes à feu comme outil d’autorégulation des trafics de drogue (influencé par la pensée d’Hayek). Ainsi, nombreuses seront les mains sur une crosse et teflon sur le dos.

 

Ayant le goût du chiffre et le goût du risque, le candidat Sch envisage un plan d’investissements sans précédent pour la France qui créerait des ponts commerciaux avec les pays producteurs de drogue (Afghanistan, Colombie, Maroc…).

 

Soucieux de prouver sa loyauté auprès de ses adhérents il a pour coutume de clôturer ses meetings en proclamant : « Je tiendrai promesse, tu m’as pas vu changer le fusil d’épaule ! ».

zosafa.niasuh@gmail.com

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