Kofs, rappeur originaire du quartier d’Air-Bel à Marseille, incarne bel et bien cette nouvelle génération du rap Marseillais. Pourtant, il débutait déjà le rap depuis de nombreuses années au sein du groupe Click 11.43, dans lequel il rappait notamment aux côtés de Naps, originaire du même quartier. En 2015, on peut le voir dans le film Chouf réalisé par Karim Dridi, grâce auquel Kofs recevra deux prix à Carthage. En 2018, tout va s’accélérer pour lui, qui sortira un premier projet du nom de « Kofs » en 2018, suivi la même année de son premier album « V ». Cette année, il dévoile Santé et Bonheur, son deuxième album dans lequel il a convié Alonzo, Naps, Kaaris, Kamelancien et Keezy…

Interview réalisée et rédigée par Lisa Heilmeyer 

Crédit photos : Corentin Loubet
On va parler tout d’abord de ton nom, « Kofs ». On a entendu dire que c’était une suite d’initiales de plusieurs prénoms… Ça veut dire que tu partages ton nom avec d’autres ? Est-ce que tu peux nous en dire plus sur l’histoire de ton nom ?
Ouais, en fait c’est plus une trace qui reste avec moi, une trace de mon enfance. Ce nom là on l’a choisit quand j’avais 11 ou 12 ans tu vois, j’ai décidé de le porter parce que c’est les initiales de mes gars, Khaled, Omar, Sofiane et moi c’est le « F » de Foued. J’ai décidé de garder les initiales de mes trois potes et de ne pas changer de blaze. Je me suis dis c’est mes frères, alors je vais les garder.
Mais est-ce que ça veut dire que tu partages plus ou moins ton succès avec d’autres ? On peut penser que trouver un nom d’artiste c’est une démarche personnelle, individuelle, c’est comme si tu partageais ça avec d’autres, c’est rare non ?
Ouais mais en fait à la base on était partis pour être un groupe, mais personne ne rappait, sauf moi. Donc à un moment donné je me suis dit ‘je vais quand même m’appeler Kofs’. Ce nom a circulé très vite. Au moment de mes premiers textes, il y a eu un engouement dans le quartier et les gens m’ont direct appelé Kofs. En réalité, je n’ai pas eu le temps de changer en vrai, de vrai. Mais ça reste aussi un choix personnel d’avoir gardé le nom Kofs.

Je suis un mec qui m’acharne dans le taff

On peut dire que depuis quelques années c’est vraiment intense pour toi : il y a eu le cinéma, une signature en label, un premier album très plébiscité par la critique, aujourd’hui un deuxième album, comment ça s’est acheminé tout ça ? Où en es-tu dans ta tête ?
Beaucoup de travail. Beaucoup, beaucoup de travail. Moi je suis un mec qui m’acharne dans le taff. Il y a eu du changement d’équipes, c’est à dire qu’on a enlevé les « eaux polluées » comme on dit, puis on a gardé le bon et on a avancé. C’est vrai premier album, comme tu dis bien reçu par la critique, puis après il y a le cinéma autour, pendant le premier album je tournais, après l’album je tournais, et il n’y a pas longtemps je tournais aussi.
Ah oui tu ne t’arrêtes pas quoi…
Oui le cinéma est toujours omniprésent. Mais là, pendant un peu plus d’un an, je me suis consacré pleinement à ce nouvel album et j’ai pondu Santé et Bonheur!
Santé et Bonheur, parlons-en. Le titre et la cover ont l’air très liés, on te voit sur la pochette porter un toast, un verre à la main. Mais quand on s’approche plus près on peut remarquer que tu tiens une arme dans ton dos…
En fait le gimmick de Santé et Bonheur à la base il est suivi d’une phrase, c’est : « Santé et Bonheur mais celui qui nous aime pas, il meurt ». Donc voilà pourquoi le verre, pour Santé et Bonheur. Et voilà pourquoi le flingue, pour la suite de la phrase.
On va parler de ventes, tu sais qu’aujourd’hui tout le monde est banquier dans le game, on aime bien parler de chiffres, est-ce que tu t’es fixé un objectif à ce propos ?
Non, je te cache pas qu’on est dans une époque où vendre c’est très compliqué. Que ce soit avec les plateformes ou pas, c’est vraiment dur de vendre aujourd’hui. Le seul objectif que je me suis fixé c’est de faire comme avec mon premier album, si j’arrive à faire comme le premier je me dis ‘bah écoutes tant mieux’. Après je ne me mets pas vraiment d’objectif précis, je fais ma musique, je l’envoie si ça plait tant mieux, si ça plait pas c’est pas grave on va continuer quand même.

On va pas faire des caprices de riches, on n’est pas comme ça

Ton dernier clip en date, c’est le featuring avec Kaaris. Le titre s’appelle « Embourgeoisé », est-ce que tu penses que tu t’es embourgeoisé ?
Non, mais d’ailleurs je pose la question au public, aux personnes qui m’écoutent quand je dis « 35 000 euros au poignet, me suis-je embourgeoisé ? ». Je pose la question, mais concrètement dans ma tête non, je sais que je ne me suis pas embourgeoisé. Après oui, je me fais plaisir, mais basta.
Tu veux dire qu’il y a une différence entre se faire plaisir et ne pas oublier d’ou on vient…
Exactement, on va pas faire des caprices de riches, on est pas comme ça, on garde les pieds sur Terre. Après, c’est sur que ce qu’on a pas pu faire hier, on peut le faire aujourd’hui, si demain je veux m’acheter une montre à 50 000 balles je peux me faire un kiff et le faire, mais en soi on va pas se prendre pour ce qu’on est pas.

Les morceaux hardcores sont mes piliers, mais j’étais obligé de m’ouvrir un peu et de kiffer

Il y a un autre featuring qui est particulièrement intéressant, c’est celui avec Kamelancien. Il a disparu des radars mais toi tu nous l’as sorti de ton chapeau magique, comment ça s’est fait ?
L’histoire avec Kamelancien c’est que je parlais de lui à la maison, je parlais de lui en famille. Et un soir, par hasard, mais vraiment par hasard, il m’a envoyé un message sur instagram pour me féliciter de ma musique. Du coup, on est resté en contact, je suis monté à Paris, on s’est rencontré, il est descendu à Marseille plusieurs fois, je suis remonté plusieurs fois, il y a eu un vrai lien entre nous tu vois. Et un jour il m’a dit « Ecoutes Kofs si tu veux me demander un truc n’hésites pas, tu es le frérot » et je lui ai dit « Bah écoutes si tu es dans mon album ça serait le top », et du coup on a fait le son, il m’a plu, j’étais satisfait du morceau et je l’ai mis dans le projet.
Sur cet album on sent que tu t’es quand même ouvert, il y a une prise de risque, par exemple avec des titres comme Bellissima. Est-ce que tu as envie de conquérir un nouveau public ? C’est quoi l’objectif ?
C’est sûr que je veux m’élargir un peu plus, ça c’est certain, je vais pas te dire que je veux rester que dans mon truc. En fait, l’idée c’était de sortir un premier projet assez poignant, bien tapant, et sortir un deuxième projet qui est toujours aussi poignant que ce soit avec l’intro Santé et Bonheur, le son La nuit ou le morceau Bosniaque. J’ai toujours mes repères, les morceaux hardcores sont mes piliers, mais j’étais obligé aussi de m’ouvrir un peu et de kiffer. En soi, je me suis dis ‘écoutes teste d’autres choses, fais ce que t’aimes faire’. Il n’y a même pas eu de calcul, j’ai fait ce que j’aimais faire et ça passe aussi par là, par l’ouverture.
D’ailleurs c’est marrant que tu dises ça, on a l’impression en tant qu’auditeur, que le morceau La nuit à la fin de l’album c’est un peu pour nous dire « Les gars n’oubliez pas qui je suis ».
Bien sûr. Moi tu sais, musicalement parlant, sans prétention aucune et j’insiste bien là-dessus, je peux faire la musique que je veux, niveau kickage on peut pas me reprocher grand chose. Il faut savoir que dans l’album V, les morceaux qui ont le plus marché, paradoxalement, c’est des morceaux comme tu dis, Bellissima par exemple, c’était les morceaux plus ouverts, je me suis dit si mon public aime des morceaux comme ça il faut que je leur donne aussi ça. Donc je leur donne les deux.

Dès que Jul a mis la lumière sur Marseille, on a foncé

Et c’est lequel ton morceau préféré ?
Oufff…. Euh… J’en ai trop. J’avais d’autres titres que j’ai pas mis dans l’album, et j’ai gardé la crème de la crème. Ça va dépendre de mon humeur, si je pense fort à ma mère je vais écouter un morceau comme Yemma, si je suis énervé je vais écouter un morceau comme Bosniaque, y’a pleins de trucs qui vont dépendre de mon mood.
 
Dans Déçu, tu parles de Maurice MAP, est-ce que tu peux expliquer à nos lecteurs qui est cette personne pour toi ?
Maurice MAP, c’est la personne qui me produisait, c’était mon ex producteur jusqu’à la signature en label. Tu sais aujourd’hui il y a de plus en plus de mecs de cité qui produisent des rappeurs, c’est devenu comme ça aujourd’hui. Lui il a fait le choix de me produire, il avait déjà produit quelques artistes avant moi, mais avec lui on a avancé, ça été vraiment une personne importante pour ma carrière.
On va parler de Marseille, toi tu viens d’Air-Bel, c’est les quartiers Sud de Marseille, finalement Marseille est une ville ou il y a plusieurs scènes, on peut presque comparé ça aux USA à plus petite échelle, il y a les quartiers Nord, les quartiers Sud, on va dire que le Nord a connu son heure de gloire, maintenant vient enfin le temps de Sud (un peu comme aux USA d’ailleurs en ce moment), qu’est-ce qui a déclenché cette mouvance à ton avis ?
Nous à l’époque déjà avec Naps en groupe, avec Ger et Sahim de l’équipe 11.43, on savait qu’on avait un talent, sans prétention aucune, on se sentait super chaud à Marseille, on se disait ‘les gars c’est nous les plus chauds’, c’est avec nous qu’il doit se passer quelque chose. Mais on savait pas comment ramener le vent vers nous. On a essayé, on a fait quelques morceaux qui ont eu leurs succès à échelle locale sur Marseille et les alentours, donc on avait notre nom mais vraiment péter pour péter c’était dur. Et puis, il y a eu le fameux ‘Cross volé’ de Jul, c’est lui qui a ouvert les portes, et quand Jul a ouvert la porte tout le monde est rentré en fait. Jul ça été la lumière, nous on était dans le rap en même temps que lui, que ce soit moi, Naps, ou même YL qui est aussi d’Air-Bel, en soi dès qu’il a mis la lumière sur Marseille on a foncé.
Naps, c’est incroyable aussi ce qui lui arrive…
Bien sûr, on est fier, on a tous grandit ensemble, que ce soit Naps ou YL, nos familles sont proches. Tu sais moi quand je vais en Algérie, je dors chez Naps, en soi tu peux appeler ça comme une grande famille, après avec des hauts et des bas comme dans chaque équipe, mais on est tous accordés, connectés, ensembles. Mais Naps ce que je pense de son ascension ou celle d’YL, j’en suis fier parce que ça ne fait que confirmer ce qu’on se disait autrefois, on savait que ça allait marcher, c’est juste que ça a pris du temps.
On a noté aussi que dans Pardonne moi, tu fais une sorte d’états des lieux de tes fautes, une sorte de Mea Culpa, est-ce que pour toi la vie c’est un combat contre toi même ?
Oui toujours aujourd’hui, tu fais une erreur, tu essayes de la réparer, tu refais une erreur, tu essayes encore de la réparer…T’essayes de ne plus en faire mais tu en refais. Ça a toujours été un combat et ça le restera jusqu’à la fin de nos jours. On est des êtres humains, on fait des erreurs, on commet des fautes, à toi de combattre contre toi-même.

On sait que tu as touché au cinéma notamment dans le film Chouf de Karim Dridi, film pour lequel tu as été primé, comment tu as vécu cette expérience ?

C’était la folie. Même aujourd’hui j’ai l’impression qu’on réalise pas, quand on en parle avec l’équipe, c’est que des bons souvenirs. « Tu te rappelles si, tu te rappelles ça » on aime en parler. Mais le plus beau souvenir, c’est quand j’ai été primé à Carthage, c’était la folie, me retrouver devant 3000 spectateurs, passer à la tv, ça c’était tout nouveau et c’était fort pour moi. On arrive, on débarque, on prend 2 prix, meilleure musique et meilleur acteur, tu imagines bien qu’on était pas prêt. On est allés au festival pour kiffer, on nous avait dit qu’il y avait une piscine la-bas. On était content d’y aller, mais on s’imaginait pas avoir des prix.

Alors quand ils nous ont appelé pour un prix, on n’y croyait tellement pas qu’on voulait même pas se lever

Est-ce que c’est quelque chose qui t’as fait peur ?
Non, pas du tout. C’était vraiment qu’on n’y croyait pas, on réalisait pas du tout. Là-bas tout le monde était carré, parce qu’ils t’imposent une chemise, un costard et tout. Nous on est arrivés, on s’est mis tout au fond de la salle, on restait entre nous. Alors quand ils nous ont appelé pour un prix, on y croyait tellement pas qu’on voulait même pas se lever. Mais à mon avis à Carthage, les mecs qui prennent des prix doivent être plus ou moins au courant, parce que je me suis dit tu dois le sentir quand tu vas gagner un prix, nous y’avait rien, aucun signe. En plus je te cache pas qu’on était vraiment jetés dans notre coin, même le réalisateur était parti, il est rentré à Marseille, on est resté que tous les 3 avec Marteau et Oussama. Quand ils nous ont appelés, c’était pour le prix de la meilleure musique, on était content, on est passé, on a fait notre speech, et puis après on est parti. Mais tu vois on était vraiment parti du festival, mais après j’ai vu que le présentateur commençait à me courir après, il me dit mais « Tu vas ou ? Reviens! Tu as reçu un deuxième prix », c’était le dernier prix qu’ils remettaient, je lui dis « Mais j’ai eu quoi? », il me dit « C’est le dernier prix », je me suis dit que si c’était le dernier prix c’est que c’était nul, mais en fait quand je suis revenu et que j’ai vu que c’était pour meilleur acteur, j’ai vu qu’ils avaient pétés le champagne et tout, c’était une dinguerie.
Tu disais tout à l’heure que tu tournais encore récemment, qu’est ce qu’il y a de prévu prochainement ?
À Marseille il se passe pas mal de choses autour du cinéma. D’ici la fin de l’année on devrait me voir notamment dans le film BAC Nord, un film réalisé par Cédric Jimenez.
Pour finir, tu as des concerts prévus ? Une tournée peut-être ?
Ouais, mes premiers concerts sont : ‪le 8 Avril‬ à Marseille, le 9 à Lyon et le 10 à Paris. Je te cache pas que selon comment ça marche on verra si on enchaine sur une tournée, j’aime être proche du public, donc j’ai hâte !