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Kery James : 27 ans de carrière en 13 dates majeures

Retour sur la carrière de Kery James

De sa première mission avec Idéal J à son huitième album solo, Alix Mathurin a vécu mille vies. Danseur précoce, rappeur infatigable, poète révolté, comédien accompli, Kery James a pratiqué des arts divers, toujours en gardant sa constance artistique et sa conscience politique. À 40 ans, il revient avec un nouvel opus de 13 tracks, parsemé de featurings alléchants. Le poète hardcore est loin d’être mort. Au contraire, il rap encore.

 

 En 12 dates, retour sur les 27 ans de carrière de l’un des plus grands porte-parole du rap français.

 

1. Janvier 1991 – Apparaître sur un album à 13 ans
1991 : Dans le hip-hop, Kery James n’a pas de temps à perdre. A 13 ans, il figure pour la première fois sur un disque de rap français. Celui d’un certain MC Solaar qui sort son premier album Qui sème le vent, récolte le tempo. Nous sommes alors en 1991 et Claude MC rencontre le jeune Kery à la MJC d’Orly, un espace où des jeunes de tout le Val-de-Marne se retrouvent pour des ateliers d’écriture, de rap ou des concours de danse. Solaar repère le potentiel du garçon et lui propose de poser sur un des ses titres aux côtés du groupe Raggasonic. Le flow raggamuffin est exquis et le discours politique de celui qu’on appelle alors Kery B, est déjà là, à 13 ans.

 

« Je ne veux pas aller au service militaire, je ne veux pas faire la guerre pour un morceau de terre »

 

2. Début 1991 – Danser dans un clip de rap

Kery James n’est pas seulement un rappeur hors pair, c’est aussi un excellent danseur. C’est d’ailleurs grâce à la danse qu’il fait ses premiers pas dans le hip-hop, pratiquant notamment le up-rock, une variante du breakdance intégrant des prises de combat. Pas mal à l’aise sur la piste, le jeune Kery tourne même dans le clip de MC Solaar Quartier Nord réalisé pour Rapline en 1991. Le gosse qui danse dès le début de la vidéo, oui, c’est lui.

 

 

 

3. Débuts 1995 – Fédérer un collectif mythique

Un gang de jeunes loups du Val-de Marne, une meute d’artistes bourrés au hip-hop qui a marqué de son empreinte l’histoire du rap français… Voilà ce qu’est la Mafia K’1 Fry, le collectif formé autour de Kery James, Douma Le Parrain et Manu Key. Breakeurs, Graffeurs, DJs, beatboxeurs rappeurs, backeurs… Le groupe rassemble toutes les disciplines de hip-hop et servira de base de création pour la trentaine d’artistes qui forment le clan, parmi lesquels Rohff bien sûr, ou encore Mokobé, AP et Rim’k qui feront la gloire du 113.

 

4. Courant 1996 : Sortir son 1er album avec Idéal J

Le 1er album arrive en 1996 avec O’Riginal MC’s sur une mission. Un condensé de rap à la fois dur et poétique, parfois conscient, parfois ego-trip, qui raconte avec une plume acerbe et stylisée le ghetto français, la vie d’un jeune MC d’Orly et les combats qu’il mène. Au côté de Kery, deux amis et alter ego artistiques, deux piliers sur lesquels le chanteur s’appuiera pour s’ériger bientôt au panthéon du rap français : Teddy Corona, backeur et bras droit du rappeur ainsi que DJ Medhi, jeune producteur talentueux de Gennevilliers. La légende Idéal J commence.

 

« digiditcheck le mic comme personne ne l’a jamais fait, j’arrive avec le flow qui va causer des dégâts »

 

5. Octobre 1998 – Le Combat Continue

Un poing levé, serrant fort entre ses doigts le bleu blanc rouge du drapeau français. C’est le signe de la révolte que symbolise « Le combat Continue », le deuxième album du groupe Idéal J qui sort en octobre 1998 chez Arsenal records et Alariana. Le gamin d’Orly a toujours le même discours rageur (Hardcore), mais le message politique s’étoffe (Evitez, Le Combat Continue, Message) et la palette de DJ Mehdi s’élargit. Des instrumentales sombres, empreintes de mélancolie et qui samplent des titres de Charles Aznavour (Evitez), John Coltrane (Sur violents Breakbeats) ou Astrud Gilberto (J’ai mal au cœur). Kery ne combat pas seul, et invite pour cette deuxième campagne toute une flopée de soldats de la Mafia K’1 Fry ou d’ailleurs (Daddy Morry, Rohff, Demon One, Different Teep, 113, Dry, O.G.B…).

 

« Evitez » d’idéal J et Daddy Morry sur l’album Le Combat Continue, sorti en 1998 chez Arsenal Records.

 

6. Septembre 2001 : Las Montana, Islam et 1er album solo

La mort de Las Montana, ami de Kery James et l’un des leaders de la Mafia F’1 Fry, va initier un virage déterminant dans la pensée et la carrière de Kery. Converti à l’Islam, il ne se reconnaît plus dans le discours de ses premiers albums, ni dans le rap de l’époque. Sa position sur la violence, la drogue ou la manière de montrer les femmes a changé. Dans son nouveau projet Si C’était à Refaire, son premier album solo, il n’utilise ni instruments à corde, ni instruments à vent, considérés comme des péchés de l’oreille selon le prophète Mahomet. Un univers musical nouveau mais une intensité et une science du verbe intact… Comme l’attente que suscite Kery James, puisque Si C’était à Refaire sera disque d’or dès le premier mois de sa sortie avec plus de 120 000 exemplaires vendus.

 

 

Pochette de l’album Si C’était A Refaire, de Kery James, sorti en 2001 chez Warner Music France.

 

7. Avril 2004 – Savoir et vivre ensemble

Réunir la crème de Rap Français pour créer une compilation rap dont les gains seront reversés à un centre culturel ou des associations ? C’est l’initiative artistico-citoyenne dans laquelle se lance Kery James en 2004. Dans un contexte post-11 septembre anxiogène, Kery James cherche à véhiculer un message de paix et de tolérance qui répond « avec douceur » aux accusations et fantasmes dirigées contre l’Islam. Et puisque Kery a quelques copains dans le rap français, il fait venir bénévolement Diam’s, Disiz, Rohff, Soprano, Lino, Blacko, Le Rat Luciano, Passi, Kool Shen… Ils ne seront pas moins de 21 à poser sur Relève la tête, un titre qui remixe The Message de Grandmaster Flash et redonne la foi à toute personne qui se lève un peu déprimée le matin.

 

8. Mars 2008 – A l’ombre du Show Business

3 ans après un deuxième disque solo passé relativement inaperçu, Kery James revient en 2008 avec un album qui va nettement plus marquer les esprits et le box-office. Avec 150 000 exemplaires, c’est tout simplement l’album hip-hop le plus vendu de l’année en France. Ce succès récompense l’audace du rappeur, qui a fait appel pour cet album avec des artistes venant de paysages musicaux diverses. En témoigne les collaborations de Jmi Sissoko, Grand Corps Malade, Kayna Samet ou du jeune Stromae, mais surtout de Charles Aznavour qui prête sa voix sur le morceau-titre et éminemment poétique : À l’ombre du show business.

 

 

 

9. Février 2012 : Lettre à la République

L’un des titres les plus médiatiques et les plus représentatifs de la carrière de Kery James. Dans une lettre âpre et sans détour, le rappeur s’attaque au passé colonial de la France, aux « voyous en costards » qui dirigent le pays, à l’islamophobie… Des thèmes forts, brûlants, qui plus est dans un contexte de crise économique et sociale, qui caractérisent l’artiste indigné qu’est Kery James.

 

« A tous ces racistes à la tolérance hypocrite, qui ont bâti leur nation sur le sang, maintenant s’érigent en donneurs de leçons »

 

10. Décembre 2014 – Tournée A.C.E.S

Dans son discours Kery James insiste sur l’importance des études et plus généralement sur la quête du savoir. Avec A.C.E.S (Apprendre, comprendre, entreprendre et servir), l’artiste joint la parole aux actes en montant en 2008 cette association qui a pour but d’encourager les jeunes à poursuivre leurs études. Le 19 décembre 2014, il entame une tournée solidaire à travers plusieurs ville de France. A chacune de ses dates, une partie des recettes est reversée à des jeunes sous forme de bourse d’études. Omar Sy, Soprano ou encore Florent Malouda soutiendront également cette initiative, que Kery rééditera trois ans plus tard.

 

11. Janvier 2017 – À Vif, Kery monte sur les planches

Le talent d’interprète et la présence scénique de Kery James ne pouvaient être cantonnés à la chanson. Cet amoureux du jeu et de la langue française a trouvé dans le théâtre un espace d’expression naturel pour ses envies artistiques comme pour son message politique. Dans À Vif, mis en scène par Jean-Pierre Baro le rappeur se mue en comédien le temps d’une pièce qui prend la forme d’une joute oratoire entre deux avocats (Yannick Lendrein et Kery James). Il reste fidèle à son style et à ses thèmes de prédilection, la question posée, aux acteurs comme aux spectateurs, étant : « L’État est-il responsable de la situation actuelle des banlieues ». Plaidoyers incisifs, envolées lyriques et textes râpés s’enchaînent et se répondent sur un tempo d’enfer tandis que Kery confirme sa polyvalence artistique.

 

 

Affiche du spectacle A Vif de Kery James et mis en scène par Jean Pierre Baro au théâtre du Rond Point

 

12. Avril 2017 – lebanlieusard.fr

Lui même porteur de message et « haut-parleur » lorsqu’il s’agit de parler des banlieues, de l’Islam ou du racisme, Kery James s’intéresse tout particulièrement aux journalistes, et à ceux qui sont chargés de diffuser l’information. Il voulait même devenir journaliste quand il était jeune. Mais force est de constater que Kery n’est pas fan du système médiatique actuelle. Dans certains de ses concerts, il se plaît à répéter cette phrase de Malcolm X : « Si vous n’êtes pas vigilants, les journaux arriveront à vous faire détester les opprimés et aimer ceux qui les oppriment ». Phrase qui apparaît également en première page de lebanlieusard.fr, un média « alternatif et indépendant » qu’il a lui même crée, pendant la dernière campagne présidentielle de 2017. Son but ? Faire émerger « un point de vue différent de celui qui nous est imposé dans les médias mainstream ». Cependant, Kery James ne connaîtra pas le même succès dans le journalisme que dans le rap. lebanlieusard.fr hébergera quelques vidéos-débats avec Philippe Poutou et Benoit Hamon avant de tomber en désuétude après le 1er tour.

 

13. Septembre 2018 – Tournage de son premier film

La gestation a été longue : Trois ans de travail, d’écriture, de négociations… Trois ans à défendre et porter son projet devant les producteurs et distributeurs pour finalement concrétiser l’un de ses rêves : Le 24 septembre dernier, Kery James annonçait le lancement du tournage de son premier long-métrage. Produit par Netflix et co-réalisé avec Leïla Sy, celle qui est derrière les clips de Kery James depuis plus de dix ans, le film s’appellera Banlieusard. Le scénario a inspiré celui de sa pièce de théâtre et pour son premier projet sur grand écran, l’artiste a invité tous les jeunes du 94 et d’ailleurs à participer au casting.

 

 

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Il y a 3 ans, l'envie d'écrire un scénario de long métrage se précise en moi. Je les entends encore me dire « Attention, écrire un scénario c'est compliqué, c'est pas comme une chanson ! » Je l'écris quand même et mon scénario est sélectionné en finale la Commission Sopadin sur plus de 250 scénarios. Quelques temps plus tard, mon scénario est désigné à l’unanimité par la commission Beaumarchais, après qu’elle ait épluché plus d’une centaine de scénarios. Mais malgré cette reconnaissance des professionnels de l'écriture scénaristique, les chaînes de télévision, trop occupée à promotionner la guerre civile d'Eric Zemmour, restent frileuses et hermétiques. Et en France, pas de chaînes, pas de film… Je ne baisse pas les bras et décide d'extraire une pièce de théâtre de ce scénario et de monter sur les planches. Là encore je les entends dire « Attention le théâtre c'est dangereux, c'est pas comme la scène musicale »
Résultat, 2 mois quasiment à guichet fermé au théâtre du Rond-Point, plus de 50.000 spectateurs à travers la France qui se sont levés chaque soir pour nous applaudir. Il a fallu attendre 3 ans, que mon agent pour le cinéma et ma première lectrice, Lisa Lebahar me présente un producteur du nom de Toufik Ayadi… Pour que mon film puisse enfin être compris, porté et défendu jusqu'au bout… Si Dieu le veut, demain sera enfin le premier jour de tournage de ce film que je réalise avec Leila Sy qui mets mes mots en image depuis une dizaine d'années, avec une finesse et une puissance dont elle a le secret. Je vous donne rendez-vous pour un live demain sur instagram à 9h. Je vous présenterai quelques membres de l'équipe et vivrai avec vous ce moment important pour ma carrière, mais aussi pour la carrière de tous ceux qui vont arriver derrière en ayant conscience que c'est possible… Possible de quoi ? Possible de faire un film puissant, avec la forme, le fond et sans baisser son pantalon ! Montage : @6mon.bart

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Kery James continue d’écrire sa légende, J’rap encore est disponible depuis le 16 novembre 2018. La tournée démarrera dans la foulée avec une quinzaine de dates en France, en Suisse et en Belgique.

fausto.munz@icloud.com

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