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Kekra : L’homme sans visage

Quand LIM rencontre Larry Heard

Après une série de mixtape surnommée pour l’occasion Freebase, Kekra est revenu vers le monde du rap avec la série des Vreel. L’appellation Vreel à une signification particulière pour le rappeur de Courbevoie. Être vrai et réel voilà la quête de cet ovni, arrivé en 2015 comme un cheveu sur la soupe et qui après moults tracks envoyés dans le visage du rap français commence à récolter les fruits d’un travail acharné. Le visage justement parlons-en c’est l’une des spécificités de plusieurs rappeurs arrivé au début des années 2010. Comme certains de ces homologues rappeurs Kekra est masqué, il a pris cette décision radicale afin de rester le plus vrai possible avec le public mais surtout avec lui même et ses proches. Kekra c’est l’apologie de la vie de rue, un rap teinté d’une certaine violence mais qui reste néanmoins très festif grâce à des sonorités qui font presque tâches dans cet univers gonflé de testostérone et de virilité. Le rappeur du 92 veut nous faire danser, tout en nous parlant de la violence inhérente à la vie de rue. Ce mélange est détonnant et pourtant diablement efficace. Avec VREEL 3 le dernier épisode de la trilogie, Kekra revient une fois de plus pour mettre en avant sa singularité et la valeur ajoutée qu’il amène dans le « Rap game » avec une certaine assurance voire de l’arrogance, mais quel rappeur digne de ce nom ne l’est pas un peu? Alors avec ce projet est-ce que tout le monde aura le regard braqué sur Kekra comme on peut le faire là première fois qu’on arrive à proximité de Mona Lisa ?

 

 

Kekra, Ngolo Kanté même combat ?

Le rap est souvent comparé au football, pour plusieurs raisons. Les acteurs des deux disciplines sont issus du même environnement pour l’immense majorité d’entre eux, le succès qui les frappent peut être foudroyant et à pour conséquence de faire de ces derniers de nouveaux riches, la concurrence dans le football comme dans le rap est impitoyable, tout comme l’exigence nécessaire pour exceller dans ses deux domaines diamétralement opposé au prime abord, mais très étroitement lié lorsqu’on y regarde de plus près. Kekra est un exemple significatif des corrélations existantes entre football et rap. Sur son premier projet balancé gratuitement Freebase 1, le rappeur de Courbevoie était encore en division amateur, le rappeur cherchait son identité musicale et le rendu bien que déjà envoûtant n’était pas assez qualitatif pour avoir un impact national. Le rappeur a signé son premier contrat professionnel avec Vreel sorti en 2016, clip plus soigné, musique plus efficace, assurance trouvée. Le morceau Pas Joli est encore aujourd’hui son morceau phare, celui qu’il lui a permis tel un N’golo Kanté de sortir du monde amateur pour rentrer dans le monde professionnel par la grande porte. Espérons que son destin soit en tout point similaire au joueur de Chelsea, si tel est le cas, ça voudra dire beaucoup.

 

 

La vérité comme fil conducteur

Kekra est un artiste authentique. Voilà pourquoi il refuse de montrer son visage. Rester vrai quoi qu’il advienne est un leitmotiv chez le rappeur. Il ne peut pas mentir si on ignore qui il est. C’est d’une logique implacable et Kekra l’a bien compris. Dans une interview il expliquait la raison pour laquelle il avait choisi ce nom d’artiste, sa musique est addictive comme du crack, il est le dealer, nous sommes les « yencli » et on en redemande. D’une sincérité déconcertante. Dans ses textes le rappeur du 92 nous fait souvent étalage de sa vie parallèle, et de tous les aléas que cette seconde vie comportent. Derrière les masques customisés Kekra se veut le plus transparent possible pour son auditoire. La vérité comme unique objectif.

 

Crack Visuel

À l’image de Daft Punk ou plus récemment de la chanteuse Sia. Kekra est un artiste dont on ne voit pas le visage mais qui a pourtant réussi à faire de ses clips une attraction d’une qualité rare. Accompagné de ses acolytes Cody Mcfly, Thomas ou encore Ousmane Ly, Kekra maitrise avec brio son image. Sa volonté première consiste à nous faire comprendre que le monde est son terrain de jeu et qu’il ne se fixe aucune barrières. L’artiste qui est « issu des quartiers douteux où c’est pas joli », veut à travers ses clips nous montrer la beauté immense de cette planète malmenée par nous autres, Est-ce la raison pour laquelle Kekra est si méfiant? Tantôt au Japon, en Jamaïque ou encore au Togo, l’artiste s’éclate avec la caméra et nous sensibilise un peu plus à l’importance de la dimension esthétique chez un artiste musical. Des effets visuels singuliers, une prise de risque constante ajouté à la présence du rappeur, vous avez la la recette du choc visuel de ses clips. Cette prise de risque est asse inédite dans le rap et le mérite en revient à l’artiste. Le cinéma asiatique serait fier de voir qu’un rappeur issu de la banlieue parisienne s’inspire de son cinéma qui est actuellement le meilleur du monde dans sa dimension esthétique justement. Kekra nous prouve qu’on peut être sans visage et néanmoins sublimer l’image. Toujours cet art du contrepied propre à l’artiste de Courbevoie.

 

Du Rap traditionnel à la House

Dans ses premiers projets Kekra rappait avec un style déjà particulier mais sur des prods affiliés au courant musical auquel il appartient. Cette direction artistique était plus un instinct animal qu’une véritable volonté chez l’artiste d’être un rappeur lambda. Utilisation de l’autotune, univers musical proche de la Trap et du Cloud, Kekra avait toute la panoplie du rappeur version années 2010. Néanmoins on sentait déjà sur quelques morceaux que Kekra voulait s’ouvrir musicalement afin de proposer autre chose que la concurrence. Un morceau comme Alexander Wang présent sur Freebase 2 est là pour illustrer l’envie de fuite du rappeur du 92. Fuir un genre musical bien trop souvent caricature de lui-même, tel était la volonté du rappeur. Avec « Vreel 3 » Kekra, assume complètement ses influences venues de contrées très éloignées du rap et la recette fonctionne! Des sonorités House/Électro, des textes extrêmement durs. On peut évidemment parler des influences Grime/Uk Garage de l’artiste mais ce qu’amène Kekra aujourd’hui reste très French touch, on sent comme une ambiance plus que banlieusarde sur le dancefloor. Quand LIM rencontre Larry Heard, le cocktail est explosif pour notre plus grand plaisir. La force de Kekra réside dans le fait de s’affranchir du rap traditionnel pour mieux y revenir avec un talent presque intimidant. Ses possibilités sont immenses et son potentiel n’est pas encore à son paroxysme.

 

 

Alors finira-t-on par faire de Kekra le nouveaux porte-drapeaux du game? Seul l’avenir nous le dira mais en attendant nous sommes déjà accros à sa musique, chapeau Kekra.

majoie75@hotmail.fr

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