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Interviews : rencontre avec Disiz, Georgio et Lala Ace lors de l’Abbé Road

Ce mardi 17 octobre, Nekfeu et ses compatriotes enflammaient le parquet de la Cigale pour l’Abbé Road

Ce mardi 17 octobre, Nekfeu et ses compatriotes enflammaient le parquet de la Cigale pour l’Abbé Road, un concert organisé pour lutter contre le mal-logement. Gracieusement, Disiz, Ninho, Georgio, le S-Crew et Lala Ace ont uni leurs voix pour combattre ce fléau.

 

crédit photo : Marjorie Raynaud

 

A l’occasion de la journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre, l’Abbé Road a organisé un concert à la Cigale. Devant la salle de spectacle stationne un énorme bus jaune qui ne peut passer inaperçu. Lorsqu’on y monte, on peut apercevoir un petit logement, de moins de 10m2, avec le minimum vital. Les toilettes et la douche se trouvent juste à même pas deux pas du lit, le parquet est usé, les murs sont noirs et insalubres. Des personnes vivent vraiment dans des conditions pareilles ? Malheureusement oui : la France dénombre 4 millions de personnes mal-logées. Pour lutter contre ce fléau, la fondation Abbé Pierre lance alors Abbé Road : un concert caritatif permettant aux bénéfices réalisés de financer une aide aux logements. Pour parler engagement et prise de position, qui de mieux que Nekfeu ? Cette année, il a carte blanche. Comme invités de choix, il opte alors pour le S-Crew, Ninho, Georgio, Lala Ace et Disiz. Pour Christophe Robert de la fondation Abbé Pierre, Nekfeu était le porte-parole idéal pour lutter contre cette cause. Sensibilisé au mal-logement, il avait déjà fait référence à la fondation en reprenant un discours de l’Abbé Pierre dans « Nique les clones »,  puis lors de son discours aux Victoires de la Musique.

 

Nekfeu, un artiste engagé

Dans ce morceau, Nekfeu utilise ce passage de l’Abbé Pierre : « vous, quand le soir, dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits-enfants, avec votre bonne conscience. Au regard de dieu, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscients que n’en aura jamais le désespéré qui a pris des armes pour essayer de sortir de son désespoir ». « On lui a proposé et il a tout de suite accepté. On était ravis », se réjouit Christophe Robert, le sourire aux lèvres. Depuis sa première édition, il y a maintenant quatre ans, l’Abbé Road choisi de mettre en avant des chanteurs de la scène urbaine. Ce choix est motivé par une volonté d’agir dans les quartiers populaires, les plus touchés par le mal-logement. « Il nous semble que les musiques urbaines traitent de ces sujets là : les artistes n’hésitent pas à parler de la galère, parfois crûment, mais bien, car c’est la vérité », lance-t-il. « Il y a trop de jeunes qui sont aujourd’hui bloqués dans les quartiers populaires et qui n’attendent qu’une chose : croquer la vie à pleine dents. On entend aussi un discours comme quoi la jeunesse d’aujourd’hui ne veut pas se bouger, mais c’est faux ! Il faut leur donner les chances de réussir », s’exclame Christophe Robert à VRF. Pour amener les gens à tendre vers l’engagement citoyen, il faut tout d’abord « élire des politiciens touchés par cette cause et agir à sa propre échelle ».

 

 

Disiz : « par ses actions, l’Abbé Pierre m’a aidé »

Cette philosophie, Disiz, parrain de l’Abbé road depuis 4 ans, la partage également. « J’aime tout ce qu’incarnait l’Abbé Pierre : des actes, des mots », nous confie-t-il avant de renchérir : « on enlève le côté spirituel de l’Abbé Pierre, c’est un homme de parole, de coup de gueule : quand il parle c’est pour du concret. Il avait une force de caractère incroyable et ce sont les valeurs que je retrouve dans cette association ». S’il peut faire passer un message, par son amour pour la musique, Disiz n’hésitera pas une seconde. Le rappeur s’inquiète de voir que de plus en plus de jeunes et d’enfants sont victimes de mal-logement. « C’est normal que des enfants partent à l’école le matin et reviennent le soir dans la voiture de leurs parents pour y dormir ? C’est inconcevable de devoir faire appel à des politiques pour un sujet comme celui-ci », s’exclame-t-il. En effet, la France comptabilise 143 000 SDF en France, dont 30 000 enfants. Un chiffre révoltant pour l’auteur de Pacifique, d’autant plus qu’il a déjà été confronté à une situation semblable. « J’ai eu de grosses difficultés à avoir un logement décent lorsque j’habitais avec ma mère étant enfant. Une mère sans mari c’est compliqué. Et l’Abbé Pierre, par tout ce qu’il a mis en place, a contribué à l’amélioration de ma situation », confie-t-il, avec un goût amer. « Il faut comprendre aussi que les gens qui ont vécu des choses comme ça n’aiment pas en parler, parce que le pauvre est digne, il a une fierté », ajoute-t-il. Disiz, fidèle à sa réputation et à ses textes est un homme engagé, un homme de sens. Il est investi dans plusieurs autres associations dont une permettant d’organiser des concerts en prison pour les détenus. Il arrive parfois qu’il se rendre aussi dans des collèges ou dans des foyers afin de discuter avec les personnes sur place « non pas pour faire de leçons de moral mais pour échanger : donner et recevoir ». En parlant de donner et de recevoir, le rappeur est actuellement en train de préparer un prochain projet qui aura sûrement autant de succès que Pacifique.

 

crédit photo : Non stop people

 

Georgio et Lala Ace, victimes du mal-logement une fois dans leur vie

Disiz n’était pas le seul habitué de l’Abbé Road. On retrouvait aussi Georgio, présent pour la troisième année consécutive. L’auteur de Héra se dit toujours autant motivé pour « servir une cause humaine, et d’autant plus quand c’est Nekfeu qui invite », rigole-t-il. « Je suis super content de le retrouver, on est amis depuis longtemps et avec nos projets personnels on n’a pas trop le temps de se voir alors c’est un réel plaisir ». Georgio, comme Disiz et comme beaucoup de personnes, a également connu la précarité de logement. Pour lui, ce qui fait que les choses n’avancent pas est un problème d’offre et de demande. Il prend Paris pour exemple : « il y a tellement de gens qui cherchent à se loger en un minimum de temps, qu’ils n’ont pas le choix d’accepter un logement indécent à un prix ahurissant. Et les propriétaires sont frauduleux alors ça ne bouge pas dans le bon sens ». Cette situation, Lala Ace, la petite nouvelle de cette scène urbaine, la connait encore un peu. Elle a été la découverte de l’Abbé Road cette année et a su séduire le public par ses inspirations kainry et ses puissants kicks. Invitée par Nekfeu, qu’elle connaît depuis peu, elle jongle entre Paris et Londres. « Là-bas, le prix des logements est exorbitant. Tu peux avoir un 10m2 pour 600 pounds, c’est de la folie. J’ai vraiment galéré au début, mais maintenant je commence à me débrouiller », raconte-t-elle à VRF. Sans la musique, elle pense qu’elle se serait tout de même engagée dans cette cause « parce qu’elle se désole que dans la société actuelle si tu n’as pas d’argent tu es personne ». 

crédit photo : Marjorie Raynaud

Pour tous ces artistes, forts de valeurs et d’humanisme, l’engagement est primordial dans une société beaucoup trop axée sur l’individualisme. Ce mardi 17 octobre, la Cigale était remplie, les gens chantaient, sautaient, riaient, ils ont prouvé que l’espoir existait encore. Et leur présence ici ce soir a contribué à aider ceux qui n’avaient plus la chance de le faire.

 

 

mraynaud.news@gmail.com

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