Home / Actualités  / Interview d’YL : « Avant, le rap appartenait aux analphabètes, maintenant il appartient aux écrivains »

Interview d’YL : « Avant, le rap appartenait aux analphabètes, maintenant il appartient aux écrivains »

YL a sorti sa mixtape "Confidences" le 23 février 2018. Une belle occasion pour confier ses plus beaux secrets et son amour pour la musique à l'équipe de VRF

YL a sorti sa mixtape « Confidences » le 23 février 2018. Une belle occasion pour confier ses plus beaux secrets et son amour pour la musique à l’équipe de VRF.

 

Il était ce petit garçon, qui à l’âge de 8 ans, se cachait derrière la porte de chambre de ses grands-frères pour observer ce qu’ils faisaient. Comme Obélix et la potion magique, YL a toujours été bercé par le rap. « De 8 à 16 ans, je n’ai écouté que du rap français », confie-t-il. Parmi ses influences, il note Dicidens, Psy4 de la rime, la Screed connexion… Des artistes qui ont construit le rap d’aujourd’hui et l’oreille ardue du petit YL qui regrette toutefois d’avoir été trop petit pour avoir écouté Ärsenik.

 

Désormais, YL fait partie de la cour des grands et sort sa mixtape intitulée « Confidences », d’ores et déjà disponible sur toutes les plateformes. Marseillais d’origine et plutôt chauvin, l’artiste ne cesse de rappeler que cette ville, c’est son pays. Lorsqu’on lui demande s’il se verrait un jour vivre ailleurs, il fait mine de réfléchir mais sa réponse est déjà toute faite : « je n’ai pas trouvé mieux », lâche-t-il avec un petit sourire sincère. Marseille, c’est une ville cosmopolite, touristique, ensoleillée, mais aussi le ter-ter d’un bon nombre d’artistes prometteurs. Là-bas, la question de « qui a la plus grosse » n’est pas du tout d’actualité : « il y a un vrai soutien entre artistes, que ce soit la nouvelle génération avec Jul, SCH… Ou l’ancienne avec Alonzo. Avec Jul par exemple, on se connait depuis un bon moment, on habite pas loin l’un de l’autre et je l’apprécie vraiment en tant que personne et qu’artiste je n’en parle même pas, c’est un génie. Il y a une vraie entraide ».

 

 

L’humain avant l’argent

Et le soutien, c’est quelque chose qui tient à cœur à YL. Pour lui, l’humain doit passer avant tout. C’est d’ailleurs la philosophie qu’il partage avec les personnes de son label Bylka Prod. Si dans ses textes, les éloges dépassent la simple collaboration, c’est parce qu’il le sait : « ces personnes me veulent du bien. Elles me respectent et n’hésitent pas à me faire des critiques constructives pour que j’avance ». YL reçoit également le soutien de sa maison de disque, def jam, qui a une patte bien à elle. On lui fait remarquer que sur certains sons tels que « Fruit d’mon époque », la voix, le style, l’intonation de rap énervé de YL ont des similitudes avec l’univers de Lacrim, également signé chez Def Jam. Voulu ou pas ? « Voulu je ne sais pas, mais après c’est sûr que Lacrim est un artiste que j’écoute et que j’apprécie. On est un peu dans le même registre tous les deux, et nous sommes algériens tous les deux également », déclare l’artiste en rigolant de sa dernière remarque.

 

S’il y a des similitudes, YL a sa propre personnalité et l’a bien prouvé dans « Confidences », sorti le 23 février. Sur les 17 titres, chacun d’entre eux a un style différent. « J’ai voulu mixer entre le kick, et des sons plus chantonnant. Je me suis vraiment entraîné à la chanson il y a 6 mois de cela. Je n’ai pas pris de cours de chant, mais j’ai charbonné au studio, accompagné de personnes de confiance pour avoir leurs avis. Même s’il y a l’auto-tune, réussir à chanter n’est pas donner à tout le monde, alors je dirais que je ne suis pas encore au top niveau mais il n’y a que le travail qui paye », décrit YL, avec une grande humilité.

 

Il accorde autant d’importance au fond qu’à la forme : si ce n’est pas le cas de tous les rappeurs, pour l’artiste il est essentiel d’être honnête dans ses écrits. Il est conscient que la musique urbaine est aujourd’hui la plus écoutée en France, et que chaque artiste a une part de responsabilité : « avant, le rap appartenait aux analphabètes. Aujourd’hui, des rappeurs écrivent mieux que des écrivains. On ne peut pas gâcher ça ». Pour ses productions, il avait convenu de laisser 7 tracks à son ingénieur du son, mais à force de recevoir des pépites dorées dans sa boite mail, YL a finalement décidé de lui en laisser 3. Si la plupart des beatmakers auraient pu prendre la mouche, ce n’est pas son cas : « il a très bien compris, il veut mon bien et ma réussite ».

 

 

Comment son père a appris qu’il était dans la musique

Ce soutien et cette bienveillance, il aimerait le trouver également auprès de son père, actuellement au pays. Sur « Vai Nova », en feat avec Soolking, il s’adresse d’ailleurs à son géniteur, en lui disant « de ne pas s’inquiéter ». Lorsqu’on aborde le sujet, YL lâche une profonde respiration, on sent que le sujet du papa le frappe en plein cœur. « On a une relation un peu compliquée, papa je ne le vois pas beaucoup », avoue-t-il. Avec la collaboration de Soolking, « Vai Nova » a été un clin d’oeil au chanteur Idir et son titre « Avava Inova », ce qui signifie « mon petit papa chéri » en kabyle. YL ne s’en cache pas, ce titre a été une sorte de thérapie pour lui. Dialogues compliqués, deux générations opposées, complicité ardue avec sa mère… Tous ses facteurs ont fait que son papa a appris que son fils était dans la musique par un moyen assez surprenant. Un jour devant la TV, un reportage passe sur la chaîne nationale algérienne, et c’est son fils, YL. Choqué, mais fier, « ce que veut un père pour son enfant, c’est son bonheur ».

 

Souhait exaucé, malgré un papa un peu absent, YL a la tête bien faite et sait reconnaître les personnes qui sont saines pour lui, du haut de 22 ans. Sur « La hagra » il s’est entouré de Fianso et de Niro. Ce titre s’est voulu rassembleur, un peu à l’effigie de Fianso avec « rentre dans le cercle », sauf que dans ce cas de figure « c’est moi le petit avec les deux grands ». Pour la définition, « la hagra » signifie faire la misère aux autres, et YL n’a pas choisi d’aborder ce thème par hasard : dans un monde de faux-semblant, où chacun essaye de se façonner une image, les trois artistes ont voulu montrer que « La Hagra » ils savaient la pratiquer, mais que ça ne payait pas. « Pour le paradoxe, la hagra entraîne une autre hagra : chaque chien trouve son maître », explique YL. Ce n’est pas certainement pas le chemin qu’YL compte emprunter pour arriver vers le succès. D’ailleurs, lorsqu’on lui demande ce qu’est sa définition de la réussite, sa réponse est à la fois surprenante et touchante : « pour moi réussir dans la vie, c’est de voir le sourire de ma mère toujours éclairé ».

Confidences, sorti le 23 février 2018.

mraynaud.news@gmail.com

Review overview