Tsew The Kid

Interview par Bastien

Quelques jours après la sortie de sa première mixtape Diavolana, le jeune rookie Tsew The Kid nous a consacré quelques minutes de son temps. Il revient sur ce nouveau projet et sur son succès fulgurant.

VRF :Ton projet Diavolona est sorti le 22 novembre dernier. Quels sont les premiers retours ?

TTK : Personnellement j’en suis satisfait. Que ce soit dans la façon dont j’ai abordé le projet que ce soit musicalement ou lyricalement. Les premiers retours sont positifs. Ma fanbase est contente, j’ai bien répondu à leurs attentes. Puis du côté des gens qui me découvrent, il y a aussi des bons retours donc c’est cool. J’ai beaucoup de fierté à sortir ce projet.

VRF : Parlons de cette mixtape. Tu es assez fidèle à ton début de carrière avec un rap très chanté. Qu’est-ce que tu recherches musicalement ?

TTK : De manière générale, j’aime bien varier les registres. C’est ce que j’ai essayé de faire, tout en restant homogène dans ce que je propose. Donc on peut retrouver du urbain avec Foutu, de la pop sur Wouna 

Le rap chanté me correspond bien, je me sens à l’aise. La variation entre les registres se trouve surtout sur mes choix de flows. Après, je ne me ferme pas qu’au chant. Dans le fond, je voulais surtout faire ressortir un style organique avec de la guitare et du piano. Je pense avoir réussi.

VRF : Côté paroles, ton registre est extrêmement orienté sur l’amour. Qu’est-ce qui t’inspires lorsque tu écris ?

TTK : C’est du vécu, j’essaie de garder cette authenticité. Par exemple, pour Fasciné c’est une histoire d’amour romancée de façon poétique. Fin de soirée, pareil c’est inspiré d’une histoire que j’ai vécue. Pour le son Wouna, je décris une vraie personne qui m’a inspirée. J’aborde l’amour dans mes thèmes, mais aussi des choses un peu plus introspectives comme dans Foutu, Peur de sombrer ou bien Nah nah. 

VRF : On y ressent une touche de mélancolie. C’est ton quotidien ?

TTK : Ce n’est pas mon quotidien, mais c’est quelque chose qui m’inspire beaucoup. Il y a aussi beaucoup de gens qui s’identifient à ça. C’est un mood, mais dans la vie réelle je rigole beaucoup.

 

 

VRF : Surtout que la cover est très parlante. On pourrait penser que la femme – ou en tout cas l’amour – te bousille la tête. N’est-ce pas ?

TTK : J’ai voulu montrer plusieurs choses. D’abord, une certaine dualité avec la femme au-dessus de moi. La dualité est exprimée par le fait qu’il y a un flingue au-dessus de ma tempe. Également, au niveau de mon regard nonchalant, qui est un peu contradictoire à la situation où un flingue me pointe. 

Et je voulais que ça soit « catchy » (=entrainant), que l’on voit facilement les deux personnages de la cover. Je voulais choquer avec des grosses fesses sensuelles mais pas vulgaires. C’est important car ça représente parfaitement ma musique qui est sensuelle, mais pas vulgaire.

VRF : Toujours sur les paroles, j’aimerais que tu m’expliques une phase de Foutu. Tu dis : « Un jour on a insulté ma mère. De suite je lui ai fait regretter. Ceux qui m’ont vu dans mes mauvaises facettes. Je ne sais pas comment font-ils pour encore m’aimer » On a du mal à t’imaginer violent en écoutant tes sons doux… C’est un tempérament que tu as ? 

TTK : Dans mes sons, j’expose vachement la facette peace and love. Je ne suis pas violent mais je suis une personne assez impulsive. Il y a des tempéraments comme ça. Je trouve ça bien de le mettre dans le premier son de la mixtape, car ça permet de montrer d’autres facettes de moi.

VRF : On le ressent un peu dans Loca, où tu kickes pas mal. C’est un feat surprenant d’ailleurs. Comment ça s’est fait avec Youv Dee ?

TTK : On se connaît depuis plusieurs mois, après une rencontre au Moulin Rouge, avant même ma signature en label. À l’époque, il avait bien kiffé ce que je faisais et je commençais à monter. Et vu qu’on avait des amis en commun, il m’a proposé de faire sa première partie. J’ai foncé car il me fallait de l’expérience sur scène. La connexion s’est faite, on s’est vu plusieurs fois dans un cadre hors de la musique. Franchement, on est des potes maintenant. 

Et pour le son, je voulais un délire trap latine. J’ai commencé le son en laissant le second couplet pour un gars qui pourrait tuer ça. J’avais pensé à Oboy, Sneazzy voire PLK. Mais Youv Dee l’a emporté car il y a un feeling entre nous.

VRF : C’est le seul feat de ton projet. C’était important de te limiter à un seul invité ?

TTK : Je ne voulais pas trop de feats. Je n’ai pas envie qu’on me colle une étiquette comme celui qui a percé grâce à untel. C’est une histoire de positionnement, les feats viendront à moi après. 

 

 

VRF : Pour terminer avec le projet, tu es assez introspectif sur tes sentiments. Mais on en apprend peu sur toi. Tu as grandi à Madagascar, mais tu n’en parles très peu. Ton enfance là-bas influence-t-elle ton rap ?

TTK : J’en ai parlé sur l’EP Mora Mora. Ici sur la mixtape, c’est surtout des clins d’oeil. Le titre Diavolana, c’est du malgache. Mais ce qui m’inspire le plus c’est l’ambiance musicale de là-bas. Elle a toujours été omniprésente dans ma vie. Je vivais dans une grande maison avec cinq familles et beaucoup de cousins. Tous, on jouait d’un instrument ou on chantait. Mon grand-père écrivait des poèmes musicaux, j’ai un même un grand-oncle qui est connu pour ça à Madagascar. Donc j’ai repris le flambeau avec une musique poétique.

VRF : Tu as donc un cadre familial très penché sur la musique. Quelles en sont les influences ?

TTK : Il y a forcément des influences. Déjà, c’est mon cousin qui m’a mis au rap quand j’avais douze ans. Puis à la maison, il y a constamment de la musique qui tourne. Du Amy Whinehouse entre autres.

VRF : Tu es aussi beatmaker. Ça change quoi de bosser sur sa propre prod, par rapport à celle d’un autre beatmaker ? 

TTK : Ça m’aide. J’aime bien arriver au studio et tâter le clavier pour mettre les sonorités qui me parlent au moment T. Je joue les accords et mélodies, puis le beatmaker s’occupe du reste. Parfois on fait même la suite ensemble.

Je trouve ça mieux d’avoir la main sur le beat, ça facilite l’élaboration du son. C’est mon mood, c’est les sonorités que j’ai envie d’entendre. Donc ça va plus vite pour l’écriture.

VRF : Revenons sur ta carrière fulgurante. Tout va très très vite depuis un an… Quel regard portes-tu sur tout ça ?

TTK : Ça va très vite mais je garde les pieds sur terre et je reste humble. Il y a un an je révisais mes partiels, hier j’étais chez Clique. Là tu te dis « whoah » ! Ça passe vite mais c’est ce que je voulais. C’est ma passion et j’en fais mon métier donc je peux qu’être reconnaissant.

VRF : Tu as une très grosse fanbase dès le démarrage grâce à une forte présence sur les réseaux sociaux…

TTK : Maintenant, les réseaux sociaux sont très importants, c’est un nouveau tremplin. Il faut savoir bien les utiliser en proposant du contenu adéquat. Je pense être un bon exemple de cette génération de rappeurs qui l’ont compris. 

Et les réseaux sociaux vont aussi avec le streaming. On tape dans la même génération de public. C’est bien mais on perds le côté humain. C’est pour ça que je reste proche de mon public avec une tournée de dédicaces par exemple. Ça permet d’avoir de la crédibilité dans plusieurs villes. J’aime bien rencontrer mon public. Cela désacralise l’idée de « star ». Je suis personne.

 

 

VRF : L’entrée en label a accéléré les choses non ? Qu’est-ce que ça a changé dans ton quotidien ?

TTK : Ça m’a professionnalisé. Avant je faisais tout, tout seul avec mon meilleur pote et mon fameux cousin. Je prenais mes prods sur internet, puis j’enregistrais, mixais et clippais de mon côté. Là, je vais en studio, je bosse avec des bons beatmakers. Puis il y a une résonance avec une super promo.

VRF : Dernièrement, tu es aussi apparu sur La Relève de Deezer. Comment ça s’est fait et qu’est-ce que cela t’as apporté ?

TTK : C’est Deezer qui m’a contacté fin août pour me dire que j’étais sélectionné. Ensuite j’ai envoyé un son que j’avais fait pour ma tape. Mais je l’ai balancé pour eux. Et au final, franchement il y a eu un nouveau public qui m’a découvert. Ça permet de m’identifier et de dire que j’existe à d’autres auditeurs.

VRF : Enfin, tu dis dans Peur de sombrer : « C’est fatiguant de se voir dans dix ans. Je veux même pas y penser, même pas y songer ». Mais je te pose quand même la question : Tu te vois où dans 10 ans ? Toujours dans le rap ? Quels sont tes objectifs ?

TTK : (rires) Tout le monde me pose cette question ! (rires) Dans dix ans, j’en aurai trente-deux, donc j’espère être vivant. (rires) Mais petite anecdote que je donne à VRF : je kifferai être jury de The Voice. Ça serait trop cool non ? Mais plus sérieusement, j’espère encore être dans la musique !