Sneazzy

Interview / "La Source"

Entretien de : Maylis et Benjamin 

VRF : Tu as connu plusieurs sorties de projets, que ce soit en solo ou en groupe, mais ce film est ton premier rôle. Est-ce que t’appréhendes la sortie différemment ?

Sneazzy : Le processus est différent. Je suis moins stressé que pour la sortie d’un projet musical parce que ça t’appartient moins. Rodolphe Lauga, le réalisateur doit être plus stressé que moi, que ce soit avec les avant-premières ou les premiers retours. Après, pour ce qui est des chiffres, ça me concerne plus trop vu que je suis pas producteur. Je stresse nettement moins qu’avant.

V : Tu as évoqué à plusieurs reprises ton envie de faire du cinéma, sans vouloir accepter le premier rôle venu pour autant. Qu’est-ce qui t’a poussé à accepter ce film ?

S : Déjà, j’étais très content que ce soit Rodolphe Lauga qui m’appelle. J’ai confiance en lui, en son esthétisme. Après, il y avait la partie comédie qui allait être nouveau pour moi, donc j’allais découvrir ce que c’est d’être dirigé par un réalisateur. J’ai accepté, parce que je me suis retrouvé dans l’histoire, qui ressemble vaguement à la mienne. Du moins, à propos de la musique. Ce n’est pas simple de faire comprendre à ces proches que l’on veut faire de la musique son métier. Y compris pour les proches qui n’y voient pas un projet de vie très sérieux. Je suis passé au-dessus des avis et c’est aussi ce que raconte ce film.

V : Le réalisateur, Rodolphe Lauga, avait travaillé sur plusieurs clips de 1995. Est-ce que c’est un élément qui t’a mis en confiance ?

S : Oui, on avait bossé ensemble pour 2 clips : « La Suite » où il était cadreur, il me semble qu’il avait réalisé « Renégats ». J’avais confiance en son côté artistique mais j’avais aussi vu ces films. Il a cadré et co-écrit des films, avec Guillaume Canet notamment. Après la comédie était nouvelle pour moi, j’y suis allé à l’instinct et le résultat semble avoir plu.

V : Après ce premier rôle, assez proche de ce que tu es dans la vie, tu serais tenté d’aller vers un rôle de composition ?

S : Je suis content de ce rôle, car ce n’est pas celui que l’on proposerait à un rappeur normalement. Ce n’est pas ma zone de confort non plus. On propose souvent aux rappeurs de faire les caïds, de jouer les grossistes. Ça m’a fait plaisir que l’on me propose autre chose, ça prouve que les choses avancent. Néanmoins, ça veut pas dire que les rôles convenus sont mal faits, mais ça tombe vite dans le cliché. Je sais que je n’aurai pas accepté de faire un rôle de gangster, ce n’est pas peut-être pas fait pour moi non plus ! Ce n’était pas non plus un rôle de composition puisque j’avais la liberté de pouvoir jouer à l’instinct, en étant fidèle à ce que je suis. D’ailleurs, j’ai tendance à dire qu’il me ressemble plus que je lui ressemble. C’est moi qui ai créé ce personnage puisque je n’avais pas à composer un rôle très loin de ce que je suis dans la vie. Un jour, j’aimerais beaucoup faire un rôle qui s’éloigne totalement de ma personne. J’ai hâte de recevoir des propositions intéressantes pour que je puisse me challenger.

V : Par rapport à la fiction, tu te sens plus à l’aise devant une caméra ou devant un micro ?

S : Ces 2 univers ont leurs complexités. Je ne saurais pas dire lequel est le plus simple. Honnêtement, c’est autant de travail que d’investissement. C’est puissant aussi émotionnellement de jouer qu’écrire. Après ce n’est que mon premier film, je ne peux pas comparer avec d’autres expériences. Par exemple, ce tournage s’est super bien passé, mais ce n’est pas toujours le cas. Au final, je trouve mon compte dans ces 2 formes d’art. Le rap est la chose que j’ai le plus abouti mais le cinéma a un côté magique. C’est génial de pouvoir jouer des personnages, raconter des histoires, qui ne sont pas les tiennes. Il faut juste le faire avec le plus d’honnêteté possible. Il y a beaucoup de rappeurs qui, pour certaines personnes, « s’inventent une vie », mais un acteur aussi. Pourtant, on ne lui reproche pas. Je ne pense pas que ce soit discutable, l’art est quelque chose qui se consomme et il ne faut pas forcément à aller re garder ce qui se cache derrière. Si j’écoute un son et qu’il me parle, je suis convaincu. Au début de ma carrière, j’étais davantage dans l’analyse.

V : Il y a quelques semaines, tu as dévoilé « J’encaisse », extrait de ton prochain album. Tu sembles avoir un goût pour la mise en scène que tu prolonges dans tes clips. De l’extérieur, la transition avec le cinéma paraît naturelle. Est-ce c’est quelque chose que t’as ressenti ?

S : Ce n’est pas moi qui le ressent, mais ce sont les gens qui me le disent. Tout le monde me dit que je devrais faire du cinéma, que j’ai une tête photogénique. Rodolphe Lauga me l’a répété quand il est venu me chercher, sur les clips de 1995 il me disait déjà : « t’aimes la caméra ». Personnellement, quand je me regarde, je vois beaucoup de détails qui ne me plaisent pas… C’est dur de répondre à cette question sans prétention puisque j’allais dire que c’est inné, mais ça correspond plus à de l’instinct. Je dégage sûrement de l’assurance vu que je m’octroie le stress. Quand je fais un concert, je n’ai aucun stress. Je ressens une montée d’adrénaline mais je sais que ce n’est pas du stress. Plus on me dit qu’il y a du monde, plus j’ai envie d’y aller vite. Quand on a fait des gros festivals, ça fait tellement de bien de rentrer sur scène. Les 10 premières secondes sont magiques. C’était pareil pour le cinéma. On me disait « tu sais que tu vas jouer la comédie devant pleins de gens, tu n’as pas peur d’avoir honte ? « . Je répondais que non. J’ai déjà chanté mes lyrics devant un nombre incalculable de personnes. J’y vais à l’instinct et au culot. C’est aussi comme ça que j’ai abordé le tournage. Après j’ai été aidé vu que j’étais bien entouré. Les gens ont été bienveillants avec moi. Sans te conseiller, quand tu es dans un bon environnement, ça se ressent forcément dans ton travail. Cela a été une très bonne première expérience de 3 mois.

V : Même si vous n’avez pas le même univers, tu as eu la même démarche avec les projets DBSS qu’Alpha Wann avec la trilogie Alph Lauren. Le format album semble aussi important à tes yeux. A quoi doit-on s’attendre ?

S : Je me faisais la réflexion la dernière fois. Alpha a commencé sa trilogie avant moi et je l’ai fini avant lui. Il a bien raison de prendre son temps pour faire les choses, il fait des classiques. Après pour ce qui est du format, il était idéal pour moi au moment où je voulais faire du son sans me mettre de pression. Quand tu sors un album, la maison de disque calcule tout. Du coup, je m’étais mis d’accord avec elle pour que je puisse sortir à mon rythme. J’étais très à l’aise avec le format DBSS puisque j’avais une démarche semblable à 1995. Je faisais le son, quand on le validait, on enchaînait le mix, après le clip… Vu qu’il y avait pas de physique, tu n’as pas besoin de rendre le projet 1 mois et demi avant. Je leur rendais les 8 sons, environ 15 jours avant la sortie. En plus de ça, les gens ont kiffés. Cela m’a permis de faire une tournée avec S-Pri Noir. C’était une superbe aventure. Maintenant, je pense avoir retrouver la détermination nécessaire pour sortir un album. J’ai eu le temps de vivre assez pour raconter d’autres choses. Cela devrait arriver autour de la rentrée.

V : Les univers artistiques se mélangent de plus en plus, dans le cinéma ou dans la mode. Il y a quelques temps, tu étais au défilé Kenzo. Est-ce que tu pourrais envisager une collaboration avec une marque de vêtement ?

S : otalement. De toute façon, à partir du moment où j’aime quelque chose, je ne mets pas tellement de limites, comme pour la cinéma. Un jour, j’aimerais bien créer une marque de vêtements. J’ai déjà des pistes, mais je préfère en parler quand les choses se font. Tout ce qui me tente, je ne m’empêcherai pas d’y aller.

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