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Interview : portrait de Ninho, un jeune artiste déjà dans la cour des grands

Rencontre avec le phénomène du moment

Déjà disque de platine avec son album « Comme prévu », Ninho se confie à VRF et aborde avec nous son quotidien dans la rue, son amour pour la musique et plus généralement, sa philosophie de vie.

 

Avant de démarrer la retranscription de l’interview, une petite anecdote incontournable doit vous être racontée. Ninho ne fait rien comme tout le monde, c’est bien connu, et c’est pour ça qu’on l’apprécie. Le rappeur devait rencontrer l’équipe de VRF dans un café de Place d’Italie à 16h. Pensant être complètement en retard, il appelle pour prévenir, alors qu’en réalité il était en avance d’une heure trente. Mais ce n’est pas tout ! Au lieu de se rendre à l’adresse indiquée, Ninho et son équipe se sont rendus au domicile de la journaliste (qui était en chaussons à poids roses très moches). Il lui demande un briquet dans sa cours en tout anonymat, avant que les deux se rendent compte de la situation et explosent de rire. « On est là depuis 1h ! » lance-t-il, « on a une interview ensemble ! ». Alors oui, mais pas à cette adresse, ni à cette heure-ci. Mais le devoir d’un journaliste est d’être prêt à saisir l’opportunité à n’importe quel moment, alors direction le bar voisin pour débuter l’interview.

 

Nommé dès ses débuts comme « grand espoir du rap français », Ninho n’est clairement pas là pour faire de la figuration. Son album intitulé « comme prévu » est sorti le 8 septembre 2017 et a, dès sa sortie, était victime de son succès. En quelques semaines, cet opus avait déjà généré plus de 100 000 ventes et est déjà certifié disque de platine par  le SNEP (syndicat national de l’édition phonographique). Comme une chronologie des choses, avant « comme prévu », Ninho avait sorti les projets « Ils sont pas au courant » et « Maintenant ils savent ». Avait-il tout calculé ? « Non pas forcément, mais je voyais déjà une évolution et j’ai la volonté d’être encore plus perspicace pour la suite, mais je n’ai pas encore réfléchi au nom du projet ». Le rappeur du 91 sait que pour percer, il faut miser sur la régularité et « savoir tenir la cadence ». Ce mental d’acier, Ninho l’a depuis tout petit. En 6ème, il découvre le rap par le biais de son cousin, alors que la plupart des jeunes de son âge sont focalisés sur leurs cahiers. Il était fort au foot, un sport auquel il s’est essayé mais autre chose le faisait davantage vibrer : la musique. Il commence à gratter ses premiers textes, et prend alors la décision qui va changer sa vie : aller frapper à la porte du studio Mal Luné à Saint-Maur- des-Fossés (94), tenu par les deux frères Quick et Nice, deux ainés de son quartier. Les deux professionnels perçoivent immédiatement le potentiel de l’artiste. Comment a-t-il fait preuve de tant de force et de persévérance à tout juste 13 ans ? « Déjà tout jeune, je comprenais qu’il fallait avoir une structure solide pour avancer, et ils m’ont fait confiance », lâche-t-il, dissimulant un petit sourire de fierté.

 

 

De kicker à chanteur

Un premier projet enregistré et quelques freestyles plus tard, tout le monde comprend que ce jeune kicker fait en réalité partie de la cours des grands. Tout aurait pu aller très vite, Ninho avait entre les mains l’occasion d’enchaîner les projets, mais ce n’était pas sa façon de faire. Décrit comme un « charbonneur » dans les quartiers, il préfère prendre le temps de faire les choses bien. Il lance alors une série de freestyles intitulée « Binks to binks » : un concept reconnu par ses qualités innées de freestyleur et à la maîtrise acquise grâce au travail sur ses précédents projets. Ninho gravit les échelons avec sa mixtape commercialisée « Maintenant ils savent » et compte bien passer de l’ombre à la lumière. Avec « Comme prévu », il sort des chantiers battus et laisse quelques fois sa casquette de kicker de côté pour rapper, chanter, et même faire danser les gens sur « mamacita » ou sur « ce soir » en feat avec Alonzo. « Ça marche beaucoup ce genre de sons, on oublie les problèmes, on danse, on chante. Le secret c’est d’avoir un refrain qui reste dans la tête tout le temps », confie-t-il.

 

Pour s’ouvrir à de nouveaux horizons, le jeune homme de 21 ans n’hésite pas à s’entourer de grands noms. On le retrouve aux côtés de Fianso, qu’il avait rencontré il y a un an et demi sur « Jesuispasséchezso » et avec qui il partage le titre « laisse pas traîner ton fils ». Les deux artistes ont sympathisé quelques mois plus tard lorsqu’ils se sont croisés sur le tournage de « Grand Paris » de Médine. Il apprécie la polyvalence et l’énergie de Fianso, « aussi bon sur des titres rap que dansants ». De plus, les deux artistes ont une passion commune : la rue, à qui il dédit le son « Elle m’a eu ». Un environnement qu’il aime mais qui l’emprisonne. « Je suis tombé dedans comme Obélix dans la marmite de potion magique », rigole-t-il. Son quotidien au quartier, qu’il reconnaît d’instable, est pourtant celui qu’il préfère. Lorsqu’on lui demande ce qu’est une journée classique de Ninho, il répond « tout bêtement la même que n’importe quel jeune de cité ». « Je sors, je vois mes potes en bas des blocs, on fait ce qu’on a à faire et après je vais au studio », dit-il presque blasé d’être tombé dans une routine. Si dans la rue il se fait appeler Ninho, ceux de sa rue savent qui il est vraiment. De Ninho, le showman de scène, on passe alors à William, un jeune de quartier ordinaire. « On n’a toujours vécu les mêmes choses au même moment, alors ce n’est pas maintenant que ça va changer. Si on peut s’entraider, on le fait. Ils ne me prennent pas comme une star. Ninho on n’en parle pas. Sauf quand il y a une actualité forte », déclare-t-il.

La rue, il aime et il la déteste « mais c’est trop tard pour divorcer »

Avec du recul, Ninho sait que la rue peut être à double tranchant. Dès petit, il se rappelle d’avoir été un enfant assez turbulent « qui aimait faire le contraire de ce qu’on lui disait ». Lorsqu’on lui demande s’il estime que c’était un environnement propice pour un jeune de son âge, il bloque et émet un silence. « Je dirais oui et non. C’est bien parce que ça te forge, ça te donne des valeurs, il n’y a pas de racisme affirmé. Cela apprend l’honneur et le courage mais d’un côté ça détruit une jeunesse. T’es livré à toi-même et t’as deux choix : suivre ceux qui t’entraînent dans leurs conneries ou ceux qui t’élèvent. On choisit souvent la première option», confie-t-il. Ninho n’a pas su dire s’il faisait partie des suiveurs ou des têtes brûlées, alors pour pas se mouiller, il dit en rigolant que dans tous les cas « il était toujours dedans ».

 

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Aujourd’hui William a grandi et voit la vie avec ses yeux d’adulte. Il aperçoit également l’envers du décor : la rue et les strass et paillettes que génère l’univers musical. Un thème qu’il aborde sur « De l’autre côté » en collaboration avec Nekfeu, certifié single d’or ce 6 septembre. Sur un titre fort en textes, les deux artistes racontent leur quotidien depuis que la notoriété fait partie de leur vie. Si la vie de star semble brillante et sans problèmes, Ninho explique que tout n’est pas toujours rose. « Si ça tenais qu’à moi, le son aurait été très sombre, et ce que j’ai aimé avec Nekfeu, c’est qu’il a apporté son interprétation et il a remis de la lumière dans cette musique », témoigne-t-il.

Déjà un nouveau projet en préparation

L’artiste tenait à partager un titre avec Nekfeu, tout comme avec Gradur, Sofiane ou Alonzo. S’il n’a pas de rêve en termes de collaboration, Ninho se laisse kiffer et avoue vouloir un feat avec Adèle : « elle a une voix incroyable, j’adorerais la voir chanter un refrain d’un de mes sons ». Peut-être auront-ils la chance de se croiser sur le futur projet de l’artiste, qui sera une mixtape ou un album. « Je suis sur des instrus, je commence tout doucement. J’ai mis une adresse mail à disposition et j’attends de trouver des productions qui me parlent », admet-il. En attendant, l’artiste va peut-être un peu voyager. Après avoir la Crête et la Martinique, il aimerait se diriger vers l’Amérique du Sud ou le Brésil pour prendre du bon temps. S’il arrive parfois à Ninho de se tromper d’itinéraire, il compte bien prouver qu’il sait exactement où il va.

mraynaud.news@gmail.com

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