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INTERVIEW : NAKK MENDOSA, LYRICISTE HORS PAIR

Rencontre avec Nakk Mendosa, lyriciste hors-pair

Nakk Mendosa a commencé sa carrière avec le morceau intitulé « 11’30 contre les lois racistes » il y a déjà 19 ans. Apparaissant aux côtés des grands noms du rap français, le MC a confirmé tout le potentiel que ses auditeurs portaient à son égard. De Bobigny Terminus sorti en 1998, à Darksun 2, son dernier album mis en vente le vendredi 26 mars en passant par Supernova datant de 2013 ou encore Street Minimum, qui était disponible dans les bacs en 2006, pas moins de 8 projets ont été produits par le séquano-dionysien. Le rappeur de Bobigny a maintenant l’étiquette d’un maître du maniement des mots et des multi-syllabiques en tous genres. Vrairapfrançais est parti à sa rencontre à l’occasion de la sortie de son dernier album. Le rendez-vous se situait au cœur de Paris, dans l’antre de l’Hotel 1K. 

 VRF : Nous avons vu l’interview des Inrocks, qui te qualifiait comme étant « le plus connu des rappeurs inconnus« , qu’en penses tu ?

Nakk Mendosa : Je ne sais pas si c’est réellement un compliment *rire*, mais ce n’est pas faux. Il y a beaucoup de personnes qui ne me connaissent pas parce que je ne me suis pas exposé sur un public plus large. Mais les gens qui connaissent le rap underground, la plupart du temps ils connaissent mon nom. Donc cette phrase n’est pas si fausse que ça finalement.

Donc selon toi, tu te placerais encore dans le rap underground ?

Non, je n’aime pas trop le mot « underground », je trouve ça assez réducteur. Même pour ma musique, je trouve que c’est un style de musique particulier. Je suis juste dans la catégorie des rappeurs un peu moins connus.

Un peu un rap d’initié ?

Voilà exactement, pour un public averti.

Ça fait maintenant combien de temps que tu es dans le milieu du rap maintenant ?

J’ai commencé entre 1996-1997, mon premier morceau était « 11’30 contre les lois racistes », ça fait 20 ans environ que je suis dans le milieu.

On sait que tu partages ta vie entre ta famille, ton travail et le rap. Comment tu considères le rap dans ta vie ?

Très important, après quand je sors des projets, je ne me dis jamais que c’est celui de ma vie. Je prends assez de recul. Sur mon dernier album j’ai eu beaucoup de bon retour, je suis vraiment content. Le jour où je vois que mes projets sont un peu moins bien, il faudra mieux arrêter.

T’as commencé le rap il y a maintenant 20 ans, comment ça s’est passé ?

Quand j’ai commencé je faisais du rap comme ça, pour m’occuper. Et j’ai très vite signé en major, sans vraiment forcer. Je me suis engagé fin 2000. Après ça a galéré, je suis allé en indé. Mais j’ai toujours eu l’espoir de resigner en major, c’est un réel confort. J’ai pas signé en major pour faire le beau, je voulais juste faire ma musique et la diffuser. J’avais pas envie de me prendre la tête pour les clips, gérer l’enregistrement, les feats, la promo et tout ce qui va avec. J’ai une vie de famille, c’est pas facile de prendre du temps.

Si aujourd’hui un major te propose quelque chose ça t’intéresserais ?

Oui, ça me soulagerais c’est sur, mais avec ma petite équipe on peut se débrouiller.

Tu arrives quand même a être diffusé dans pas mal de médias, tu as pu faire la nocturne sur Skyrock, tu as eu un entretien avec les Inrocks.

Tout ça est arrivé parce que ces personnes là on eu un coup de cœur pour ma musique, c’est pas parce que j’ai eu un buzz ou autre. Fred de Skyrock n’était pas obligé de m’inviter, et celui qui a fait mon interview aux Inrocks non plus.

Dans le cas de Skyrock, c’est Fred qui a fait la démarche pour t’inviter ?

Oui, en fait ou il sait que j’ai un projet, ou on lui envoie. Il est quand même assez au courant de mon actualité, à chaque projet, il m’a proposé une nocturne. Je me souviens qu’il avait mis un de mes morceaux qui s’appelait « Devenir quelqu’un », sur une compilation Planète Rap, il m’a fait gagner de l’argent au moment ou j’en avais le plus besoin. Il n’était pas obligé. Beaucoup de personnes lui reprochent plein de trucs, moi je me dois d’être reconnaissant envers lui.dark sun grand

Maintenant on va parler de ta position par rapport au rap, dans le morceau « NDE », il y a une phrase ou tu dis « Le rap conscient en guerre contre la trap #Taxi #UberPop ». Tu peux nous expliquer ce que tu as voulu dire à travers cette phrase ?

*rires* On me parle beaucoup de cette phrase. Je ne me considère pas du tout comme un rappeur conscient, même si c’est l’étiquette que j’ai…

« Je croque la vie. Quand le fruit est pourri, j’évite de mordre comme Teddy Tamgho »

Dans le morceau « NDE », est-ce qu’il y a un parallèle entre le rap conscient qui est peut être plus difficile à faire, comme pouvoir être taxi, et le fait que la Trap soit à la portée de tous comme UberPop, qui maintenant n’existe plus ? Et à travers cette phase, condamnes-tu la trap à ne plus exister dans peu de temps ?

C’était juste pour dire qu’un taxi et un UberPop étaient dans le même domaine, le transport. Et que le rap conscient et la trap faisaient également partie d’un seul et même domaine. J’aime bien certains morceaux de trap, j’avais écris ce morceau lroque qu’UberPop existait encore. Je ne pense pas que la trap durera super longtemps, avec le temps, il y aura peut être un autre style qui émergera.

Donc tu ne te considères pas comme un rappeur conscient ?

80% du rap actuel peut être considéré comme du rap conscient, réfléchi, posé. C’est l’image qu’ils ont de moi. C’est dans ce domaine que j’excelle en vrai, je préfère les styles légers. Mais je n’aime pas trop qu’on me catégorise pour mon rap.

Il y a vraiment peu de « gros mots » dans tes morceaux, c’est un choix que tu as fait par rapport à toi ? Ou par rapport à tes enfants ?

Je n’ai pas trop envie de mettre des gros mots gratuitement dans mes textes. En général quand je mets quelque chose de grossier, c’est pour la rime. Je n’ai pas envie d’en utiliser à l’excès.

On connait ton écriture, elle est très imagée, c’est à dire que lorsque nous sommes en train de faire l’interview, nous somme devant un cactus, mais toi tu vas dire qu’on est devant « une plante qui pique ». Comment tu expliques ça ?

*rires* C’est comme ça que je parle dans la vie courante, je suis beaucoup dans les formules avec mes potes lorsqu’on se parle. C’est un peu comme des dialogues à la Jacques Audiard, je ne dis rien simplement. J’ai d’ailleurs très déçu aux derniers Césars.

Pourquoi avoir créé le personnage d’Elodie ?

J’ai trouvé que c’était un bon exercice d’écriture, pour un mec de 40 piges du 93 de se mettre dans la peau d’une petite française de 17 ans. Ma virilité en a pris en coup peut être *rires* mais en tout cas au niveau écriture, c’est comme si je commençais à écrire un court métrage, un film ou une série.

Une phase interpelle dans le morceau : « Je suis comme Saint-Thomas, je ne crois que ce que je bois ». C’est assez simple à deviner, mais ce n’est jamais dit simplement.

Moi ce qui m’a plu dans la musique avant d’en faire c’est les textes.Quand Solaar faisait des jeux de mots je me disais « Quoi ?! Mais comment un renoi de cité peut faire des jeux de mots comme si c’était un poète ? », ça me fascinait tout ça. C’est vraiment ce que j’aime dans la musique. Après je peux quand même écouter un morceau d’ambiance, mais le texte, la façon de formuler, c’est un truc qui m’attire.

Ce qui est intéressant c’est que tes textes nous obligent à t’écouter, parfois des personnes disent qu’un son est fait avec 90% d’insu  mais toi, pour qu’on comprenne parfaitement tes morceaux on doit vraiment être très attentifs aux paroles.

Je pense qu’il y a plusieurs sortes d’écritures, il y a ceux qui veulent écrire bien, mais simplement. Et ceux qui veulent écrire bien, mais subtilement. Moi je préfère quand les paroles ne sont pas forcément brutes. J’essaye d’affiner mes paroles au mieux.

« La vie est une jungle, mama est lionne, qui prend soin de ses lionceaux »

Maintenant on va parler d’un morceau : « Mama »

Il est en septième position sur le tracklisting de l’album, ça veut dire que c’est mon morceau préféré. C’est le seul morceau que je n’ai pas fait pour la scène. Je l’ai fait pour ma famille et pour moi même. C’est le seul morceau que j’ai envoyé à tous les membres de ma famille. C’est le seul morceau de ma vie où j’ai fait ça.

Quand on a un morceau qui s’appelle « Mama » dans un album, on peut facilement deviner la suite. Sauf que la… Surprise.

J’ai pris les gens à contre-pieds en fait, je n’ai pas fait un morceau « larmoyant ». Sur la prod’ du morceau on peut faire un égotrip dessus. J’ai voulu ramener une énergie quand même, comme les morceaux africains. Sur certains morceaux africains, tu peux ressentir une énergie de fou alors que l’artiste va te parler de quelque chose de très triste.

En écoutant le morceau on a vraiment l’impression que tu célébrais la vie passée plutôt que la mort…

C’est exactement ça, c’est exactement le mot, « célébrer ». J’ai préféré faire un son comme ça plutôt que lugubre. Je voulais vraiment célébrer « ne pleure pas, ça ira mieux ». Les couplets peuvent être très tristes, mais le refrain est là pour remonter le moral.

Tu as pu parler de ce morceau à ta mère ?

Je pense qu’elle l’a écouté, mais on en a pas encore vraiment parler. C’est la pudeur africaine. Mes tantes en ont parlé en tout cas.

Dans le morceau tu parles du fait que ta mère ne ce soit jamais remariée… Qu’en penses-tu ?

Je considère ça comme la partie la plus triste du son. J’ai l’impression qu’elle n’a pas pu refaire sa vie, à cause du fait qu’elle ne se soit pas remariée après le décès de mon père. Et ça c’est réellement triste.

Dans un autre morceau tu parles de tes enfants, sans les citer, et tu mets en avant la chance qu’ils ont d’avoir encore leurs deux parents en vie…

Oui, ils ont une réelle chance. On en parlait avec des copains, il y a beaucoup de personnes entre nous qui ont eu le malheur de perdre des membres de leur famille très jeune, et il y en a d’autres qui n’ont pas connus un décès de leur vie.

Donc comment tu considères le morceau « Mama » chez toi ? Il doit avoir une réelle signification.

C’est le morceau de ma vie. Tout simplement. J’ai fait le live pendant la nocturne sur Skyrock, à la fin du morceau je me suis effondré. J’ai fait les 3 couplets bien tout ça, le refrain normal, et 3ème refrain, ma voix commençait à ne plus trop sortir. Toute la pression est ressortie d’un coup. J’ai repensé à tout ce que j’avais vécu. J’ai pensé à mon frère, ma mère… Je me suis écroulé.

Est-ce que c’est le genre de morceau que tu apprécierais faire sur scène, même si l’émotion doit être beaucoup plus importante ?

J’adorerais le faire sur scène, c’est un morceau qui est super à jouer en live.

Le rappeur qui avait fini écrouler sur la scène de l’Olympia lors d’un hommage à sa mère était La Fouine. C’était une image très forte.

Ces genres de morceaux, tu es obligé de cogiter quand tu chantes ces paroles. Le fait d’être en concert, devant le public toute ma famille, accompagné de musiciens, c’est autre chose… L’émotion doit être intense. J’ai envie de connaitre cette émotion. Lorsque je ferais ce morceau, il faudra beaucoup de temps de préparation avant, il faudra que je me conditionne. Limite, je devrais le mettre en dernier, parce qu’après le morceau je ne serais pas sur de pouvoir continuer le concert.

« La banlieue oh c’est pas le tiers-monde, t’es pas assez bon, fais pas de sermont, t’es passé de mode, fais passer le mot, c’est dans ma plume que s’est caché le monstre »

Pour revenir sur la globalité de l’album. On peut voir qu’il y a des grands noms sur le tracklisting. Joe Lucazz, Lino, Nekfeu, Dixon et Mac Tyer. Tu as eu tous ceux que tu voulais ?

Oui, j’ai eu tout le monde, c’est une grande chance.

On voit Nekfeu un peu partout en ce moment ? Ca a pas été trop dur de le contacter ? 

Depuis le succès de son album, il n’a plus une seconde à lui. Plus rien ne l’arrête. Et son sacre aux Victoires de la musique n’a fait qu’accentuer la chose. J’avais un peu peur que le fait de ramener Nekfeu tente les auditeurs à dire « Ouais Nakk Mendosa il profite ! », mais je le connaissais bien avant son grand succès, donc le regard des gens par rapport à cette collaboration je m’en fiche un peu, je sais que certaines personnes parlent un peu pour rien.

Pour toi Nekfeu c’est une confirmation ou une révélation ?

Depuis le morceau « Egérie » tout a changé. Avant ce morceau je le voyais comme un bon rappeur parmi tant d’autres. Mais quand il a fait ce morceau il est devenu un vrai artiste.

La collaboration entre Joe Lucazz, Dixon et toi, s’est passée comment ?

C’est ma collaboration préférée. L’ambiance du studio était terrible. J’adore Dixon, je parle beaucoup avec lui. J’aime beaucoup Joe Lucazz, c’est un petit génie incompris, un peu fou-fou. J’aime bien les mecs comme ça. C’est pas le morceau qui va être le plus exposé mais c’est un morceau qui me tient vraiment à coeur.

Dans tes textes, tes titres, tu mentionnes beaucoup Kurt Cobain. Qu’est-ce qu’il t’inspires ?

C’est vrai ! L’image de la mort me fascine un peu. Et Kurt Cobain c’est vraiment le génie qui met fin à ses jours. C’est comme une mort légendaire, c’est une référence. Je veux dire que, malgré tout ce qui m’arrive, je ne finirais jamais comme Kurt Cobain.

Si tu avais un mot pour décrire ton projet ce serait lequel ?

Fierté.

Pourquoi ?

C’était pas facile de le faire. Je suis très content des retours, ils sont plutôt positifs. Je suis fier du projet et je suis fier de moi.

Le jour de la sortie de ton album était spéciale. Plusieurs projets intéressants sortaient en même temps. Brav avec Error 404, Kool Shen avec Sur le fil du rasoir, Jazzy Bazz avec P-Town et Kamnouze avec OSNS. Tu as eu le temps d’écouter les projets ou pas ?

Non pas encore.

Tu vas commencer par lequel ?

Je commencerais par Kool Shen je pense, ensuite ce serait Brav, Jazzy Bazz et Kamnouze.

« On est pas les Jackson mais frérot, t’en auras 5, le 26 février »

Comment ça s’est passé pour le morceau que vous avez fait en commun ?

C’est un morceau de qualité, c’était pour marquer le coup de ce jour un peu spécial, on a voulu ramener tout les artistes qui sortaient leurs projets dans un même son, ça a donné quelque chose de pas mal au final.

Pour le futur, une reconversion vers un autre style musical est-elle envisageable ?

Pourquoi pas, si je vois qu’une porte peut s’ouvrir, et que j’apprécie le chemin du style musical, je ne dirais pas non. Pourquoi ne pas faire quelque chose de plus léger pour la suite ? *rires*

Si tu avais un mot pour qualifier tes futurs projets ?

Qualité, je vais tout faire pour vous proposer de la qualité.

Merci à toi pour ces réponses et bonne continuation !

Merci à vous !

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L’album « Darksun 2 » est disponible ici

Interview réalisé par WesVRF et Chaves VRF

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