En 2018, Myth Syzer n’a pas chômé. En mai, il sortait Bisous, une mixtape colorée de sonorités pop et de romantisme. Cette fois, le beatmaker du collectif Bon Gamin nous caresse les oreilles de Bisous Mortels. Une mixtape sombre et des prods violentes sur lesquels mitraillent toute une artillerie de rappeurs hors pairs. Entretien avec un designer du son qui se mue peu à peu en artiste complet.  

Entretien de Fausto.
Crédits photos : Julien, Vincent et Fausto

VRF: Les premiers bisous, ceux du printemps, étaient doux, tendres et révélaient le Myth Syzer romantique, sensuel. Cette fois, les bisous sont mortels, empreints de violence et font ressurgir le côté sombre de Myth Syzer… Que s’est-il passé depuis le premier Bisous ?

Myth Syzer : Il s’est passé que les saisons ont changé. Mais c’est surtout lié à mon histoire personnelle et à mon histoire d’amour qui elle aussi a changé. Elle était plus puissante et plus passionnelle donc j’avais des trucs plus violents à cracher. Je suis pas devenu plus négatif mais je peux pas juste être un bisounours. Je suis un être humain complet. Donc j’ai besoin d’envoyer ce qu’il y a dans mes trippes. Mon « darkside », il faut que je le crache aussi.

V : Pour traduire ça en termes de styles, Bisous était vraiment imprégné de sonorités Pop et Variété, et Bisous Mortels est une mixtape vraiment trap. Pourquoi être revenu à ce style là ?

M : J’avais envie de revenir sur un projet un peu plus rap. C’est quand même mon premier amour donc ça s’est fait très instinctivement. Certains morceaux étaient déjà enregistrés, comme Oups par exemple, que j’ai fait en même temps que Bisous. Après, j’ai commencé à faire des feats avec Alkpote, Jok’Air etc. Puis je me suis retrouvé avec plusieurs morceaux. J’ai continué d’inviter des gens et puis j’me suis dit que j’allais faire une mixtape, qui serait le côté sombre de Bisous et ça a donné Bisous Mortels.

V : Une mixtape peut être composée de sons très différents mais dans Bisous Mortels, il y a une atmosphère tout le long du disque et une cohérence qui nous fait presque penser à un album…

M : J’aime bien les projets bien léchés. J’avais pas envie d’envoyer un projet mal mixé avec des sons qui n’ont rien à voir et une pochette dégueulasse. Peu importe le mot qu’on utilise, ce qui compte c’est l’engagement artistique. Et sur Bisous comme sur Bisous Mortels, c’est le même.

Myth Syer – Vilain (feat. Alkpote & Jok’air)

« Je ne me considère pas comme un grand lyriciste. Je peux faire rimer « zizi » avec « pipi ». Si je trouve ça musical, je le fais.

V : Plus tu sors de projets, plus on entend ta voix. Sur Bisous mortels, tu as des couplets ou des gimmicks sur presque la totalité des titres. Tu prends de plus en plus de plaisir à poser ta voix ?

M : Grave. Tout ce que je fais, c’est parce que j’ai envie de le faire donc je le fais et c’est tout. J’me suis dit « Y’a un flow que j’ai, je le trouve pas dégueu, vas-y je vais le poser ». Ensuite j’ai remplacé le « yaourt » par des mots et c’est parti de là. Plutôt que de faire faire un refrain par quelqu’un d’autre je me suis dit que j’allais le faire moi même.

V : On t’entend beaucoup faire des gimmicks (petite mélodie ou suite de notes qui se répètent dans un morceau, destinée à capter l’oreille de l’auditeur) qui servent de refrains ou de transitions entre les parties rappés des chanteurs que tu invites. Comment te viennent ces gimmicks ?

M : Ça vient lors de la conception du beat. Quand je suis en train de faire l’instru, j’ai une inspi qui me vient sans trop que je réfléchisse. C’est comme des mélodies qui tournent dans ma tête. Ensuite je cherche des enchaînements de mots qui sonnent bien et des refrains qui se retiennent facilement. Ça fonctionne à l’instinct, c’est jamais préparé à l’avance. Parfois, je le fais aussi en mode freestyle avec les rimes qui me viennent sur le moment.

Myth Syzer, dans les locaux de Savoir Faire

VRF : Tu t’entraînais à cet exercice avant ?

M : Jamais, c’est vraiment nouveau. Dans tous mes sons, et ça va peut-être se sentir, tout ce que je pose, c’est jamais écrit. C’est souvent du freestyle parce qu’avant tout, c’est une question de feeling. Je ne me considère pas comme un grand lyriciste. Je peux faire rimer « zizi » avec « pipi ». Si je trouve ça musical, je vais le faire.

« Quand j’écoute la prod, je me dis celui qui correspond le mieux à ce style là ça va être lui et je le contacte dans la seconde. »

VRF : Tu dis que t’es pas un lyriciste, j’ai l’impression que tu considères  la voix comme un instrument supplémentaire ?

M : C’est exactement ça ! Même pour Le Code, c’était comme ça, je vois vraiment la voix comme un instrument, comme si j’ajoutais un synthé. C’est peut être pour ça que je fais très rarement des couplets, parce que je m’intéresse plus aux sonorités qu’au texte. Mais je suis aussi en train de taffer l’écriture parce que j’ai envie aussi de pouvoir faire un projet en solo.

VRF : C’est pour ça qu’on t’entends de plus en plus au fur et à mesure des projets ?

M : J’suis en train de faire mon entraînement en fait (rires). Sauf que je le fais pas dans ma chambre, je le donne à tout le monde.

VRF : Sur la mixtape, il y a une très belle armada de rappeurs qui apparaissent en featuring. Au moment où tu composes tes beats, il parait que tu penses déjà à celui qui va poser sur la prod ? 

M : Ouais, je pense directement aux gens que je connais. Je me dis celui qui correspond le mieux à cette prod là ça va être lui et dans ce cas je le contacte dans la seconde. J’ai pas forcément sa voix en tête, mais je vois le charisme du gars, son style. Dans la musique, pour moi, le charisme c’est ce qu’il y a de plus important. Quand j’étais petit, les mecs qui me faisaient rêver, c’était des 50 Cent, des G-Unit, des gars qui incarnent quelque chose de lourd. C’est ça que je kiffe chez les artistes. C’est pas seulement une question de flow, je privilégie les artistes qui ont une image forte et qui apporte quelque chose de nouveau.

« Lino c’est le charisme, l’Ärsenik, les ensembles Lacoste. C’est Calbo et Lino qui m’ont matrixé avec cette sape là. »

VRF : Tu t’es entouré d’artistes avec qui tu as toujours travaillé (Ichon et Loveni du groupe Bon Gamin, Hamza…) mais tu as aussi fait appel à des gens que tu ne connaissais pas…

M : (Il coupe) Ou que j’ai appris à connaître plus tard. 13 Block, par exemple, on a passé pas mal de temps au studio ensemble. Ikaz (Boi) avait déjà collaboré avec eux, c’est de gens avec qui on rigole beaucoup. J’avais fait le beat de Don Pablo sur le projet Triple S, là je les ai contactés pour poser sur Oups et on a encore collaboré pour faire d’autres morceaux.

Myth Syzer – Oups feat. Zed & Zefor (13 Block)

VRF : Et comment as-tu connu Leto, qui pose sur Non Stop un des deux solos de la mixtape ?

Leto, avec Take a Mic, c’est la personne que je connaissais le moins bien. Ca s’est fait de manière assez spontanée. Je l’ai rencontré grâce à Binks Beatz, un beatmaker qui a bossé pour 13 Block aussi. Leto était venu au studio avec Binks Beatz pour tourner une scène de clip. Il préparait son projet Trapstar donc je lui ai fait écouter quelques prods puis je lui ai dit « En vrai je fais un projet aussi, t’es pas chaud d’être dessus ? ». Il m’a répondu « Vas y, on fait ça » et ça a donné Non Stop.

VRF : Comme sur le précédent projet, tu invites aussi un rappeur de l’ancienne école. Doc Gyneco -qui est un artiste qui t’a beaucoup inspiré- était présent sur Bisous. Cette fois, c’est Lino qui pose avec Ateyaba (anciennement Joke) sur le titre Cross… Qu’est ce que représente Lino pour toi ?

M : Lino c’est le charisme, Ärsenik, les ensembles Lacoste. C’est Calbo et Lino qui m’ont matrixé avec cette sape là, c’est pour ça que j’en porte. Ärsenik, c’est une grosse inspi pour moi, en termes de style, de tout. J’avais pas pensé à mettre Lino dans la mixtape mais c’est lui qui m’a contacté à la suite de Bisous parce qu’il avait kiffé le projet. Il voulait qu’on bosse ensemble. Lino, c’est un grand Monsieur, j’avais le contact alors j’ai pas hésité, je me suis dit qu’il fallait que je l’amène sur Bisous Mortels.

Clip de Myth Syzer – Cross (feat. Ayateba & Lino) par Chris Ma

V : Tu fais partie de cette génération de beatmakers qui a tout appris dans sa chambre, saignant les logiciels et les tutos. Maintenant que tu as sorti des EPs, des albums est ce que tu as changé ton mode de travail ?

M : Non, ça bouge pas. J’fais toujours des prods dans mon bed et je mate toujours des tutos pour m’inspirer. Sauf que maintenant c’est facile. Ça fait 10 ans que je fais des beats donc c’est ancré en moi directement. La méthode a évolué parce que je sais plus où je veux aller musicalement. Avant je savais pas, je testais beaucoup, je faisais des beats plus expérimentaux. Maintenant je fais vraiment en sorte qu’on puisse mettre un rappeur dessus.

 « Si j’en arrive là aujourd’hui, à ma petite échelle, c’est parce que je me suis posé pour réfléchir. Je voulais pas faire ce que les autres faisaient déjà.» 

V : Ça veut dire que tu feras plus de trap et moins d’intrus expérimentales, purement électroniques ?

M :Je sais pas. Mais je pense que je reste expérimentale dans ma façon de bosser. En termes de structures, de sonorités, j’essaie tout le temps des trucs. Dans Cross par exemple, je me suis bien pris la tête sur les structures. A un moment, il y a une gratte électrique qui arrive, les ponts sont très travaillés, au début, Lino n’a pas de batterie. Même sur Vilain, la voix  « reversée » à la fin du morceau, c’est un effet qu’on voit rarement. On comprend rien de ce que je dis mais ça reste expérimental. En fait, je veux toujours avoir des beats spéciaux, mais sur lesquels on peut poser dessus.

V : C’est déjà ton 2e projet en 6 mois d’intervalle. Est ce qu’on doit s’attendre à recevoir d’autres bisous bientôt ?

M :J’ai donné ces deux projets là cette année. Là, je vais lever le pied un peu pour prendre du recul et savoir ce que je veux vraiment faire dans le futur. Parce que ce que je vais envoyer, je veux que ce soit lourd sa mère. Que ce soit dix fois plus chaud que ça. On va voir ce que la vie me dit de faire.

V : Après la phase production, tu entres dans la phase réflexion ?

M : On en a besoin, je pense que chaque artiste fait ça. Parfois, on a la tête dans le guidon, pendant 1 an on va pas s’arrêter. Après ça, il faut prendre le temps de laisser respirer les choses, digérer ce que toi même tu as fait. Même dans la vie, il faut savoir faire ça. Dans la musique, c’est important parce que ça te permet d’être encore meilleur. Je veux pas juste envoyer la même chose, mais en mieux. Il faut savoir se différencier des autres et je pense que si j’en suis là aujourd’hui, à ma petite échelle, c’est parce que je me suis posé pour réfléchir. Je voulais pas faire ce que les autres faisaient déjà.

« J’aurais pu me casser la gueule avec Bisous mais moi j’men branle, j’ai qu’une vie je prends des risques et si ça plait pas je m’en bats les couilles. »

VRF: Des dates de prévues ?

M : Ça c’est sûr. J’ai quatre dates avant la fin de l’année et il y a déjà des dates de bookées pour l’année prochaine un peu partout. En mode DJ Set plus.

VRF : Et tu vas donc aussi te mettre à rapper sur scène ?

M : Ouais, avec mon équipe on est rodé. Je sais que j’ai un truc à donner sur scène. Ichon et Loveni, qui m’entourent depuis le début, m’inspirent beaucoup quand je les vois sur scène. La folie que tu peux donner sur scène, la folie que tu peux créér, c’est Ichon qui me l’a enseigné quand je le regardais derrière les platines. Ca m’a aidé d’avoir fait une tournée avec des rappeurs quand moi j’étais beatmaker. Aujourd’hui, ils me conseillent encore beaucoup sur la scène parce qu’ils ont plus d’expérience que moi. 

VRF : À chaque projet, tu explores des univers musicaux différents. Est ce que tu penses que ton public te suit ?

M :  Y’en a qui suivent, y’en a qui suivent plus. Je peux pas avoir les avis de tous le monde. Mais en général ils suivent et ça fait plaisir. J’aurais pu me prendre un gros mur dans la gueule en faisant Bisous, c’est pas le cas et j’aurais pu me prendre un gros mur dans la gueule en faisant Bisous Mortels parce que les gens connaissaient Bisous. C’est deux projets totalement différents dans la façon d’amener les choses et en termes de sonorités. J’aurais pu me casser la gueule mais moi j’men branle, j’ai qu’une vie je prends des risques et si ça plait pas je m’en bats les couilles. Mais dans l’ensemble, les retours sont bons et la fanbase a augmenté.

VRF : Tu as visité beaucoup de styles différents. Ambient, Broken Beat sur tes premiers EPs, pop sur la première mixtape, maintenant trap sur la 2e. Quel style ça sera pour le prochain ?

M : Je sais pas encore. Mais je sais que j’ai un nouveau son, que j’aime énormément, qui sera a priori mon deuxième single, après le code et là encore, c’est un univers différent.

VRF : Ça ressemble à quoi à peu près ?

Je sais même pas comment t’expliquer. Mais je vais garder ça secret pour l’instant.