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Interview : LIM, le retour du pirate

Rencontre avec une figure emblématique du 92

C‘est une des annonces qui m’a fait le plus plaisir cette année : LIM revient avec un nouvel album ! Cinq ans déjà que le rappeur du Pont de Sèvres ne nous avait pas offert de projet solo : Voyoucratie était sorti en 2010, un album beaucoup plus discret que les autres… Depuis, LIM n’a pas pour autant chômé : entre les sorties de Rue 2 avec Alibi Montana et de Violences Urbaines 4, sa traditionnelle mixtape de jeunes talents, le rappeur travaille dans l’ombre depuis un an pour préparer son retour. De mon côté, ça doit faire une dizaine d’années que je me prépare à le rencontrer : c’est entre appréhension et excitation que je me dirige vers le lieu de rendez-vous fixé par son équipe, dans le 11ème arrondissement de Paris. C’est un homme que j’ai l’impression de connaitre parfaitement qui s’avance vers moi : un visage marqué par la vie, cerné mais malgré tout réconfortant, voir apaisant. Rencontre avec l’Enfant du Ghetto le plus connu de France.

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VRF : Salut LIM, vraiment ravie de te rencontrer enfin, depuis le temps…

LIM : C’est la même pour moi et je sais que t’es là : tu relaies souvent mon actu sur tes réseaux, ça le fait !

On essaye, oui… Bon déjà, je voulais savoir comment tu allais.

Ça va très bien, à toute patate : on s’éclate, à toute patate ! (Rire)

Parfait ! Alors, t’es dans le rap depuis de nombreuses années, tu fais partie des « anciens » comme on dit et t’es toujours là : comment tu fais pour perdurer ?

Bah, j’ai pas forcément de recette : je prends la vie comme elle vient, je vis et… On est encore là, hein : tant que je suis vivant, que je suis pas en taule ou je sais pas où, Hamdoulah on verra… On essaye de faire ce qui nous plait avant tout.

Et justement, par rapport à ça, tu vis au jour le jour, ça doit être dur de planifier des choses professionnellement : comment te positionnes-tu par rapport au rap ? Tu vois ça comme un business ou une passion ?

Bah en réalité, ça fait partie de moi intégralement donc j’ai pas de vision spéciale sur tout ça, tu vois… Je suis pas là pour dire « le rap, c’est ça… » J’ai aucune vision là-dessus, c’est… On s’en bat un peu les couilles, quoi ! (Rire)

En t’écoutant depuis pas mal de temps, t’es resté dans un style de rap, tu fais ce que t’aimes en te foutant royalement de ce qu’il se fait à côté, t’es resté fidèle à toi-même. Le rap d’aujourd’hui, il te parle ?

Pour être honnête avec toi, j’écoute plus beaucoup de rap. Après, je trouve que c’est une bonne chose que le rap français perdure et évolue.

J‘ai écouté « Moi, c’est LIM » un de tes derniers morceaux, extrait de ton maxi PIRATES, qui sort le 27 Novembre. Il y a un passage, très bref, où tu travailles avec l’autotune : c’est pour rentrer dans la mouvance 2015 ?

L’autotune… J’aime bien l’autotune par rapport au raï : je suis un mec qui écoute beaucoup de raï, j’écoute quasiment que ça.

Ouais, t’en avais même fait un projet en 2010, ILLICITE RAÏ…

Ouais, j’écoute que du raï donc c’est plus par rapport à ça, ce coté chanté qui me plait.Après, qu’il y ait de l’évolution dans le rap, franchement je trouve ça positif. C’est cool, quoi…

Ça me perturbe à chaque fois qu’un rappeur français me dit qu’il n’écoute pas de rap français…

(Rire) J’écoute pas, je fais pas attention à ce qu’il se passe…

Quand on me demande pourquoi j’aime ton travail, en plus de ton talent, je réponds que c’est ton authenticité qui me plait : ce que tu racontes, c’est ce que tu vis au quotidien. T’en penses quoi des rappeurs qui s’inventent des vies pour vendre ?

Bah avec du recul, je me dis qu’il faut bien des acteurs des fois, comme dans les films : faut bien que quelqu’un vende du rêve… Après, ce qui est triste, c’est que le jour où ils doivent assumer certaines choses, bah c’est chaud pour eux quoi, tu vois c’que j’veux dire ? [NOTE : Je pensais que ce fameux « Tu vois c’que j’veux dire » allait arriver bien plus tôt dans la conversation] À force de parler, le jour où ils sont devant le fait accompli, bah ils comprennent que la vraie vie, c’est pas le rap…

Tu rappes la vraie vie mais la vraie vie, c’est pas le rap… Tu sais que j’aime beaucoup ce que tu fais, je m’en suis jamais cachée malgré certains projets que j’ai trouvé assez bancals. Malgré tout, je soutiendrais toujours.

Merci.

Parfois, je discute de ça avec des gens et ce qu’il ressort, c’est que tu rappes toujours la même chose : qu’est-ce que tu réponds à cette critique ?

J’ai fait le choix de rapper mon quotidien, de raconter véritablement tout ce qu’il se passe dans ma vie, dans la vie de mes frères et cette vie là n’évolue pas, tu vois c’que j’veux dire ? C’est logique que le même discours revienne… J’aurais été a Miami, j’aurais parlé de Miami, écoute (Rire)

Justement, rien ne change : t’es frustré de rapper un quotidien qui ne change pas, en sachant que tu te positionnes politiquement et sur de nombreux sujets de société ?

C’est pas une question de frustration : la frustration, tu l’as au début mais après, elle laisse place à l’habitude…

T’es résigné ?

Non pas du tout : je suis habitué.C’est pas la même chose.

Tu continueras à prendre position sur ce que les gens vivent dans la rue ?

Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse d’autre, de toute façon ? (Rire)

T’as fait de très beaux titres sur de graves sujets de société comme « Enfance maltraitée », « Violence conjugale » ou encore « Mec de tess »: t’es fort dans ce registre de prise de position sous différents angles…

Je parle de la galère sous toutes ses formes et j’en parlerai toujours… Sur mon nouvel album prévu pour le 5 Février, il y aura ce genre de délire : j’ai prévu un titre qui parle d’une fille qu’on a du envoyer en République Dominicaine chercher de la drogue et qui, au final, se fait attraper et fini en taule là-bas… Je ferai toujours ce genre de thématique, quoi qu’il arrive… Et pour revenir sur ce que tu me disais là, moi je change pas mes propos mais je ne trompe pas les gens, c’est un choix…

Objectivement, quel est ton pire défaut et ta plus belle qualité ? Euh, dans le rap, hein…

Euh, tu le précises ouais mais le rap fait partie intégrante de ma vie : y a pas de différence donc dans la vie et dans le rap à la fois, mon plus gros défaut, c’est ma folie et ma plus belle qualité… C’est ma folie aussi, hein…

Ta folie ?

Ma folie, ouais… J’aime bien foutre la merde (Sourire)

Quand est-ce que tu vas te ranger ?

Quand je serai mort : dans mon cercueil, je serai bien rangé (Rire)

T’assagir un peu, au moins…

Bah pour moi, c’est un peu de la sagesse d’être capable de
se dévoiler à travers un titre, de parler, de se livrer, d’essayer de faire passer un message…

Tu transmets énormément ! Le titre qui m’a le plus choqué par rapport à ça, c’est « Passe-moi » la version énervée : elle est vraiment dingue, ta rage est impressionnante… Tu ne seras jamais apaisé ?

Si, je suis apaisé… Me rappeler que je suis vivant, ça m’apaise…

Franchement, je pense que t’as plus belle qualité, c’est ta générosité : t’es dans le partage. Entre tes projets de VIOLENCES URBAINES -où tu n’hésites pas à faire le tour des cités de France pour faire profiter de ton nom à de jeunes rappeurs-, tes collaborations avec des rappeurs plus ou moins connus, tu donnes de ton temps : tu t’y retrouves dans tout ça ?

Bah oui, je m’y retrouves ! Heureusement ! Déjà, si je le fais, c’est par pur plaisir donc c’est que des bons souvenirs pour moi… Je suis bien partout : dans le sud, dans le nord, partout. Je rencontre et découvre des personnes : si je peux aider, c’est cool.

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D’ailleurs, en parlant de rencontre, j’ai vu sur ta page Instagram que tu étais avec Kendji Girac il y a quelques temps : tu prépares une collaboration ?

Non… Tu sais, en fait j’écris… J’écris des textes, des chansons pour des artistes de variété française.

 Sérieux ?!

Ouais, dernièrement j’ai écris pour le dernier album de Florent Mothe.

C’est pour ça que tu le follow sur Twitter, je voyais pas le lien…

Ouais et avec Kendji, j’ai essayé de lui écrire un truc : on était en studio et voilà…

C’est vraiment super ! Jamais j’aurais pensé à ça… Bon revenons à toi : le maxi PIRATES sort le 27 Novembre…

Ouais le maxi sera composé de six morceaux et trois instrus : deux titres « Moi c’est LIM » et « Souvenir » ont déjà été dévoilés. Et puis, j’ai trois collaborations dessus : JP de Less du Neuf, Moha le Vagabond et Fyenso. Et puis, l’album est prévu pour le 5 Février.

Et au fait, pourquoi annoncer un album pour revenir sur un maxi ?

Bah parce que tu sais, on a toujours du retard nous, quoi qu’on fasse… T’as vu, c’est même pour ça qu’on a raté notre scolarité pour être franc (Rire) Donc on était à la bourre et on voulait surtout pas sortir un produit « pauvre » et pas clean donc on s’est dit que le maxi était une bonne idée. Et puis comme ça, l’album pourra arriver dans de bonnes conditions.

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Et on est d’accord : l’album s’intitulera PIRATES aussi ?

C’est ça… Au début, on avait plusieurs titres dont SEUL et puis on s’est calé sur PIRATES… Pirate reconnait Pirate !

Comment tu as bossé cet album ?

Comme tous les autres, tu sais : avec les tripes et les sentiments. Il sera composé de dix-huit titres et aucun feat.

C’est un changement ça ! Un album court et sans collaboration ?

Court ? Bah, c’est quand même pas mal !

Ouais, mais tu nous avais habitué à des doubles albums et VIOLENCES URBAINES 4 faisaient 50 titres donc ça change ! Pourquoi faire des albums aussi longs d’ailleurs ?

Je voulais que mes frères qui allaient au magasin pour chercher mon album trouvent quelque chose de blindé ! Je donne, c’est tout.

Tu fais ton retour cette année, et cette année 2015 va aussi être l’année du retour des Sages Po, Booba a sorti DUC et va sortir NERO NEMESIS, Ali a sorti QUE LA PAIX SOIT SUR VOUS, j’ai aussi vu que Cens Nino se motivait… Est-ce que t’es nostalgique de cette époque où vous étiez tous ensemble ?

Bah on est toujours nostalgique… On a eu de bons moments… Mon plus beau souvenir, c’était notre première fête du Pont de Sèvres : je te parle de ça, ça devait être en 1991 ! C’était notre première scène, en plein milieu de la cité : on était tout petit, on avait tous volé nos sappes pour être beau, c’était dingue… Mais franchement, moi ce qui est 92, 93, 94 tout ça, j’ai vraiment compris un truc : à la base, on est tous des galériens… Faut arrêter les trucs genre « 9.2 – 9.3… »: c’est des trucs qui sont faits pour nous séparer, tu vois c’que j’veux dire ? Moi, j’ai des frères dans le 9-3, dans le 9-5 et je me sens bien partout… Je trouve ça un peu con de parler de « retour du 9-2 » ou de « retour du 9-3 », t’as capté ? Faut pas s’arrêter à des départements : déjà qu’ils mettent des frontières partout donc si on s’en met nous-même.(Rire)

Ok, mon papier sur le 92 ne t’as pas plu, j’ai compris…

Non, je savais pas : je l’ai pas lu, je suis désolé… Mais non, attention : j’oublie pas que je suis un gars du 92, je représente le 92 mais ce que je veux dire, c’est qu’il faut pas se bloquer à ça.

Ouais c’est sûr, et c’est ce que t’as toujours fait de toute façon : les albums RUE en sont la preuve, avec Alibi Montana qui vient du 93…

Ouais, d’façon j’suis bien partout !

Pour finir, j’aimerai savoir quel titre tu préfères dans ta discographie ?

Question difficile… Comme tu me disais, « Passe-moi » j’aime beaucoup ce titre : je sais plus trop dans quelle condition j’étais mais je devais être en colère ce jour là (Sourire) Y a « Lyrics 2 garde à vue » aussi que j’aime bien.J’ai fait trop de morceaux… Mais obligé, le morceau que je suis vraiment content d’avoir fait, c’est « A neuf ans déjà ».

Classique… Merci LIM de m’avoir reçue : qu’est-ce que je peux te souhaiter pour la suite ?

De rester vivant (Rire)

Autre chose ?

Non, c’est tout : on a nos deux jambes, on est à Paris, on est bien… Qu’est-ce que tu veux demander de plus ?

J’ai rencontré Moha le Vagabond & Fyenso Jumo, présents sur le titre « Cramer » du maxi PIRATES :
« LIM, c’est un vrai artiste : il est vraiment talentueux… Il réalise, il compose, il écrit : il est vraiment complet… J’ai travaillé avec pas mal de monde dans le rap français, mais lui, c’est vraiment un vrai : il est authentique et très perfectionniste » me confie Moha le Vagabond. « On est tous cramés ! Du rap de rue, du rap du quotidien, du LIM avec cette connexion Moha et moi ! » se réjouit Fyenso Jumo, il continue « LIM, c’est l’équilibre : on est libre dans l’écriture mais il sait ce qu’il veut et il n’hésite pas à nous recadrer pour qu’on donne le meilleur de nous-même : on sait que ses décisions sont bonnes…« 

J’ai aussi posé quelques questions à JP de Less du Neuf , qui sera sur le titre « Mr le Brigadier » dans le maxi PIRATES:
« Alors, on est parti sur un bon délire genre le refrain, ça fait «Y a que la drogue qui peut me soigner…» (Rire) C’est une espèce de métaphore, on raconte comment on arrive à se couper de la réalité de quartier, c’est un peu ça l’esprit du morceau » En ce qui concerne LIM, JP le côtoie depuis longtemps : je voulais donc savoir comment il l’a vu évolué : « Il est beaucoup plus mature, il a mûri personnellement et artistiquement. Il se sert de ses acquis pour mieux faire : l’album PIRATES en sera la preuve…« 

Un dernier mot de Bagdad, le Dj et manager de LIM avec qui j’ai discuté en off : « Paoline, on se parle sans nos étiquettes de Dj-manager et de journaliste mais juste d’amateur à amateur de LIM. Cet album là, PIRATES, c’est un bijou : sans en faire trop, je crois que c’est le meilleur album qu’il a fait…« 

Le maxi PIRATES est sorti depuis aujourd’hui, le 27 Novembre, et l’album du même nom est prévu pour le 5 Février 2016 ! Le clip « Moi c’est LIM » tourné dimanche 22 sera bientôt en ligne !

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