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INTERVIEW : LES 7 MERVEILLES D’OSTER LAPWASS

Discussion avec Oster Lapwass autour de ses 7 merveilles

Quand on est lyonnais, il y a quelques trucs dont on peut être assez fiers. La maestria d’Alexandre Astier, les coups francs de Juninho, Umtiti titulaire à l’Euro, Bernard Pivot… et l’Animalerie. Le collectif fait partie du paysage rapologique francophone depuis plus de 6 ans, s’est forgé son public, a imposé son logo minimaliste qui prend la forme d’une tête de lion, et surtout propose depuis toutes ces années un panel d’artistes singuliers, sous un même flambeau mais aux ambitions artistiques variées. En fer de lance, Lucio Bukowski, Anton Serra, les membres de Bavoog Avers, ou encore Missak et Kacem Wapalek qui ont pris depuis d’autres trajectoires. Autant d’égos et de visions musicales qui ont un dénominateur commun : la baguette d’Oster Lapwass, beatmaker, et homme à tout faire du mouvement hip-hop phare de la Capitale des Gaules. Un vieux de la vieille qui s’adapte aux époques, sans jamais perdre son identité ni sa touche musicale. Coup d’oeil sur son travail par le prisme de 7  morceaux piochés avec sagesse et subjectivité dans sa discographie. Et commentés par Oster Lapwass himself, parce qu’on ne se prive de rien. 

Lucio Bukowski – Les faiseurs d’illusions sortent des lapins morts de leurs chapeaux (Lapwass Remix) (2016) 

Oster Lapwass : C’est un truc que j’ai fait en 20 minutes, c’est marrant parce que l’idée c’était juste de trouver une alternative, j’aime bien faire un remix qui ne ressemble pas trop au morceau original généralement. Faire un remix techno d’un son rap « old school » tu vois ? Alors là vu que la chanson était un peu patate, avec une basse qui rendait le truc assez électro dans le fond, j’ai eu envie de faire une retouche plus hip hop dessus. Mais c’est très spontané, je ne pensais même pas qu’il allait marcher, je ne l’ai même pas mixé ni masterisé le machin… Mais c’est ce qui me plait : c’est faire.

L’Animalerie x L’Entourage (2012)

O.L : C’est ultra simple dans la sonorité, la même boucle tout le long, et un peu séquencée. C’est Ken (Nekfeu) et compagnie qui l’ont choisie. Fallait que ce soit un rendu qui plaise à 8 personnes, sans que ce ne soit trop de l’eau tiède. C’est compliqué parce que souvent, les prods où l’on retrouve plein de gens, elles sont efficaces mais pas très profondes, parce qu’il n’y a pas de thème etc. Du coup le résultat devait faire bouger la tête quoi ! Il fallait trouver un bon compromis tout simplement. C’est un peu mon créneau cette espèce de boom-bap moderne.

Anton Serra – Freesthai (Antoster Lapwassera / 2012)

O.L : C’est un truc de fou, Anton est allé en Thailande, il a filmé avec sa Gopro, il avait quelques faces B, il est rentré avec ses images, et en gros il a fait son clip avant d’avoir la musique. Il est revenu avec son flow, qu’il ne pouvait plus trop changer du coup, et donc on n’avait pas de musique derrière. Il avait écrit le texte, mais sans ce son, et à partir de ça j’ai crée le truc. On a fait ça complètement à l’envers du coup, puisqu’il a tourné, filmé, monté le clip et posé sa voix avant. Puis à partir de ces éléments, des images et de l’ambiance que ça dégageait j’ai créé le son. C’est bizarre, mais ça change. Partir des images, ça aide à rendre le tout harmonieux. C’est un peu comme si tu faisais de la musique de cinéma, si tu me filais des images, tu me dis je veux un truc un peu comme ça ou comme ça, et qu’après tu me laisses tout faire.

Lucio Bukowski x Missak – Bon Sang d’Putain (L’homme alité / 2014)

O.L : Je sortais d’une période où je venais de faire plein de prods électros, puis j’ai eu l’envie de faire un peu du Wu-tang, un vieux truc quoi. Et derrière j’ai lâché un son super basique. Après ça, je sais plus si c’est Lucio (Bukowski) ou Missak qui est passé en premier, je crois que c’est Lucio qui m’a dit « ah je la prendrais bien » puis Missak est passé derrière genre « oh putain ça fait longtemps que j’ai pas rappé sur une prod old school ! », et voilà ça s’est fait en une semaine. Ca sonne un peu sale, un peu « machine ». Dans l’univers que ça dégage je l’aurais plus naturellement filé à Lucio mais finalement c’est presque Missak qui s’est montré le plus séduit… Je pensais pas qu’elle plairait autant. Y a pas vraiment de secret.

Lucio Bukowski – Le pas tranquille de l’homme qui ne va nulle part (Oderunt Poetas / 2016)

O.L : C’est ma préférée aussi, mais pourtant si je demande aux autres je suis pas sûr qu’on soit en majorité non plus ! C’est à la fois minimal et mélodique. Je sais même plus d’où je suis parti… En fait je ne voulais pas faire un énième album boom-bap avec Lucio. Donc j’essaie de trouver dès le départ un parti-pris. Je bosse souvent de cette façon, c’est-à-dire que je les fais poser un peu sur n’importe quoi, une première fois, à l’arrache. Sur une face B qui leur plait ou un son à moi qui leur plait, mais qui, à moi, ne me plait pas spécialement, comme ça j’ai la voix, et ensuite je refais tout. Je ne garde que la voix et je repars de là, c’est ce que j’ai fait dans ce cas, et ça rend le flow bien patate. Lucio il est connu pour ne pas faire pas mal de choses, pas de double temps, pas faire de ci, pas faire de ça, et moi je le fais chier pour que si. Quand il fait un album avec moi il sait qu’on va faire un peu des trucs chelous. De toutes façons je n’aime pas quand c’est tout le temps la même ambiance musicale.

Lucio Bukowski x Anton Serra – Tintin au Congo feat. Hakan Le Grand, Eddy Woogie (La plume et le brise glace / 2015)

O.L : C’est ma préférée de l’album. D’ailleurs c’est la seule où je ne leur ai pas demandé leurs avis. Au début j’étais parti sur un truc un peu funk, dans le genre de Pelociraptor d’Anton Serra, à Lyon on a bien ce côté funky tout ça. Et puis… ben en en fait j’trouvais ça nul… Et une semaine avant le mastering j’ai pris les acapellas et j’ai fait un remix. Je l’ai fait avec l’aide d’Eddy qui est sur le morceau, qui est d’ailleurs un très bon producteur (Bavoog Avers notamment NDLR). J’ai réalisé ça en une aprèm, j’ai trouvé le gimmick de base, puis ça a été une sorte d’impulsion. Évidemment, je ne peux pas faire un truc qui ne plaise ni à Anton, ni à Lucio, mais mon boulot c’est de les pousser dans leurs retranchements.

L’Animalerie N°69.832015 (2015)

O.L : C’était une instru pour changer, on avait fait un truc plus « lent » avant donc voilà. Mais par contre c’est marrant, plein de gens, dont Missak, m’ont dit « si on prend ça on va se ramasser« . Finalement, sans être un franc succès, ça prend bien, même si en terme de vues par rapport à celle de Vald, l’impact est moindre. Mais après je l’aime bien, sinon je ne l’aurais pas sorti. Lucio défonce dessus. D’ailleurs je suis parti de lui, parce qu’il écrit très vite, en 24h tout le temps. Et le lendemain il t’en réécrit une en 24h à nouveau, il n’arrête pas, il doit avoir 4 ou 5 albums de prêts. Bref, je m’étais dit que sur celle-là on ne ferait pas de boom-bap du tout. Déjà sur celle de Vald justement, il y a deux parties, une plus moderne avec Kalams, Vald, Missak, les jeunes quoi, et après une deuxième partie avec Hakan, Paco etc. Et celle-là c’était un peu une commande, fallait qu’on fasse un truc old school et je la trouve tellement moins bien. J’aurais pas dû faire ça, j’aurais dû assumer le truc jusqu’au bout. C’est pour ça que je parlais de faire parfois de l’eau tiède sur les trucs à plusieurs.

Vous pouvez suivre les travaux d’Oster Lapwass sur son Facebook, Twitter, Youtube et Soundcloud

 

tomlansard21@hotmail.fr

Tom, jeune et bien élevé. Sudiste et sans accent, le journalisme comme choix de vie le zin. On aime une mesure bien tournée comme un juron bien senti. De l’autotune sur les tartines le matin, les premières romances avec la nocturne le vendredi soir, pas peur d’aller s’enfoncer dans les abysses des suggestions Youtube. Tout a plus ou moins commencé avec Rohff, mais comme souvent les histoires d’amour finissent mal, en général.

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