Kery James & Leïla Sy

Interview par Etienne

Ce 12 octobre sort sur Netflix le film « Banlieusards », scénarisé par Kery James et réalisé par Leïla Sy. Un peu plus de dix ans après son titre éponyme (sur l’album «A l’ombre du show-business »), et dans la continuité de sa pièce de théâtre « A vif », Kery James continue de porter haut et fort son message, selon lequel « banlieusard et fier de l’être, on n’est pas condamné à l’échec. »

« L’important c’est comment tu apprends à te relever »

Malgré leurs inflexions au fil des années, les ingrédients présents sur « Original mc’s sur une mission » le sont encore aujourd’hui. La description crue du « ghetto français », et surtout, au fil des années, un discours toujours combatif, notamment à l’égard de la classe politique.

Mais comment interviewer Leïla Sy et Kery James, quand on dispose seulement d’une dizaine de minutes d’entrevue, dans une promotion qu’on imagine réglée comme du papier à musique ? Quand on suit l’itinéraire du rappeur val-de-marnais depuis ses débuts, on sait que toute tentative d’entrer dans la complexité du personnage et de ses différents visages (pour reprendre l’expression utilisée dans le documentaire de Philippe Roizès sorti en 2012) est vouée à l’échec. On met donc rapidement de côté ses envies de grand entretien façon Michel Denisot, pour se concentrer sur ce nouveau chapitre de l’œuvre du val-de-marnais. Le dictaphone est enclenché.

VRF : Pour commencer, nous avions envie de vous demander comment est né le projet du film ? Et aussi, sur tes réseaux Kery, tu as écris « ils n’y ont pas cru, nous l’avons fait« . A qui renvoie ce « ils« ?

Kery James : les Blancs (éclat de rire général

VRF : Ok, fin de l’interview (Rires)

Kery James : (il reprend son sérieux) J’ai commencé à écrire il y a environ quatre-cinq ans. J’avais déjà essayé d’écrire un truc autobiographique avec Phillipe Roizès, qui avait réalisé le documentaire sur la Mafia K’1fry, et le documentaire aussi sur moi (« Les quatre visages de Kery James« ). Et on avait rencontré plusieurs producteurs mais ça n’avait pas abouti. Ça c’était il y a dix ans je pense. Et puis en 2008, Omar Sy était venu me voir après un concert, et il m’avait dit : « tu devrais écrire des scénarios de longs métrages ». C’était l’époque de « A l’ombre du show-business« , dans lequel il y avait deux morceaux scénarisés : « L’impasse« , dont le clip avait été réalisé par Luc Besson, et « XY« , dont le clip avait été réalisé par Matthieu Kassovitz. Il m’avait dit ça, c’était resté dans un coin de ma tête, mais j’étais assez concentré sur la musique à l’époque. Et voilà, il y a quatre-cinq ans, en 2012, j’ai commencé l’écriture du scénario. Et on a beaucoup galéré avant de trouver des financements pour ce scénario. Comme disait Leïla, c’était les montagnes russes, on croyait qu’on y arrivait et puis on n’y arrivait pas. Aucune chaîne de télévision française n’a voulu diffuser le film. Le scénario existe depuis longtemps, il avait été retenu dans plusieurs concours de scénaristes, mais malgré ça, impossible de le financer. Le film a failli ne pas exister. Jusqu’à ce que par le biais de mon agent Lisa Lebahar, les films du Fleuve, les films du Velvet et SRAB films (société qui a produit « Les Misérables » de Ladj Ly) » me mettent en contact avec Netflix. Et il se trouve que Netflix avait décidé de produire des unitaires en France, parce que jusque-là ils ne faisaient que des séries. Et c’est tombé à ce moment-là, et ça s’est fait.

« le film va être diffusé dans le monde entier, doublé en huit langues, sous-titré en quatorze langues. »

VRF : Qu’as-tu connu comme blocages ? Il y a donc eu des démarches auprès du CNC et de Canal plus ?

Kery James : Oui, on a été ensemble au CNC.

Leïla Sy : C’était pire que l’oral du bac. Moi je dirais qu’il y a une histoire autour du film qui est assez importante, parce que je pense que ça partage aussi auprès des lecteurs ou des gens qui vont découvrir cette histoire, le fait qu’il ne faut jamais lâcher l’affaire. Oui ça a été compliqué, oui on a eu des refus de la part de gens qui selon nous, étaient les personnes importantes pour soutenir ce film, en l’occurrence le CNC, la région Ile-de-France. Il a fallu que ça vienne des Etats-Unis, que ça vienne de Netflix, mais aujourd’hui ce film existe. Et finalement, c’est aussi un mal pour un bien, parce que le film va être diffusé dans le monde entier, doublé en huit langues, sous-titré en quatorze langues. Mais outre cette incompréhension quand on a été face à tous ces refus, il faut garder le côté positif qui est qu’on a réussi à faire ce film aujourd’hui, qu’il est sur Netflix, et que peut-être effectivement, ça fera réfléchir certains des décideurs qui aujourd’hui privilégient peut-être une certaine partie de la créativité française, à l’encontre d’une autre. 

VRF : Dans le morceau avec Orelsan, tu rappes « à qui la faute? cette question appartient au passé, je n’ai qu’une seule question aujourd’hui, qu’est-ce qu’on fait? » C’est un point important d’être tourné vers l’action ?

Kery James : Nous on est tournés vers le futur, c’est pour ça que parmi les trois frères, dans le film ce qui nous importe c’est ce que va devenir le petit frère, Noukoumé

Leïla Sy : L’enjeu du film en fait, c’est le petit frère. Les deux grands frères sont déjà lancés sur une voie qui est ce qu’elle est. Et on s’est posé la problématique quand Kery écrivait : « mais quel est l’enjeu du film ? ». Parce que c’est un film chorale qui met en lumière plusieurs personnages, plusieurs trajectoires, et à un moment on était un peu perdus dans tout ça. Et l’enjeu ce sont les nouvelles générations qui demain vont devoir faire un choix pour leur futur, leur vie professionnelle. Il faut absolument qu’ils se rendent compte qu’il faut qu’ils rêvent grand, et que tout est possible avec du travail et de la conviction.

« L’important c’est comment tu apprends à te relever, et c’est ce qui fera toute la différence. »

VRF : L’idée, c’est de sortir des postures morales et d’être plus tourné vers l’action ?

Laïla Sy : L’idée c’est qu’on a galéré à monter ce projet, mais comme Kery le montre et le développe dans le film, il faut absolument qu’on sorte de cette posture victimaire. Et on ne veut absolument pas, quand on parle de tout ce qu’on a fait, qu’on retienne uniquement le côté négatif. Le côté négatif est là pour dire à tous : « c’est une galère ». Dans la vie quand tu as des rêves qui sont hauts et qui sont élevés, tu peux y arriver mais de toute façon tu vas te manger le trottoir. L’important c’est comment tu apprends à te relever, et c’est ce qui fera toute la différence. Et c’est ce sur quoi il est important qu’on mette l’accent.

VRF : C’est une critique qu’on peut te renvoyer parfois, d’avoir un discours victimaire, certaines personnes en tout cas…

Kery James : (il coupe) Elle est pas du tout fondée, parce que mon parcours, mon discours, c’est tout le contraire de ça.

VRF : Il y avait ce souci à l’esprit dans le film ?

Laïa Sy : C’est-à-dire que c’est un artiste qui a plusieurs manières de s’exprimer et de faire passer ses idées. C’est vrai que si on extrait un morceau de l’œuvre globale, bien évidemment on peut dire « oh, il nous fait la leçon », ou « oh, il se place dans une position victimaire », ce qui est complètement faux, quand tu as une vision globale. Moi je suis bien placée pour le dire, parce que j’ai la chance de l’accompagner depuis plus de dix ans à l’image pour justement illustrer ces propos, et je pense qu’au contraire justement, il essaye par tous les moyens possibles, que ce soit la musique, le théâtre et maintenant le cinéma, de faire exploser tous ces préjugés.

VRF : On voit assez peu la police dans « Banlieusards »…

Kery James : Je suis content que tu le dises.

VRF : Alors que par ailleurs, tu es en première ligne sur les mobilisations à l’encontre des violences policières. Pourquoi ce choix de ne pas montrer plus la police dans le film ?

Kery James : Parce qu’on ne voulait pas faire un film cliché justement. La police intervient à un moment dans le film, mais ce n’est pas l’élément central, et puis le thème des violences policières, c’est un thème que je vais développer plus tard au théâtre, en 2021, et dans mon prochain film, qui traitera d’Amal Bentounsi, à qui j’avais dédié un morceau. (ndlr: fondatrice du collectif « Urgence notre police assassine », elle est la sœur d’Amine Bentounsi, fugitif tué par un policier en 2012, ce dernier finissant par être condamné en 2017, après un long combat judiciaire)

VRF : Donc tu as un prochain film prévu, le but c’est d’aller au cinéma après ?

Kery James : (il sourit) une fois que tu mets un pied tu repars, tu dis « bah ouais c’était cool » ? Non, un pied, tu mets le deuxième, et tu jettes tout le corps dedans (rires). Vu tout le temps que ça nous a pris

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