Georgio

Interview par Bastien

Le 23 novembre 2018, Georgio a sorti XX5, son sixième projet en autant d’années. Depuis, il écume les festivals et les salles de concert. VRF part à sa rencontre à l’occasion du festival Hip Opsession Reboot, à Nantes. Un entretien où le rappeur revient sur la confection de cet album, majoritairement inspiré par XXXtentacion. L’occasion également de débattre sur des sujets sociaux. Georgio s’exprime sur la haine anti-flic et l’homophobie. 
VRF : Bientôt un an que XX5 est sorti. Tu as fait une longue tournée, alors que retiens-tu de ce projet, quels ont été les retours ?

G : Plein de bonnes choses. J’avais énormément de mal à sortir de l’aventure de Héra. J’avais fait l’album et la réédition. La tournée avait été encore plus longue que celle de XX5. Donc je suis content d’être sorti de cet album. 

Avec XX5 j’ai pu faire un projet comme je le voulais, plus long et plus dense. Avec des horizons musicaux différents. Là, j‘ai pu voir les morceaux qui ont bien marché, ceux qui sont moins compris. 

Mais encore une fois, c’est une bête d’aventure. On est en tournée, je suis avec les miens. J’ai retrouvé mon public, donc c’est cool. En plus, c’est un album qui a plus de patate d’une certaine manière, et ça se ressent vachement sur les lives.

VRF : Tu nous a toujours habitué à un style de kickeur, dans cet album il y en a, mais il y a aussi des parties chantées. Tu cherches à aller vers quelles musicalités désormais ?

G : J’ai toujours kiffé la chanson française et le rock. J’ai plein d’influences mélodiques. Et comme je fais de la musique pour me faire kiffer, j’ai pas envie de me brider ou de me mettre de freins. J’ai beaucoup écouté XXXtentacion lors de la confection de l’album. 

Lui, s’était permis de chanter sur des morceaux, du coup j’avais envie de passer le cap. Et donc je l’ai fait sur Akira par exemple. Un morceau que j’ai fait avec Woodkid. Donc j’étais trop bien entouré pour pouvoir réaliser ce genre de titres.

VRF : Donc en 2019, c’est XXXtentacion ta référence musicale. Mais Hugo TSR reste toujours ta référence rap français ? 

G : Je l’ai tellement écouté que maintenant, je l’écoute plus trop. Mais en effet, Flaque de samples, je le mets dans mon top 3 rap français all-time. Et puis on habitait à même pas 400 mètres donc forcément c’est une référence pour moi. 

 

 

VRF : Tu disais aux Inrocks, il y a quelques temps, que tu étais un peu saoulé du rap ? Toujours le cas ?

G : Non là il m’a fait kiffé. J’écoute beaucoup 13 Block, Ninho et Koba. Les Belges Isha et Damso, ça tue. Le nouvel album de Vald me fait kiffer aussi.

VRF : Pour revenir sur ce projet, tu as fait 17 titres, avec presque autant de beatmakers. Pourquoi ?

G : Tu sais quoi, je ne m’étais pas rendu compte qu’il y avait autant de mecs sur les prods. Ça s’est fait naturellement et par hasard. Mais c’était facile de faire ce projet avec plein de beatmakers car j’ai fait l’album avec trois personnes : Diabi, Tom Fire et Myd. On était que tous les quatre en studio. Et on recevait plein de prods, on les re-bossait derrière. 

Avec un noyau dur de quatre mecs, c’est assez facile de recevoir des prods de partout. Et au final, j’ai que ça à faire de mes journées d’écouter les beats. Je sais ce que j’aime donc la sélection est facile, puis on retouche après. J’écris beaucoup donc j’avais déjà mes textes et mes flows calés sur certains bpm donc dès qu’il y avait les bonnes prods ça allait vite.

VRF : Je voulais aussi aborder avec toi Dans mon élément avec Isha. Dedans, tu t’attaques à des sujets sociaux. Le racisme, la haine anti-flic, l’homophobie. Tu te veux presque à contre-courant de ce qui se fait dans le rap. T’aimerais être une figure de proue des luttes pour ces discriminations ? 

G : C’est un combat. Je vais rebondir sur la problématique de la haine anti-flic. C’est déjà hyper important de se dire qu’il y a des hommes derrière des uniformes. Le fait de crier sa haine contre le costume de flic, ce n’est vraiment pas bon. Il faut faire attention aux généralités. C’est naturel pour moi de déconstruire ces généralités là. 

Même si je peux comprendre que les bavures attisent l’énervement de certains. Le comportement de la police n’est pas bon, la réponse haineuse non plus. Après je ne dirais pas que c’est la même connerie. Le fait de se venger peut se justifier.

 

 

VRF : Pareil, tu t’élèves contre l’homophobie. C’est presque à contre-courant pour le rap d’aujourd’hui…

G : Pour moi être homophobe, ça n’a aucun sens. Mais j’excuse ce rap qui peut paraître homophobe dans certains propos. Pour moi c’est pas que le rap, c’est sociétale. On a tous grandi en disant « vas-y fait pas le pd » et quand on disait ça, on ne visait pas forcement la communauté gay.

Ce sont des insultes, qui pour moi, n’ont pas de connotations homophobes. Il faut sortir de ce contexte là. Elles ont été démocratisées, et dans le rap c’est juste le reflet de la société. Je l’excuse, même si j’essaie de ne pas le faire dans mes lyrics. Comme ça il n’y a pas d’amalgames. Faire attention à ce qu’on dit, ça fait partie du jeu. 

VRF : Dans Monnaie, tu dédicaces Casey. Une artiste qui était engagée elle aussi…

G : Plus jeune, je l’ai beaucoup écouté. C’est une plume, et une personne que je respecte énormément. Monnaie, en plus, est un morceau qui s’éloigne énormément d’elle musicalement parlant. Et ça me fait aussi plaisir de la dédicacer sur un titre comme celui-là.

VRF : Tu voyages beaucoup. T’as besoin de ça pour écrire ? C’est important pour toi de te sortir d’un quotidien qui a pu être difficile auparavant?

G : Forcément, que ça m’influence. Même inconsciemment, sans chercher à être influencé. Rien que de quitter sa routine, ça permet d’avoir un recul sur sa propre vie. Et ça c’est une grande influence. Les voyages sont une richesse. Donc si j’ai le budget et le temps, je pars direct.

VRF : Avant, tu disais te battre pour être toi-même. Là dans ce projet tu dis être sorti de cette dépression. T’es enfin toi-même ?

G : Ça c’est un long combat, entre la personne qu’on aimerait être et celle que l’on est, il y a du chemin, une différence. Alors constamment j’essaie d’être au plus proche de mon idéal. J’y approche par période on va dire.

VRF : Pour finir, voici une petite équation : 2013: Soleil d’hiver ; 2014: À l’abri ; 2015: Bleu noir ; 2016: Héra ; 2017: Réédition Héra ; 2018: XX5 ; 2019: ???

G : Putain mec… (tape sur la table) Et non… Je ne peux pas, à un moment, suivre le rythme d’un projet par an tout en étant vraiment dans la qualité. Et là je sentais qu’il fallait faire cette tournée et prendre son temps pour faire un super quatrième album. Peut-être qu’après je prendrais une pause. Fin je te dis ça, si ça se trouve en 2020 il y aura deux projets dans l’année. (rires) Mais c’est sûr, 2020 je suis là.