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Interview de Rémy, le nouveau poète du rap français

Rencontre avec Rémy, jeune rappeur d'Aubervilliers

Du haut de ses 21 ans, Rémy, jeune rappeur d’Aubervilliers, démontre une maturité étonnante et fait preuve de prouesse artistique dans son album « C’est Rémy », sorti ce 23 mars. Rencontre.

 

Une dégaine de gros nounours, une tête enfantine… Rémy se présente dans les locaux d’Universal afin d’assurer la promo de son projet intitulé « C’est Rémy », sorti le 23 mars. Les interviews, les caméras, les photos… On sent que l’artiste n’a pas encore l’habitude de ces journées un peu spéciales, mais tente de le masquer par des sourires et une grande sincérité. L’histoire de Rémy démarre en 2008, lorsqu’il commence à s’intéresser à la musique et à publier son premier texte sur « skyblog ». Il n’a malheureusement pas voulu nous donner le nom de son blog de l’époque. Comme les jeunes de son époque, il rêvait de vivre de sa passion. « Le grand frère de mon meilleur pote écoutait du rap à block, et comme je dormais tout le temps chez lui, j’étais baigné dedans. Ensuite bien sûr je me suis mis à écouter du Booba, Mac tyer… J’ai même écouté Mano pour te dire », explique-t-il. Aujourd’hui il commence à effleurer son rêve du bout des doigts. « C’est Rémy » raconte l’histoire d’un jeune de quartier, authentique, mélancolique mais aussi consciencieux.

 

Sa rencontre avec Mac Tyer

Si Rémy fait preuve d’une grande maturité du haut de ses 21 ans, c’est lié à son expérience, son éducation, mais également à son entourage et d’une personne en particulier : Mac Tyer. Pionnier du rap français, l’artiste d’Aubervilliers a pris sous son aile Rémy, qu’il a immédiatement trouvé prometteur. Rémy se remémore leur rencontre : « Tous les dimanches on était au gymnase, et je me rappelle l’avoir croisé, et me serrant la main il me dit « tu rap toi ? Un petit de la cité m’a fait écouter ce que tu faisais sur facebook ». Avant de poursuivre par du concret : « Rémy, passe au studio j’ai envie de t’écouter ». Quelques séances plus tard, la machine était lancées. Aujourd’hui Mac Tyer accompagne Rémy au quotidien, en qualité de manager et de producteur, sous contrat moral. « Le petit français de la tess aux yeux bleus », comme il se décrit, prend conscience de la chance qu’il a : « j’apprends dix fois plus vite que si j’avais était tout seul. Mac Tyer a beaucoup d’expériences et il me permet d’avancer plus rapidement ». Si les deux artistes se sont liés d’amitié, ce n’est pas pour autant qu’ils mettent le travail de côté. « Avant de vraiment lancer des sons, on a fait deux ans de studio. On a écrit, enregistré, ré essayé. Il m’a vraiment forgé une étiquette. Des fois ça a été dur, on s’est engueulés, je ne comprenais pas. Mais je me rends compte que c’est un grand reuf qui sait te dire les choses », confie Rémy.

 

Le rap comme échappatoire

Après deux ans de studio, Rémy est passé de l’ombre à la lumière et a commencé à faire valoir son rap. Aujourd’hui, la musique prend une immense place dans sa vie : « c’est un métier à plein temps. Tu ne peux pas arrêter le rap à 19h ». « Mais d’autres choses sont importantes à mes yeux, comme ma famille et mes amis », rajoute-t-il. Ecrire, cela a toujours été un moyen de faire sa propre thérapie, et pour Rémy c’est surtout un moyen de se canaliser. « Je pense que sans le rap j’aurai mal tourné. C’est un moyen pour moi de m’exprimer, de m’affirmer et d’avoir un vrai sens d’intérêt qui rythme ma vie », déclare-t-il. S’il n’a jamais connu le milieu carcéral, il a comme tous les enfants, fait des bêtises, et s’amuse à nous raconter une anecdote : « à l’âge de 13 ans, on n’avait pas le droit de sortir, donc on a tous les deux fait croire à nos daronnes qu’on dormait chez l’autre. On a cassé deux voitures mais on s’est fait cramer. Arrivés devant le commissariat, il y avait nos deux mères, bras croisés, qui nous fixaient droit dans les yeux. Après j’avoue que moi j’ai eu un plus de chance que mon pote, il a été privé de sorties pendant un an miskine ».

 

Si Rémy en a fait voir de toutes les couleurs à sa maman, aujourd’hui il regrette et lui délivre un beau message d’amour sur « ne me quitte pas ». « J’ai été un sale gosse de fou, et un jour j’ai eu un déclic, je me suis dit qu’une mère j’en avais qu’une », avoue-t-il. Dans « C’est Rémy », l’artiste parle de celle qui l’a mis au monde sur plusieurs morceaux, mais son thème de prédilection reste la rue. Sa cover résume bien le projet et son état d’esprit : posté en bas du bloc, on voit Rémy, pendant qu’une immense foule est à côté de lui mais est floutée. « Ça veut dire que même si tu as des amis autour de toi, au fond, tu restes seul ». « Cet album, c’est la rue. Je ne parle quasiment que de ça parce que c’est mon quotidien. Je raconte ce que je vis, et je n’ai pas intérêt à raconter des histoires pour créer du buzz. La rue c’est ma vie », admet Rémy. Si la rue transmet des valeurs comme le respect, l’entraide et l’acceptation de l’autre, elle a également des côtés sombres qui motivent l’artiste à la quitter au plus vite.

 

Lorsqu’on lui demande ce qu’il faudrait pour y parvenir, c’est alors qu’il s’adresse à ses fans : « achetez mon disque, soutenez-moi. Big up à tous, c’est Rémy ».

 

« C’est Rémy », sorti le 23 mars 2018. Disponible sur toutes les plateformes.

 

mraynaud.news@gmail.com

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