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Interview de Lafrog : la nouvelle pépite du nord-est parisien

Rencontre avec Lafrog, rappeur à haut potentiel

LaFrog est un rappeur originaire du 19e arrondissement de Paris. Son rap conscient et ses textes travaillés ne devraient pas le laisser inconnu aux yeux du grand public très longtemps. Rencontre.

 

Si son nom ne vous dit pas encore grand chose, il risque de bientôt être dans toutes les bouches. Originaire du 19e arrondissement de Paris, LaFrog, de son vrai nom Omar, est un nouveau rappeur au fort potentiel. Il vient de la même école que celle d’Oxmo Puccino ou encore de MHD, et compte bien avoir une carrière similaire à ces deux grands artistes de la scène urbaine. Si le jeune homme de 29 ans n’a pas eu l’occasion de les côtoyer directement, le fait de connaître des personnes influentes en commun lui permet de faire sa place petit à petit. Son fief, à Place des fêtes, il ne cesse de lui rendre hommage dans son premier projet. Le 16 novembre 2017, il sort la mixtape « en attendant rien », disponible gratuitement sur internet. Le nom a tout de suite éveillé notre curiosité. Est-ce une façon d’éviter la déception en cas d’échec ? « Un peu, je pense », répond Omar, l’air gêné. « J’attendais pas forcément de percer, mais c’est sûr que quand on lance un gros projet on a l’espoir que ça marche, car on s’investit », ajoute-t-il. Né en 1988 à Aubervilliers, Omar a toujours été bercé par la musique dès son plus jeune âge. Mais pour lui, elle appartenait à son jardin secret, personne ne devait savoir : « mes parents n’étaient pas au courant que je rappais. Je suivais les grands du quartier qui me filaient des cassettes et qui faisaient du rap. J’ai toujours adoré ça. Pour mes proches, j’étais un simple jeune, un peu turbulent ».

 

Booba, IAM, NTM… Ses premières inspirations

 

 

Cette hyperactivité, c’est ce qui lui a valu sur surnom « LaFrog », pour grenouille en anglais. Omar avait une immense énergie à revendre, et l’école ne le canalisait pas assez. Alors le soir, il rentrait à la maison, avec un carnet rempli de gribouillis, et de rîmes aussi. Ses premiers essais d’écriture se font sur du IAM, Passi, NTMMafia K’1Fry, Rohff… Les égotrips musclés de Booba viendront par la suite compléter sa palette d’influences. La minute d’instru que laissaient ces artistes permettait au jeune Omar de gratter ses textes et de déjà développer sa plume. Quelques années après, ils font toujours partie de ses influences musicales, et pour lui c’est un peu ça la définition d’un vrai artiste : « c’est réussir à toujours faire passer un message sans que le temps ne court à leur perte ». Fortement inspiré par ces ténors du rap français, Omar décide de jouer dans la même catégorie : miser sur les textes et écrire pour faire passer un message, à l’heure où le rap d’ambiance inonde les stations de radio. « Je pense que c’est le 19e qui veut ça », rigole-t-il. « Quand tu regardes ceux qui viennent de là-bas, c’était que des artistes qui faisaient du rap de texte. Il y avait une voix et c’est dommage qu’on ne la retrouve plus aujourd’hui », avoue-t-il avant de renchérir : « mais le rap évolue, et il apporte de nouvelles choses, alors c’est aussi à nous de s’adapter ».

 

Un coup dur pour LaFrog

 

Un jour, Omar en a marre d’être spectateur et décide de devenir acteur. Avec son frère de sang et meilleur ami So7, LaFrog se met à multiplier les séances rap et sa motivation s’amplifie. Mais un jour, un tragique événement freine ce tremplin d’énergie : son allié se fait arrêter et est condamné à cinq ans de prison. Au début, il continue la musique pour lui rendre hommage, mais au fil du temps, son envie de chanter se fait de plus en plus rare : « sans So7, ça n’avait plus le même goût ». Quand il est sorti, So7 ne comptait pas laisser tomber ce qu’avaient commencé les deux amis. Un freestyle sur du 2 Pac et plusieurs partages plus tard, la machine est de nouveau relancée.

 

crédit photo : Fifou

 

En 2014, une rencontre – dont il veut préserver l’identité, mais connue par son entourage – va changer sa vie. Ce tournant, c’est un voisin de palier, passionné de musique et accessoirement proche de Pit Baccardi. Jusque-là, le projet était incertain, le Mc partagé entre sa passion pour la musique et ses obligations. Mais les 2 hommes se font confiance, LaFrog devient alors une entité du label HypMusik et commence à voir les choses en grand. « On est en train d’écrire notre histoire, et je suis vraiment heureux d’avoir croisé son chemin, car il a cru en moi et aujourd’hui il me donne les clés pour réussir ». Froggy n’est plus le petit jeune jeune qui s’essaye à la musique mais devient officiellement un rappeur à l’image travaillée, aux textes réfléchis et aux clips pertinents. Si pour l’instant, Omar ne vit pas de sa passion, il ne se prend pas la tête quant au lendemain : « je m’applique à écrire, à faire du bon rap mais j’ai la tête sur les épaules : je sais que la vie ce n’est pas ça. Je ne me mettrai pas en péril pour ça, je sais combien la vie est précieuse ». Dans « dingue », un des titres de sa mixtape, il se montre d’ailleurs très terre-à-terre et réaliste face à la réalité de la vie. Il explique qu’on « meurt, qu’on vit, on rire, on pleure… ». Ce sont les choses simples qui font qu’on se sent vivant. Certains l’oublient ? Oui, selon Omar. « J’ai déjà perdu des proches et je me suis rendu compte que la vie tenait qu’à un fil. Tu peux passer l’après-midi avec un pote et le soir il n’est plus là. Dans la musique, il y a un peu trop d’égotrip, moi je veux faire perdurer l’esprit d’équipe, la solidarité entre les personnes ».

 

 

Ses valeurs « rap à l’ancienne », Omar compte bien les retranscrire dans une prochaine mixtape sur laquelle il travaille d’ores-et-déjà. Encore un peu de patience avant l’album – voire le double album – mais soyez certains, Froggy a de nombreuses choses à raconter.

 

Pour finir cette interview, LaFrog nous fait part d’une de ses expressions préférées : « Plus on est de fous, moins il y a de riz ». Loin d’une phrase égoïste, Omar donne sa philosophie : « plus on est nombreux, moins on a envie de partager et c’est une erreur : quand on a une assiette, on peut partager, même si on a qu’une petite bouchée chacun ».

 

Mixtape disponible ici

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