404Billy

Interview par Bastien

404Billy a récemment sorti son deuxième EP Process. Un projet qui fait suite à Hostile, et qui précède un potentiel troisième EP. Le rappeur du 95 revient avec nous sur son début de carrière, impulsé par Damso. Rencontré lors du festival Hip Opsession Reboot à Nantes, le rappeur évoque également la mort du jeune Ibrahima Ba, tué dans de circonstances peu claires en présence de la police, à Villiers-le-Bel.

VRF : Process est sorti il y a quelques mois maintenant. Comment se digère le projet pour toi ? Es-tu satisfait des retours ?

404b : Il y a des bons retours, les gens ont bien aimé les prises de risque. J’avais fait des choses plus différentes que sur Hostile. J’ai vu que les gens étaient ouverts à ce que je proposais, donc c’est de bonne augure pour la suite. Je vais creuser encore plus le délire.

VRF : Tu as cherché des nouvelles musicalités plus chantées dans cet album. Est-ce le 404Billy de demain ?

404b : Non, ce n’est pas le 404Billy de demain. C’était plus un petit exercice de style. Je vais te dire ce que sera la suite pour moi. 

Mon début de carrière se divise en trois parties. Hostile, c’était le passé, on est venu avec des codes à l’ancienne, avec du rap qui casse. Process, c’est le présent, avec des tendances actuelles comme de la trap. Et le prochain sera futuriste. Je ne peux pas t’expliquer ce que ce sera, ça sera nouveau. 

Il y aura de l’autotune, mais ce n’est pas ce qui se fait actuellement, ce sera différent. Mais c’est ce que je veux faire depuis le début.

VRF : Du coup, tu pars sur une trilogie d’EP ?

404b : Voilà. Sans Hostile et Process, je n’aurai pas pu faire le prochain. C’est la suite logique. Pour le moment, je ne donne pas de nom, ni de date, mais ça sera avant 2020.

VRF : Ce nouveau 404Billy pourrait être moins sombre ? Pourquoi tu cherches à être un artiste sombre ?

404b : Il y aura toujours un côté sombre, mais amené d’une autre manière. Je n’ai jamais vraiment aimé les trucs à l’eau de rose, je parle toujours de la mélancolie, de choses qui ont une histoire sombre derrière. Ça me met dans un univers sombre, ça me fait kiffer. J’aime bien la tristesse.

 

 

VRF : Tu as commencé avec des clips uniquement tournés en noir et blanc. Pourquoi avoir arrêté ce concept ?

404b : Le noir et blanc correspondaient à Hostile et donc au passé. Maintenant, comme je l’ai dit : « je ferais plus de clip en couleur quand j’aurais soigné mes douleurs ». Elles ne sont pas totalement soignées mais ça va mieux dans ma vie. Donc je mets un peu de couleur dans tout ça. C’est aussi ça l’évolution, je n’allais pas resté en noir et blanc toute ma carrière.

VRF : Tu expliques écrire tes textes dans la cabine. Comment se passe une séance studio quand on est 404Billy ?

404b : C’est l’instru qui me donne les paroles. Alors c’est assez naturel, ça vient tout seul en fait. Quand je suis dans la cabine, je me mets dans un univers en écoutant la prod. 

J’essaie d’aller chercher quelque chose au fond de moi et ça sort tout seul. Il n’y a pas de phrases calculées. Je ne me dis pas « ouais là, à ce moment-là, faut que tu dises ça »…

VRF : Dans tes textes, tu évoques à plusieurs reprises la Gorée. Une île tristement célèbre pour son passé esclavagiste. Quelles sont les répercussions de cette histoire sur ta personnalité ?

404b : Comme la plupart des noirs dans le rap, on a toujours des petites phases sur notre passé et notre communauté. Et la Gorée, j’y suis allé quand j’étais petit. Ça m’a vraiment marqué. J’ai été visiter la maison des esclaves par exemple. Je pense que c’est quelque chose qui a marqué chaque homme noir, et c’est normal d’en parler. 

VRF : Dans Célèbre, tu dis « faut qu’tu sois fière d’être Fatoumata ». Quel message en faveur de la cause noire veux-tu véhiculer ?

404b : Je trouve qu’il y a de plus en plus de femmes noires qui n’assument pas leurs origines. Elles essaient de ressembler à des blanches ou des arabes. Alors que non, tu es née comme ça et tu dois rester comme ça. Il faut être fier de ce que l’on est. 

Là, je parlais de cheveux dans cette phase, il faut être fier de sa coiffure afro. Car si on perd notre identité, ça veut dire qu’on a honte de nous.

VRF : Tu dis dans Rageux : « dans l’rap game je n’ai pas de collègues » . Et en effet, tu as invité des artistes (Damso et DA Uzi) mais tu n’apparais sur aucun autre projet de rappeur. Pourquoi ce choix ?

404b : Tout simplement car aucune proposition ne m’a vraiment plu. J’en ai eu mais ça ne me disais rien musicalement. Je fonctionne vraiment sur l’aspect musical pour un feat. Mais je ne suis pas fermé à des feats. J’aime bien partager. Mais faut que ce soit cohérent.

VRF : Par contre, tu as récemment figuré sur la compilation d’Ikaz Boi. Pourquoi avoir accepté cette collaboration ?

404b : On avait déjà collaboré sur Espèce. On avait tous les deux kiffé la collaboration. On a les mêmes idées, on a beaucoup échangé en studio. Il kiffe ma mentalité, je kiffe la sienne. Je le soutiens à fond, j’aime beaucoup cette idée de faire des compilations d’artistes. Il devrait y en avoir plus. Mettre des gros artistes à côté de petits artistes c’est bénéfique pour tout le monde.

 

 

VRF : Il y a eu un facteur important sur cette année 2019, c’est Damso. Comment tu es arrivé à faire ses premières parties ? Et comment ce feat s’est fait ?

404b : Tout simplement, c’est via Instagram. Je lui avais envoyé un message suite à une vidéo qu’il avait posté. Il m’avait aussitôt répondu qu’il kiffait ce que je faisais. Puis on a parlé jusqu’à devenir assez proche. On a une bonne relation désormais.

Je pense que nous avons des points communs. Je pense à l’univers sombre, la voix aussi. On a aussi les mêmes influences et les mêmes goûts. Donc ça vient aussi de là.

VRF : Tu bosses en indé sinon. C’est important pour toi d’être indépendant ?

404b : Ça me permet d’être libre. Je pense que si j’étais géré par un gros label, ça n’aurait pas duré longtemps car je suis très têtu. J’ai un caractère spécial, je fais ce que je veux. Et je suis entouré de mes gars, donc j’ai mon équipe. Après, on ne connaît pas la suite. Je peux signer dans une maison de disque, mais il y aura toujours cette part d’indépendance.

VRF : Pour finir, tu viens de Villiers-le-Bel, récemment un jeune a trouvé la mort dans des circonstances peu claires, où la police serait mêlée à l’histoire. Tu connaissais ce jeune ?

404b : Je ne le connaissais pas personnellement, mais on a des gens en commun. Je n’étais pas là au moment du drame mais ces derniers jours j’ai pu vivre de près les événements qui ont marqué la ville. Il y a eu une marche blanche dans le quartier. Tout le monde demande justice.

Et je pense que c’est une bonne réaction. Il faut féliciter les gens de la ville, il n’y a pas eu de violences ni d’émeutes. C’était un beau rassemblement, dans la légalité. Il y avait la soeur d’Adama Traoré, c’était respectueux.

Mais parfois, je peux comprendre qu’il y ait des réactions violentes à tout ça. Car c’est bien beau de faire des marches, mais si après ça il n’y a pas de justice… Bah je peux comprendre que les jeunes crament tout.

Nous, en banlieue, on doit être irréprochables. Un petit truc et on prend cher. Eux, les policiers, une erreur et ils ont rien. Au pire des cas il seront mutés. C’est dingue.

VRF : Et justement, tu te vois élever la parole sur ces violences policières ? Dans ta ville par exemple ?

404b : Si demain j’ai le poids de parler de ça, évidemment. Et pas que pour Villiers-le-Bel, mais pour toutes les affaires. Il faut en parler, mais bien le faire. Avec de la crédibilité et uniquement pour la cause visée. Mais bon, émeutes ou marches, personne ne nous écoute. Alors qu’est ce qu’on va faire ?