100 Blaze

Interview

Entraîné aux sessions studios depuis ses 13 ans, révélé par ses nombreux freestyles, adoubé par le cercle, 100 Blaze poursuit son ascension avec un premier album, intitulé « Depuis Minot ». À 19 ans, le gamin des Lilas revient sur son enfance marseillaise, sa montée en flèche et ses ambitions, qui vont bien au delà du rap, et pour lesquelles il ne se fixe aucune limite.

VRF : 100 Blaze, là tu viens de sortir ton premier album. Dedans, il y a dix huit titres, c’est assez important pour un premier projet. Pourquoi cette volonté de ta part de sortir 18 titres ?

100 Blaze : Si j’avais pu, j’en aurais mis 400.000 dedans mais c’est pas aussi simple. En fait, cet album, on l’a pas travaillé en se disant « ok, à partir d’aujourd’hui on fait un CD ». On s’est dit « on a beaucoup trop de morceaux faut qu’on sorte un CD ». Certains diront que ce n’est pas la meilleure technique. Mais moi je pense que ça l’a fait, parce qu’on avait trop envie d’envoyer des sons et de partager notre musique. Je voulais diffuser mon son donc j’étais trop content quand on m’a annoncé que je pouvais monter jusqu’à 18 titres.

V : Justement tu as quand même attendu quelques mois entre les premiers sons que tu as sorti et ton premier projet alors que parfois les rappeurs veulent sortir tout de suite un projet, même de cinq titres, pour concrétiser l’engouement.

100 Blaze : Avant d’être chez Dream Street Music et chez Universal, donc Def Jam, j’avais sorti deux projets. Deux mini mixtapes. Quand je dis mini, c’est pas dans le sens où il n’y avait pas beaucoup de titres, le premier était composé de huit titres et l’autre de vingt. Je dis mini parce que c’était amateur. On avait travaillé dans la chambre puis enregistré dans des studios vite fait et envoyé comme ça à droite à gauche. Mais dès cette époque j’étais trop déter. J’étais en mode « Moi, je fais de la musique, vous, écoutez ce que j’avais à dire ». J’ai vu ce que c’était que de sortir un projet quand tu es pas connu. Maintenant, on est un peu plus connu, on a travaillé, ça a pris du temps, on a rencontré les maisons de disque, les labels et tout, et maintenant, on y est.

V : Aujourd’hui grâce à YouTube justement tu peux faire du rap à 18 ans et faire le million assez rapidement. Est ce que tu t’attendais à connaître un succès aussi rapidement ?

100 Blaze : Le succès, oui. C’est un phrase de faux rappeur de dire non. Ca fait longtemps qu’on travaille ça à fond donc on se dit « à un moment ça paiera ». Mais, autant et aussi vite, j’y pensais pas. T’es jamais à l’abri de faire un flop, même après avoir fait un million de vues. Ou bien tu sors un son et on t’écoute plus.
V : Quand je vois ton taff et celui des rappeurs de ta génération, j’ai l’impression vous avez tous envie de vous professionnaliser très vite et tout de suite, vous sortez un premier projet très abouti.

100 Blaze : C’est le côté futuriste, visionnaire qu’on a nous la nouvelle génération… Parce qu’on arrive à toute berzingue et on a des objectifs précis en tête. Je parle pour Koba, je parle pour RK, moi et plein d’autres. On sait très bien ou on veut aller.

V : Justement quand tu vois des mecs comme de ta génération comme RK, qui sont dans le game et qui sortent tout de suite des projets vraiment lourd, ça te booste ?

100 Blaze : Ca me booste encore plus quand je sais que c’est des gens que j’écoutais quand ils n’avaient aucune notoriété. C’est des mecs que je suivais quand ils avaient 15 000 vues et tu vois que les gars enchaînent, continuent de sortir des freestyles alors que les vues augmentent pas forcément. Là tu te dis « le gars il est trop déterminé, venez on écoute ce qu’il a à dire ». C’est vraiment ça qui nous caractérise.

V : Ton album, tu l’as appelé « Depuis Minot ». Pourquoi ?

100 Blaze : Le truc que je voulais faire depuis minot, c’était ce CD. Après, j’ai un milliard de trucs dans la tête, aussi bien dans la musique que dans d’autres domaines. Depuis Minot, la musique, depuis minot le son, depuis minot la rue… C’est une suite logique de tout le taff qu’on a fourni.

V : Et niveau productivité, tu aimerais ressortir un projet tout de suite ?

100 Blaze :  J’aimerais bien. L’album il sort le 28, j’aimerais que le deuxième sorte le 29. Heureusement, maintenant je suis en mode structuré et professionnalisé parce que sinon j’aurais été un vrai bordel.

V : Je voulais un peu parler de ton enfance, à Marseille. Toi tu es des Lilas, tu as grandi à Felix Pyat, tu es proche de la Castellane. Le rap des quartiers nord, ça t’évoque quoi ?

100 Blaze :  C’est 90% de la culture de la cité. C’est à dire que les 10% restants, c’est du foot, de la criminalité, mais le truc principal, c’est le rap. On écoute tous, on chante tous, on veut tous essayer de percer dedans. Y’en a qui sont lucides qui se disent « Moi j’suis mort, moi j’suis fort » mais en général, c’est toujours un rêve. J’suis content d’être le représentant, le haut parleur, le Leonidas de la bande. Mais au début, les gens se moquent de toi.

V : À Felix Pyat, tu as dû te cacher au moment où tu commençais la musique ?

100 Blaze :  Pas forcément à Felix Pyat, c’était plus au Lilas. Les gens étaient réticents quand je leur disais que je voulais faire du son. Y’avait les grands qui rappaient, comme Guirri Mafia, gros big up à eux, et moi j’étais en mode, « ils sont chauds sa mère, mais moi je vais être plus forts qu’eux ». Parce que j’écoute Youssoupha, Kery James et quand je vois ce qu’ils écrivent je sais qu’ils écoutent pas ce que j’écoute. Du coup je pouvais pas rester dans ma chambre à rien faire. C’était ça ma logique.

V : On voit que parmi les rappeurs des quartiers nords tu as une culture un peu différente, un peu plus ouverte.

100 Blaze :  Et ca dérange beaucoup de gens. Demain t’es un Booba, un qui tu veux, on va quand même trouver des trucs à redire sur ce que tu écoutes. Au Lilas, quand je suis arrivé, y’en a qui se disaient « mais il est sérieux ». Y’en a qui t’ignorent, même qui te dénigrent. Je me disais, « mais allez y moquez vous, on en reparlera ». Si j’avais pas mis ça dans ma tête, ça n’aurait jamais marché et là ça m’a motivé encore plus.

V : Une influence dont tu parles beaucoup c’est la Psy4. Un mec comme Alonzo, Comorien des quartiers nords, comme toi, qu’est-ce qu’il représente à tes yeux  ?

100 Blaze :  La Psy4, c’est les premiers sons de rap que j’ai écouté dans ma vie. L’un des premiers, c’étaient Les Cités d’or, l’album Jeunesse France. 4e dimension, j’ai saigné aussi. Mais plus que sur les sonorités, c’est sur la gestuelle qu’il m’a inspiré. Quand je voyais la Psy4, je me disais « Mais c’est un truc de fou comment ils bougent sur scène ». Ils jouent avec le public, ils se placent bien, ils chantent… Et c’est pas au quartier que t’apprends ça. La prestance d’Alonzo dans ses clips aussi. Il a la prestance d’Offset, mais en France. Offset, tu peux regarder leurs clips même en enlevant la musique. Alonzo, c’est pareil. Il en impose et c’est ça qui m’a influencé.

V : Et le retrouver dans ton album, ça a dû être un kiff énorme ?

100 Blaze :  A qui le dis-tu (Rires) ? J’étais comme un petit garçon. C’est des rêves qui se réalisent. Le mec tu l’écoutes dans tes écouteurs depuis que tu es petit. Je te fais pas un dessin. Et là, premier CD, il pose avec toi… En plus il a tué ça, à l’ancienne, bien comme on l’aime.

V : Psy4 a réussi à faire des trucs qu’on leur disait de ne pas faire en cité. Ils ont appris tout seul à former leur personnalité de leur côté. Toi aussi, tu as appris tout seul dans ta chambre, ,notamment l’anglais.

100 Blaze :  Ouais, RapGenius, gros big up à RapGenius si vous lisez ça. J’étais dans ma chambre enfermé de mes treize ans à mes… Attends je te fais une petite biographie rapide. Parce qu’en fait, à huit ans j’ai commencé à écrire mais à huit ans tu veux parler de quoi ? Donc c’était des rimes nulles que je ne vais pas citer ici. À dix ans, j’ai mon premier cahier, c’était pas encore terrible mais j’avais envie de remplir ce cahier. À treize ans, premier enregistrement studio, premiers délires et quatorze, quinze ans, premier projet. Tout ça, c’est parsemé de journées et de nuits entières dans ma chambre où je suis sur Audacity avec mon ordinateur en train de remixer Young Thug, Lil Wayne et compagnie avec ma voix. C’est des sons que personne ne sait que j’ai remixés mais c’est comme ça que j’ai appris à parler anglais.

V : Il paraît même que tu corrigeais ta prof d’anglais quand t’étais au collège ?

100 Blaze : Ca c’est quelqu’un qu’a révisé (Rires). Oui c’est vrai. Le cours d’anglais, j’avais jamais mes affaires. Les autres, j’essayais d’être sérieux mais l’anglais, je m’en battais les couilles. Je savais que j’étais bon. Pas mille fois meilleur que la prof. Mais j’étais dans une classe où les gens avaient le niveau de base et là j’ai capté que j’étais peut être un peu au dessus. Et en effet quand elles écrivaient un truc au tableau ou qu’elle parlait ça m’est arrivé de la reprendre. Et elle répondait « Oh, thanks, that’s great. Vous devriez prendre exemple ». Je me sentais un peu fayot mais nike sa mère je suis fort en anglais.

V : Pour un gars de ton âge, t’es encore très attaché aux anciens, ce qui devient presque rare…

100 Blaze : J’ai beaucoup été influencé par la Sexion d’Assaut donc le rap à l’ancienne, ça me connaît bien. Le travail linguistique, les figures de style, c’est eux qui m’ont tout appris. Gros big up à eux.

V : Tu dis beaucoup que tu veux t’ouvrir à plein de choses, musicalement. Dans l’album on le perçoit un petit peu. Avec des morceaux comme « Minot » qui sonne assez différent. Est-ce que tu veux tenter d’autres trucs musicalement ?

100 Blaze :  Encore plus. Là, ce premier album, c’est juste un échantillon. Je demande « Est ce que vous aimez ? Je laisse ça là et je vais travailler sur un autre truc ». Les vrais morceaux typiquement « 100 Blaze », je les ai composé de A à Z. Personne ne met la main ni sur la prod ni sur le texte. C’est mon côté têtu, ma bulle, ma musique. Là je suis aussi dans une optique où je veux attirer un max de public donc je travaille avec plusieurs beatmakers, on échange nos idées mais musicalement, le rap c’est seulement un centième de ce qu’il y a dans ma tête.

V : Tu as annoncé tout de suite que tu voulais monter un empire. On dirait que tu kiffes tellement ce que tu fais que ta mission c’est d’être le meilleur.

100 Blaze :  Tu joues au foot, tu veux la coupe, non ? Tu fais de la boxe, c’est pour la ceinture ? C’est tout pareil. On sait que le plus fort dans la musique, et personne va dire non, c’est Michael Jackson. Mais c’est un humain comme les autres. Au début quand il disait qu’il allait tout niker, j’imagine que y’a des mecs qui ont du douter. Et après c’est devenu Michael Jackson. Moi c’est ça que je vise. Je suis déterminé à bloc. Koba, Rk et moi, on est à fond dedans et les autres devraient être aussi ambitieux.

V : Dans tes interviews, tu parles de plusieurs rêves futurs : devenir acteur, écrire un livre, réaliser des films, produire des jeunes…

100 Blaze : T’as pas mis dramaturge dans ta liste ?

V : On va en parler plus tard. Mais est ce que tu as des limites ?

100 Blaze :  En fait non. C’est ça mon problème. Même si tu me mets dans le tennis, je vais tout niker dans le tennis. Je veux essayer de rentrer dans n’importe quel domaine, dès que je vois que je suis bon, ok on fonce. C’est ce que tout le monde devrait aimer faire et je sais pas pourquoi tout le monde ne le fait pas. Parce que tu vois avant « Le Cercle », j’avais pas encore franchi le cap. Je voulais faire de la musique, j’ai arrêté les cours, j’ai dû dormir dehors, j’ai dû quitter des gens, j’ai dû faire des trucs de fou pour y arriver, et on n’y est pas encore d’ailleurs. Mais il faut savoir sacrifier certaines choses pour se donner à fond. La musique, j’ai vu que j’étais bon dedans, j’ai foncé. Pareil pour le théâtre mais j’ai dû mettre de côté pour me mettre à bloc dans le rap.

V : Tu parles du cercle. Un mec comme Sofiane, multi casquette, acteur, rappeur, homme de médias… Est ce que ça t’inspire ?

100 Blaze :  C’est fortement inspirant. À la base, Sofiane c’est un rappeur, qui est là depuis longtemps, qui est revenu et qui maintenant met de la lumière sur le rap et sur plein de gens pas connus. Dès que j’ai vu les premiers « Rentre dans le cercle », je me suis dit « il faut que je sois là-dedans ». Pas comme les gens qui disent « Ah c’est pas mal, ils chantent bien les gens, j’espère qu’il y aura Ninho dans le 2 »… Moi j’étais en mode « Ma place elle est là ».

V : Dans ces multiples casquettes, tu as celle du théâtre. Tu te mets d’ailleurs de plus en plus en scène dans tes clips. C’est quelque chose que tu veux développer ?

100 Blaze :  Ça va arriver encore plus choquant que ce que vous imaginez. Pour l’instant je suis plus en mode rap. J’ai que dix neuf piges, je veux bien profiter de ma life. Mais si à 25/26 ans, tu as acquis quelque chose, on peut plus te dire non. J’ai des frérots à présenter aussi… Ça va arriver fort et vous êtes pas prêts.

V : Tu parles beaucoup de Leonidas, il représente quoi pour toi ?

100 Blaze :  C’est le porte-parole, le représentant de son clan, de son gang, mais si tu enlèves le clan il n’y a plus de Leonidas, il y a juste un mec debout avec une lance. Je suis rien sans mon équipe et certains rappeurs ont tendance à l’oublier. Je suis rien sans mon clan, sans ma famille, sans les miens. Et ma famille, c’est les Spartiates. Mais cette image de petit jeune marseillais qui monte, elle peut se transformer en Leonidas démoniaque qui fait peur. Et c’est là qu’on veut arriver.

V : Après ce CD, qu’est ce que t’as prévu pour la suite ?

100 Blaze :  Ce CD, on va le défendre au max. Il y des concerts de prévus et puis plein de bonnes surprises qui vont arriver. De nouveaux projets mais entre temps, je vais alimenter avec des freestyles, des clips… On va travailler ça au max.

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