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Hamza : les raisons d’une éclosion tardive

À l'occasion de la sortie du projet "1994" d'Hamza, nous décryptons l'éclosion tardive du rappeur Belge

Depuis sa première Mixtape « H24 » sortie en 2015 , tous les auditeurs de rap connaissent Hamza. Ses mélodies diaboliquement efficaces, ses gimmicks faites d’onomatopées et son goût prononcé mais paradoxalement romantique pour les « bitchs » n’ont échappé à personne. L’influence du prodige belge sur notre rap national est immense et un nombre impressionnant de rappeurs venus de tous les horizons existant dans le rap et issus de toutes les générations ont avoué écouter la musique de « Sauce God ». Après avoir dit ça une problématique vient à l’esprit : Pourquoi Hamza n’est pas encore une immense star du rap francophone ? Décryptage…

Hamza, fils spirituel d’Oscar Wilde

Hamza signifie lion en arabe, voilà qui met les choses en perspective. À l’instar du lion, « Sauce God » aspire à devenir le roi de la jungle. Cette jungle impitoyable plus connu par les auditeurs de rap sous le nom de « Rap Game ». « La meilleure façon de résister à la tentation c’est d’y céder », tout le monde connait cette maxime d’Oscar Wilde, rendu célèbre par une émission télévisée que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre. Dorian Gray l’un des personnages charismatiques de l’auteur britannique est un épicurien aimant les plaisirs de la vie comme ceux de la chair et il refuse catégoriquement de vieillir car la vieillesse est synonyme de mort. Hamza est comme ce personnage mythique, un épicurien éternellement jeune. Le titre de son dernier album surnommé « 1994 » n’est sûrement pas un hasard, l’artiste belge veut nous dire subtilement qu’il restera jeune éternellement. Dorian Gray avait son portrait pour assouvir ses pulsions les plus sombres, Hamza possède sa musique pour en faire autant. Ce stakhanoviste (il a tout de même sorti 5 projets en l’espace de deux ans) utilise la musique comme une thérapie lui permettant de faire face à ses démons intérieurs. Dorian Gray a fini seul, c’est le sort auquel aura le droit Hamza, il en a pleinement conscience. Dans le sublime morceau éponyme de son dernier album il chante « C’est toujours le diable qui m’accueille, je sais que je finirai seul » on ne peut pas être plus explicite. Cette solitude qu’on ressent dans sa musique est presque indispensable à l’artiste mais également préjudiciable sur le long terme. Malgré de nombreuses collaborations fructueuses (Damso, Joke, Alkpote et Seth Gueko pour ne citer que les plus célèbres) Hamza est pour le moment victime de son succès d’estime. Il n’arrive pas à convertir dans les bacs son immense talent, avec des chiffres de ventes qui sont pour le moment très éloignés des attentes d’un artiste aussi brillant.

 

Alors que manque-t-il au petit prince belge pour devenir une légende comme « Godzilla » ?

La Belgique…

 

Le premier réflexe serait de pointer du doigt sur le fait qu’Hamza n’est pas Français mais Belge ! Néanmoins Damso (certes choyé et coopté par notre B2O national) a démontré qu’un artiste belge pouvait malgré tout devenir un poids lourd du game hexagonal. La nationalité d’Hamza n’est pas un handicap , plus aujourd’hui en tout cas. Le belge est un artiste difficile à cloisonner au fond d’une cellule capitonnée et c’est bien là son premier réel problème vis-à-vis des auditeurs !

 

Les USA…

Entre le chant et le kickage , le rap et le rnb sa musique est difficile à définir pour un auditeur ne possédant plus le temps d’écouter la musique. Le second reproche fait à Hamza lors de son procès, par ce jury impitoyable qu’est le public, c’est son rapport si singulier avec le rap outre-Atlantique. On lui reproche d’être une pâle copie francophone des Travis Scott , Young Thug , Lil Uzi Vert et autres Playboi Carti. Cet argument est ancestral, il existe depuis que la «  Black Music «  s’est exportée en Europe. Tout artiste francophone s’inspirant de la musique américaine a eu droit à ces remarques , d’Eddy Mitchell à Booba ! Néanmoins Hamza a sa propre identité artistique , sa mélancolie face au monde qui l’entoure est bien la sienne, ses envies de succès également lui appartiennent.

Son image…

Il y a aussi l’aspect visuel qui n’est pas à négliger ni pour Hamza, ni pour n’importe quel artiste! Son image ou plutôt sa taille est moquée sur les réseaux et peut sembler en décalage avec cette volonté chez l’artiste d’apparaître comme un séducteur, briseur de coeurs. Son manque d’activité sur les réseaux sociaux peut également être l’une des causes de son manque d’attractivité chez nos auditeurs qui ont besoin de se sentir en parfaite symbiose avec leur artiste favori , Jul la nemesis de l’artiste belge en est un parfait exemple.

 

Trop en avance…

Alors, trop en avance « Sauce God «  ? C’est la question que certains aficionados de sa musique se pose. Il est difficile d’y répondre , tant la musique et le rap en particulier évolue rapidement. À l’heure où les femmes sont réduites à la fonction d’objet de désir et en pleine affaire « Weinstein« . Hamza chante et rap son amour pour les groupies , les « bitchs » prêtent à se donner coeurs et âmes pour le satisfaire. Cette romance est en adéquation avec notre époque hédoniste et concupiscente , Hamza né en 1994 est en phase avec sa génération , son couronnement est proche voire inéluctable. Avec son premier album  » 1994 «  tout juste dans les bacs Hamza espère rentrer dans la cour des grands et définitivement conquérir le coeur des auditeurs. Car comme il le chante dans le track « 1994 » morceau triste et romantique à la fois il a juste besoin d’amour. Soyons humain donnons lui de l’amour.

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