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Écoute ça : YL – Loin

Retour cette semaine sur un morceau du rappeur marseillais YL

Yamine L’artyste, initialement connu sous le pseudonyme d’YL, est le nouvel emblème du rap marseillais au sein de la « maison mère » BylkaProd. Durant cette récente année 2017, YL a été l’une des révélations qui m’a le plus marquée dans le paysage du rap français. Je l’ai d’abord découvert dans la B.O de Chouf avec Traffiquanté, pour ensuite le retrouver dans l’incroyable Dis-moi où tu pécho (6e épisode #JeSuisPasséChezSo) aux côtés de Fianso et Timal, puis il y a eu la collaboration avec Le Rat Luciano et Kamikaz dans #MarseilleAllStars épisode 3 ou encore sur de multiples morceaux en featuring avec Naps, et bien sûr parmi le mythique Cercle regroupant Fianso, Hornet La Frappe et GLK. D’autres morceaux tels que Libérez Messin, Sarrazin ou 4 Tours ont pas mal tournés dans ma playlist, tout comme le titre Loin sorti en mai 2017 et produit par le remarquable Double X, que j’ai énormément saigné lors de mes nombreuses tentatives de révision pour mes épreuves anticipées du bac.

 

Toujours avec tant de vivacité, YL débute son premier couplet : « J’veux pas être le Calife à la place du Calife » ; en contradiction totale avec l’habituelle expression « Je veux être le calife à la place du calife » qui est à l’origine le titre du treizième album de la série de BD Iznogoud dans lequel le protagoniste, Iznogoug le grand vizir de Bagdad est l’anti-héros typique c’est-à-dire bourré de défauts et de mauvaises intentions qui le motivent orgueilleusement à vouloir détrôner le calife Haroun El Poussah pour devenir le successeur de Mahomet à sa place. Ridicule, égoïste, ingrat ou râleur, c’est littéralement tout ce que ne veut pas être le rappeur. « J’appartiens à Dieu, à la base j’suis pas libre » : je pense ici que sa phrase illustre les versets 162 et 163 de la Sourate 6 du Coran « Dis : “En vérité, ma Salat, mes actes de dévotion, ma vie et ma mort appartiennent à Dieu, Seigneur de l’Univers. A Lui nul associé ! Et voilà ce qu’il m’a été ordonné, et je suis le premier à me soumettre. »». A peine de 20 ans et YL semble être un vrai charbonneur, au mental de fer et très déterminé comme il l’explique « cinq ans qu’je médite, cinq ans qu’je maigris, cinq ans qu’je m’épuise, cinquante mille mégots » : cette anaphore prouve clairement sa motivation.

 

 

Le refrain est clairement un missile à tout les gens qui n’ont pas cru en lui et qui ont sous-estimé ses projets, bien sûr tout cela en vain puisqu’aux yeux d’YL « ils sont loin, loin, loin, loin ». Il a l’air d’avoir prit énormément de recul face aux critiques (ni constructives ni bienveillantes) étant donné qu’ils sont « loin de savoir ce que je prépare, loin de savoir ce que je ne sais pas, loin de savoir ce qui nous sépare »

 

Deuxième couplet, toujours très vif et assaillant : « C’est chacun sa tombe, chacun sa poche, chacun sa mort, chacun son heure, chacun son arme, moi je l’ai confectionné » ; énumération de  »chacun » qui laisse à penser, autant sur notre conception de la vie que de la mort, dans 64 mesures de spleen Jazzy Bazz lui dira, assez en accord avec YL, « j’évite de m’attacher car on va tous mourir seul ». Avec un petit peu d’égotrip, le marseillais ajoute : « J’ai la prétention de vivre à Babylone » ; célèbre cité antique de Mésopotamie qui signifie « porte des Dieux ». « Sarasiné dans mes actes et mes paroles » : le mot  »sarasiné » est très équivoque, beaucoup de sens diffères ; tout d’abord il désigne une population musulmane d’Afrique, d’Espagne ou d’Orient durant le Moyen Age mais actuellement ça se traduit par le travail au noir illégal et en dessous des tarifs syndicaux. Français d’origine algérienne (tahia djazair c’est important de le rappeler), YL ajoute qu’il a « la langue de Molière que je manie comme je manie la langue de mes parents » ; comme beaucoup de générations d’enfants d’immigrés, il maîtrise aussi bien le dialecte algérien que la langue française. « Même si j’ai plus la même poche, j’prends la même relève, posté dans le même tiek » ; nouvelle énumération de  »même », autrement dit même si le porte feuille se remplit, bien au contraire il n’oublie pas les siens et d’où il vient, il ne se laissera pas submergé par tout les penchants du succès.

 

 

 

Signé chez Def Jam depuis mai 2017, le rappeur issu du quartier d’Air Bel s’assure une destinée florissante puisque son premier album « Confidence » sort ce 23 février prochain. Cette précédente année laisse présager une probable fulgurante ascension en 2018 pour le Sarrazin moderne de la cité phocéenne.

 

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