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Écoute ça : Sopico – Mojo

Retour sur le morceau éponyme du précédent projet du rappeur parisien

De son vrai nom Sofiane, il est surnommé Sopico par ses amis qui l’avaient déjà baptisé « So », pour ensuite rajouter « pico » désignant « le plus petit » en italien. Issu du « Paris 10 plus 7 plus 1 » comme il le dit si bien dans Ciel Bleu, le parisien de Marx Dormoy est l’une des pépites de la 75ème session. Également membre du DojoKlan, il est entouré d’une belle bande d’artistes très soudés et pleins d’ambitions tels qu’1spire, Vesti, Limsa, Hash24, Ormaz, Sheldon ou encore Népal. Par ailleurs, je trouve que le morceau Mojo, tiré du projet du même nom qui est sorti en juin 2016, reflète réellement le mood commun de ce regroupement de rappeurs puisqu’à l’origine le terme  »mojo » définit un pouvoir magique. En effet, c’est une puissante essence qui se retrouve dans leurs projets respectifs, dans la façon qu’ils ont de se donner de la cefor, dans leurs clips ou bien sur scène quand ils sont réunis ; une sorte d’aura qui les pousse de l’avant, ils avancent déterminés en meute et personne ne reste sur le banc de touche, c’est leur force. Quand j’affronte la ligne 2, debout appuyée contre les portes de la rame, Mojo c’est l’un des sons que j’ai forcément dans les oreilles pour rejoindre mes shrab à Barbès ou à La Chapelle.

 

 

La première phrase du premier couplet est instantanément interpellante : « Eh, j’suis le fils de mon père, j’ai ses yeux et son courage » ; son père lui a transmit des principes et des valeurs, ses yeux pour mieux interpréter les signes et le courage pour faire face aux difficultés de la vie. S’en suit un jeu de mot avec la phrase précédente : « Et pour ça je vise le long terme »; ses yeux et son courage lui permettrons d’atteindre ses objectifs et donc de se faufiler parmi le paysage du peura pour longtemps. « Couz’ à Clairefontaine, fier de son parcours » : Sopico ne manque pas de féliciter les siens qui travaillent eux aussi pour s’en sortir, toujours en illustrant cet esprit très QLF, il ajoute « la famille dans l’sang, le sang pour la famille », mot d’ordre qui semble ultra central dans sa vie. « Nous on va taper fort, sans les chakras t’es trop light » : principalement démocratisé par le manga Naruto, le Chakra symbolise spirituellement les sept points vitaux liant l’âme et le corps contredisant ainsi le dualisme cartésien qui prône un corps-machine et une âme immatérielle. Le fief du rap underground parisien fréquenté par Sofiane et ses amis c’est les studios de la 75ème sess : « C‘est qui les plus techniques ? Viens au Dojo, mec » ; un dojo est un lieu dans lequel les senpaï (élèves) pratique les arts martiaux, dans leur dojo eux ils travaillent leur prose et saignent leur mic.

 

La première phrase du deuxième couplet, assez similaire au premier couplet : « J’suis le fils de ma mère, j’ai ses dents et son sourire » ; sa mère, elle, lui a transmit l’envie de vivre et le bonheur de savourer la vie. C’est pourquoi il « espère que l’avenir sera mleh », entre son album récemment sorti (Yë, le 26 janvier 2018) et sa tournée qui bat son plein actuellement, la suite de son aventure ne peut qu’être bonne. « Bénis soient l’rap et le prix de la tape » : de nos jours faire du rap coûte beaucoup moins cher que dans les années 80 ou 90, c’est plus accessible pour ceux qui n’ont pas forcément les moyens. Selon Sopico c’est « pour mes 10 canailles et mes petits, que la paye tombe » ; l’esprit QLF ça bouge pas. En bouclant le couplet sur une petite morale : «L’bonheur s’trouve pas dans le crime, la pègre » ; le rappeur montre qu’il a préféré s’épanouir dans un taff propre malgré les galères que plonger dans les délits, dans un monde de voleur où faire de l’argent semble plus simple.

 

Son refrain sonne comme une revanche sur le temps et sur les critiques : « J’vois qu’les rapaces s’éternisent, ils veulent qu’les visages se baissent, des années qu’on roule mais on n’a pas passé l’permis, nan » ; Sopico et ses acolytes rôdent dans le peura depuis bien longtemps sans pourtant recevoir la reconnaissance qu’ils méritent, sans rien abandonner le « mojo [reste] solide, [et la] famille aussi ». 

 

Notre chronique de YË est à lire ici.

Chahinaz@vrairapfrancais.fr

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