Home / Actualités  / Écoute ça : Sadek – Liberta

Écoute ça : Sadek – Liberta

Retour cette semaine sur un morceau issu de la mixtape Johnny Niuuum ne meurt jamais

Ce morceau nous offre un rap old school très réussi et joliment accompagné d’une guitare sèche. Il m’a agréablement surpris par son étonnante distinction des autres titres aux tonalités plus violentes de Johnny Niuum ne meurt jamais, premier album du rappeur issu de Neuilly-Plaisance. Sans mâcher ses mots, Sadek vise explicitement et intelligemment l’état français tout en dénonçant la situation des banlieues qui a peu évolué malgré le temps passé.

 

 

Le premier couplet débute sur une thématique bien précise : « Ils veulent qu’on arrête de se plaindre mais les problèmes restent les mêmes » ; les conditions des quartiers où l’État ne propose aucune solution formelle. Par la même occasion, Sadek va détruire une opinion commune qui reste bien présent dans la conscience collective en France : « Les vraies têtes de réseaux ne sont pas aux pieds des HLM » ; ce n’est sûrement pas les jeunes de cité qui ont fait entrer les drogues ou les armes dans nos banlieues pour ensuite gérer ces trafics, les réels responsables ne vivent pas dans nos cités dortoirs. « Manié d’une main d’acier, dans un gant de soie » ; ici le rappeur détourne volontairement l’expression « une main de fer dans un gant de velour » mais le sens reste même, derrière un semblant de douceur et de bienveillance il se cache en réalité une dure autorité du gouvernement qui ne manque pas de ne jamais affronté les réels problèmes.

 

 

Ce qui n’a pas besoin d’être résout l’est tandis ce qui doit l’être ne l’est pas, ce que Sadek souligne bien par cette métaphore : « Chez nous ils mettent des pansements sur des jambes de bois ». Et en plus de cela « chez nous ils prennent des voix, et nous rendent sourds et muets » ; c’est-à-dire que les élus censé nous représenter nous empêchent d’être entendu tout en nous enfermant dans notre précarité comme le dit ensuite Dek-sa : « Bloqués dans nos ruelles, où la chance ne passe pas, on voit jamais le bout du tunnel, on recule à chaque pas ».

 

 

Le deuxième et troisième couplets abordent des sujets plutôt épineux et peu évoqués au sein de nos quartiers. Notamment celui de l’alcool que beaucoup consomment en pensant pouvoir apaiser leurs douleurs seulement : « Tu veux oublier grâce à la tise, mais quand tu désoûles, tous tes problèmes sont là ». La mémoire des morts, qui semble être éphémères pour Sadek lorsque chacun à fait son deuil : « Sur ta tombe, combien vont se baisser ? Au début ils déposeront pleins de roses, ensuite, ils passeront à autre chose ». La question de la légalisation du cannabis qui d’après le rappeur serait finalement une mauvaise chose puisque : « légaliser, c’est s’asseoir sur une grosse part de bénéfice » ; qui serait donc reversé à l’État. Les « saisies obscures » dont « le procureur salive » et qui font tomber de nombreux jeunes en prison, c’est un cercle vicieux : « Tu seras toujours perdant quoi qu’il arrive ». C’est avec un petit souffle d’espoir que le rappeur et récemment acteur fini le dernier couplet :

 

« J’aimerais m’envoler, être une libellule, en forme de clef, je viendrais ouvrir ta cellule ».

 

Là où « la chance n’existe que chez les autres, seul le travail paye chez les nôtres » comme l’explique Jok’air dans sa magnifique Mélodie des quartiers pauvres, le refrain de Liberta complète bien cette idée avec la phrase : « Chacun se bat pour obtenir sa liberta ». Puis dans l’unique pont du titre, le rappeur surnommé Johnny Niuuum avoue que la douleur est l’essence de ses textes : « Plus j’ai mal, plus j’écris ». C’est dans cette optique que ce morceau illustre assez bien la citation du célèbre dramaturge grec Eschyle : « Il est bon d’apprendre à être sage à l’école de la douleur ».

Chahinaz@vrairapfrancais.fr

Review overview