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Écoute ça : Ninho – Malcolm

Retour sur un morceau de la mixtape MILS

Ninho je l’ai d’abord découvert contre mon gré : la tête de lard qui me sert de frère et son abruti de meilleur ami lâchaient à tout-va des « si tu m’dis qu’c’est lourd, j’te dirai thanks » ; je ne m’étais pas vraiment attardé sur le rappeur. Puis c’est au cours de mon année de seconde, suite au freestyle Générations en featuring avec Sirsy, qu’un shrab dans ma classe écoutait en boucle en me disant « écoute comment c’est lourd c’est  »mon cousin » N.I ma gueule » que j’ai commencé à m’y intéresser furtivement. Ensuite lorsque Binks to Binks part.1 est sorti j’ai immédiatement accroché et c’est fin-octobre 2016 que son premier album M.I.L.S (acronyme de Maintenant Ils Le Savent) s’est fait une petite place au sein de ma playlist, dont le titre Malcolm parmi mes favoris.

 

Le titre du morceau fait référence à Malcolm X, activiste et orateur afro-américain en faveur des droits civiques, c’est pourquoi dès le premier couplet Ninho mentionne cette grande figure : « Je vais peut-être mourir comme Malcolm » ; ce dernier est assassiné lors d’un discours public par des militants de The Nation of Islam (organisation religieuse dans laquelle il était militant et qu’il avait quitté pour fonder son propre mouvement politique). Malcolm X est une personnalité qui a marquée les esprits, ses convictions et ses combats ne cessent d’inspirer encore de nos jours les plus déterminés, peut-être que pour certains Ninho lui aussi est une source d’inspiration et un modèle de réussite dans le paysage du rap français, pourtant il laisse penser que ça pourrait lui causer sa perte. « Je n’oublie pas mais je pardonne, méfiant, mafieux comme Al Capone » même si il est indulgent, il retient tout et reste sur ses gardes à la manière d’un gangster américain, similairement dans Billets Verts Booba disait que  »la mafia n’oublie pas, mais elle te pardonne ». Ninho est « dans la street pour des euros » et puisqu’« on est pas des chanceux » comme l’explique également Jok’Air dans la mélodie des quartiers pauvres  »la chance n’existe que chez les autres, seul le travail paye chez les nôtres » c’est-à-dire que c’est uniquement à force de travail et d’une forte volonté de réussite que « l’avenir appartient aux plus désireux ».


Dans le refrain, N.I réprime explicitement les rumeurs et tous les défauts que ça implique. Il est « pas trop là » et « les laisse entre eux » parce qu’« ils parlent de moi quand t’es avec eux, quand je suis avec eux, ils parlent de toi les envieux » autrement dit la jalousie engendre des retournements de veste et les fusils changent d’épaules constamment. «Beaucoup de « on m’a dit », beaucoup d’à-ce qui paraît » : l’anaphore  »beaucoup » montre clairement que ça parle beaucoup ça pisse pas loin (comme dirait mon père) étant donné qu’il y a « très peu de tentatives mais beaucoup de simagrées » ; dans l’objectif d’attirer l’attention, les gens font énormément de bruit bêtement.


 

 

Le deuxième couplet aborde une problématique plutôt récurrente dans le peura : « Quand j’avais pas ce métier, dis moi où vous étiez ? » ; lorsque le succès pointe son nez tout ceux qui n’avaient pas cru en lui débarquent d’emblée. Et tiens, tiens, tiens, tiens, tiens, « retiens c’est que quand t’es bien ils te boufferont les pieds » ; les plus daleux sont maintenant prêt à tout pour profiter de sa réussite. Comme l’illustre le proverbe japonais  »grands mots, pauvres actes », il y a « beaucoup de paroles très peu d’actes ». « La rue me rend autodidacte » : malgré toutes les galères possibles, il s’est instruit et forgé seul, elle n’a pas été un maître mais une contrainte pour mieux s’assagir et s’inculquer soi-même ses propres valeurs. N.I dénonce même le racisme persistant en France : « Au pays du bleu blanc rouge j’arrive en noir c’est un handicap » ; dans Les damnés de la Terre le brillant penseur Frantz Fanon soutenait que pour le colonisé  »dès sa naissance, il est clair pour lui que ce monde rétréci, semé d’interdictions », sentiment que semble partager le rappeur d’origine congolaise. Toutefois « j’ai promis à l’équipe que j’abandonnerai ap’, que je reviendrai avec des cadeaux dans la hotte » et comme il le dit si bien dans Binks to Binks part.2  »je suis venu récupérer mon dû ».

 

Ils étaient pas au courant mais maintenant que tout le monde sait, tout se passe comme prévu pour William Nzobazola, de son vrai nom. Sans trop d’étonnement, son premier album est certifié disque de platine, Comme Prévu m’a pas mal accompagné pour commencer mon année de terminale, c’est certainement l’un des albums que j’ai le plus écouté fin-2017. Depuis le rappeur enchaîne les collaborations (Fianso, Hornet La Frappe, YL ou encore MHD), de quoi nous faire patienter en attendant M.I.LS 2.0.

Chahinaz@vrairapfrancais.fr

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