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Écoute ça : Médine – Gaza Soccer Beach

Cette semaine, retour sur le morceau "Gaza Soccer Beach " de Médine

C’est dans un morceau très profond et touchant que Médine rend humblement hommage à quatre enfants palestiniens qui ont été tués le 16 juillet 2014 par des missiles israéliens lorsqu’ils jouaient au foot sur une plage de la bande de Gaza. Issu de son album Démineur, ce titre bercé d’une douce mélodie acoustique est un véritable hymne au peuple palestinien. Le Havrais, par l’intermédiaire d’une comparaison entre la guerre et le foot ne manque pas de dénoncer l’hypocrisie dont les gouvernements, les institutions internationales et les médias font preuve durant ce conflit. Tout comme Kery James dans le morceau Avec le cœur et la raison, c’est avec énormément de diplomatie et de prudence que Médine se fait messager de cet interminable conflit qui ronge le territoire palestinien depuis 1948.

 

 

Médine ne perd pas de temps, dès la première phrase il entre dans vif du sujet : « Un vieux ballon sur une jeune poitrine, amorti du plastron dans le camp des apatrides » ; en faisant un lien entre les tirs israéliens que les palestiniens tentent quotidiennement d’éviter, il dénonce le fait que les enfants soient victimes d’un conflit dont ils ne devraient pas être mêles. Il présente ensuite les trois frères et leur cousin (Muhammad, Ismail, Zakariya et Ahmed Bakr) étant les défenseurs tandis qu’Israël est attaquant. Il ajoute même : « Qui ne savent plus si ils jouent à domicile ou à l’extérieur » ; Médine critique ici la progression de l’invasion de l’armée israélienne qui touche la Palestine depuis 70 ans.

 

 

crédit photo : Paris Match

 

Dans le deuxième couplet Médine continu le récit dont il semble être le narrateur tel un des joueurs de ce match dans lequel Israël serait le « dernier vainqueur de la coupe d’immonde », jeux de mots qu’il utilise pour critiquer l’attention que les médias et les gens ont pour les compétitions de foot tout en fermant les yeux sur les attaques honteuses qui ont lieux au Moyen-Orient. Illustré par la phrase « on leur tient tête avec nos joueurs de 3ème division », Médine n’oublie pas d’évoquer les faibles moyens financiers dont disposent les palestiniens contrairement à Israël qui est l’une des plus grosses puissances militaires. Le récit est ensuite bousculé : « Un premier tir non cadré fait valser la défense, doublé d’une frappe aérienne qui leur fauchera les jambes » ensuite « c’est la torpeur chez les supporters » ; les supporteurs représentent le peuple palestinien qui est paniqué suite aux bombardements, tout comme les joueurs qui tentent de s’enfuir mais « nos quatre Neymar nous quittent sur le brancard, sur le visage un drapeau jaune et noir aux couleurs du Fatah », signifiant qu’ils sont morts enveloppé dans le drapeau de l’organisation politique et militaire palestinienne, (qui se traduit par « conquête ») en tant que martyres.

 

 

C’est dans le dernier couplet que Médine va droit au cœur du problème, il attaque et dénonce les causes de ce conflit : « Stop au sionisme » ; contrairement à ce que antisémites et sionistes voudraient faire croire tous les juifs ne sont pas sionistes, c’est également comme Médine, qu’ils s’opposent à cette idéologie nationaliste prônant l’existence d’un état juif en Palestine par ce slogan « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». « Stop à l’oligarchie » ; c’est une forme de pouvoir exercé par un certain groupe qui forme une classe sociale empêchant à d’autres mouvements juifs opposés à leur idéologie de participer au fonctionnement du gouvernement. « Stop les colonies » ; étant donné que depuis 1948 l’état d’Israël procède à une colonisation illégitime dans l’optique d’agrandir le territoire israélien. « Stop aux tirs de missiles de la Bordure Protectrice » ; tout comme le collectif israélien Anarchists Against The Wall, Médine se positionne contre ce « mur de la honte » qui n’est que le noyau de cette politique d’apartheid contre les palestiniens.

 

Dans le refrain, telle une ode Médine chantonne « Ô Gaza Soccer Beach, Gaza Soccer Beach » et c’est avec éloquence que dans le dernier refrain il remplace toutes les métaphores footballistiques par de réalistes mots : « le dernier club de football au bord de la corniche » par « la dernière plage de martyrs au bord de la corniche » suivit d’« entre port de pêcheurs et hôtellerie de riche » par « entre pays pauvre et problèmes de pays riche », puis d’« où les tirs se poursuivent même quand l’arbitre siffle » par « où les tirs se poursuivent même quand l’ONU siffle » et enfin « on joue la coupe du monde sous l’œil des journalistes » par « on joue la coupe d’immonde sous l’œil des journalistes ».

 

« J’crois pas qu’on fera le match retour, à moins qu’au Paradis il y ait des stades de foot »

 

Ce titre délivre un message sincère qui cherche à nous faire réaliser que ça fait beaucoup trop longtemps qu’on assiste à l’horreur de ce conflit comme si nous étions au cinéma à partager nos pop corn, fournit par le laisser-aller de l’ONU, avec les journalistes ou dirigeants arabes et européens. Même au risque de créer des polémiques Médine continuera de montrer son soutient au peuple palestinien, comme le dit Nekfeu dans le morceau Besoin de sens : « Je prends le risque que les médias me calomnient, j’peux pas me taire face aux injustices que l’on nie en Palestine, il faut stopper les colonies ».

Chahinaz@vrairapfrancais.fr

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