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Écoute ça : Kekra – UZI

Retour cette semaine sur un morceau issu de Vréel 2 version Deluxe

Tiré de la réédition de Vréel 2, Uzi est un des cinq morceaux bonus présents dans Vréel 2 Luxe sorti le 28 avril 2017. Ce titre est accompagné d’un clip merveilleusement bien réalisé, rien d’étonnant chez Kekra, par THOMAS à Courbevoie dans la ville d’origine du rappeur. Étant également issue des Hauts-de-Seine, j’ai beaucoup de sympathie pour ce clip qui met en avant toute l’architecture urbaine des quartiers environnant l’Esplanade de La Défense. Double X à la prod nous offre des sonorités qui coïncident vocodeur et chant, une fois de plus Kekra prouve son habilité à poser sur une très bonne instru comme il le souligne dans ses lyrics : « L’instru est douce mais le flow fout la frousse ». Fusionnant égotrip et références très pointues, le rappeur masqué utilise ce morceau éponyme telle une arme pour présenter un univers authentique qui se veut avant-gardiste.

 

 

Le morceau débute avec le refrain. « Vécu nous sert de carapace comme celle de Koopa » : par l’utilisation de la première personne du pluriel « nous » Kekra parle en son nom mais aussi en celui de ses sincères (cf. Intermission) puisque c’est leurs joies, leurs peines et leurs galères communes qui ont forgés leur vécu donnant forme à cette carapace qui les protègent des ennemis tout comme celle des Koppa qui sont les maudites tortues qui nous faisaient perdre nos parties lorsqu’on les touchaient dans les multiples jeux Mario. Ensuite il affirme : « J‘ai rehaussé le game malgré les chiennes, les coups bas » ; autrement dit, c’est grâce son identité visuelle et ses conceptions visionnaires qu’il va embellir le paysage du rap français comme il se doit, en dépit tout ce qui pourrait empêcher son ascension. « Je n’tise même pas mais c’game de merde me saoule » : petit jeux sur l’équivocité du mot saouler pour dire que même s’il ne boit pas il n’est pas saoulé par l’alcool mais bien par le game.

 

Premier couplet qui pose les bases : « Circulant dans l’four, circulant dans l’zoo, dans un BM écoutant La Bohème d’Aznavour » ; Kekra a vendu dans sa banlieue, mais contrairement à toutes les idées reçues des fachos, un gars comme lui a aussi une culture commune dite nationale, à travers son histoire personnelle lui aussi peut se reconnaître dans les paroles de Charles Aznavour qui chante la nostalgie du passé précaire d’un peintre. « Bloc détail de coca sur mon Anapurna » : ici il compare son quartier au massif de montagnes de l’Himalaya au Népal sur lequel son trafic à lieu. Il ne manque pas de se moquer de la  »concurrence » : « Ils ont peur de boire la tasse mais font les Barracuda » ; célèbre personnage plutôt musclé de L’agence tous risque, malin jeux de mots puisque le barracuda est aussi un poisson. Il rappelle qu’il est « là pour faire des sous gars comme Linda de Suza », chanteuse portugaise des années 70 qui a migré en France dans l’objectif d’obtenir une meilleure vie, financièrement parlant. « Micro-onde et quette-pla font des merveilles » : et oui, mettez une plaquette de shit dans le micro-onde et sa gonfle, la quantité à vendre est donc plus grande pour plus de bénéfices. C’est avec une touche de dérision que Kekra met en lumière un petit stéréotype bien connu dans les douches des prisons pour expliquer sa présence au sein du rap game .

« Le rap ramassera le von-sa, j’vais lui mettre, khey »

Dans le deuxième pont du morceau Kekra ne se cache pas de l’importance de ses proches à ses yeux : « Bitch je ne cherche pas de punani et si jamais j’dépense c’est pour la mif’, j’dépense mes habetes que pour la mif’, j’investis mon temps que pour la mif’ » ; il utilise le mot hawaïen  »punami » signifiant rapport sexuel pour illustrer ses propos, notamment comme l’esprit QLF, son intention n’est pas de faire de l’argent avec le peura pour plaire aux femmes mais uniquement pour subvenir aux besoins de son entourage.

 

Dans le second couplet le rappeur mentionne qu’il a « perdu des guerres, perdu des combats, mais je n’ai jamais fui devant la ston-ba » ; c’est-à-dire que même si parfois il a échoué au moins il a entreprit pour mieux se relever et malgré chacune de ses chutes ses valeurs l’ont endurcit pour mieux affronter. « J’ai refusé des équerres et des compas » : laissant sous-entendre qu’il a arrêté tôt les cours pour la bicrave ce qui lui a réussit étant donné que « Ce soir pas d’Balenciaga, j’suis sous Yohji Yama » ; ce dernier est le styliste japonais qui est à l’origine de la célèbre Y-3 Adidas. S’en suit une pluie de références qui dévoile son attachement à culture nippone : « Karaté Chop » technique de combat dans Pokémon ; « Benihana » chaîne de restauration japonaise ; « boxe thaï, Noritaka » manga des années 90 qui trace les péripéties d’un lycéen apprenant le muay thaï ; « DBZ, Toriyama » clin d’oeil au mythique manga dans lequel son propre mangaka, Akira Toriyama, fait une brève apparition en portant un masque tout comme Kekra

 

 

Grand mystère dans le rap français, malgré six précédents projets très réussis, Kekra semble avoir beaucoup de mal à faire connaître sa musique aux yeux du grand public. Au contraire le Courbevoisien s’avère réunir un groupe d’auditeurs élitistes qui contractent une certaine forme de promo pour le rappeur. En ce très frais début d’année 2018 je suis assez frustrer de toujours constater que peu de gens reconnaissent le talent de Kekra. Puisse 2018 être une année favorable pour son élévation.

Chahinaz@vrairapfrancais.fr

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