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Écoute ça : Jok’Air – La mélodie des quartiers pauvres

Retour cette semaine sur un morceau issu du premier projet solo de Jok'Air.

C’est seulement quelques mois après la séparation de la MZ, que Jok’Air était déjà de retour en février 2017 avec un premier projet solo, son EP Big Daddy Jok dont « La mélodie des quartiers pauvres » était le troisième extrait. Authentique et poignant, c’est un hymne à la vie de nos quartiers, Jok’Air est l’interprète d’une mélodie universelle que beaucoup vivent véritablement. Ce morceau est finement illustré par un clip en noir et blanc tourné au Chevaleret, quartier d’origine du rappeur dans le XIIIe arrondissement de Paris. Accompagné d’une chorale aux sonorités gospel c’est entre des fresques, un hall ou encore une casse que Melvin Félix (de son vrai nom) nous offre une douce balade parmi les multiples vécus d’une cité.

 

Dès le premier couplet, c’est avec beaucoup de profondeur que la virée débute, Jok’Air se livre : « À part rapper, j’sais faire peu d’choses, peut-être détailler, vendre ma dope, faire ma promo’ sur le boulevard, les voir mourir d’overdose » ; comme pour un bon nombre de jeune, quand les études ou les projets tels que le rap et le foot ne fonctionnent pas, la bicrave n’est plus une option. Nous continuons notre marche à ses côtés : « J’crache la fumée en forme de clé d’sol, qui rêve d’être un artiste » ; on peut penser que pour lui, fumer est un des facteurs du processus de création de sa musique. « J’traîne ma carcasse sur le trottoir, tard le soir, dans le noir, j’chante, je raconte mon histoire d’un enfant perdu dans le square » : sa cité semble être une sorte d’aquarium dans lequel il suivait vainement la mélodie, puis il a fini par se perdre.

 

« La voix sort du ghetto et elle résonne dans les halls » : Jok’Air ne désigne pas ici sa propre voix, mais celle qui est messagère de la mélancolie des habitants de tout les quartiers pauvres, qu’ils soient issus « des grandes villes » ou des banlieues débordantes de « cités dortoirs ». Cette mélodie éclaire un triste aspect de nos quartiers « où les pères n’assument plus leurs rôles, où les mères élèvent seules leurs mômes » ; c’est avec énormément de dignité que certaines mères éduquent leurs enfants lorsque les figurines paternels désertent. « Comme mélodie y’a pas plus noir » : ce qu’il chante n’est ni exagéré ni adouci, ce n’est que la réalité que le clip représente magnifiquement bien en outre. Le rappeur boucle le refrain en rappelant que c’est également ce qu’il vit réellement et journellement : « J’vis cette mélodie ».

 

 

Dans le deuxième couplet, Jok’Air poursuit la balade en montrant que « la chance n’existe que chez les autres » étant donné que réussir pour des gens issus de quartiers populaires est beaucoup plus difficile puisque « seul le travail paye chez les nôtres ». Même si « d’en bas il est difficile de voir la vérité qui s’cache en haut » et malgré les barrières, c’est uniquement par nos propres efforts et par la sueur de notre détermination que le travaille payera. Pourtant, il dit aussi « la mélodie des quartiers pauvres me suit quand j’monte au casse-pipe » ; autrement dit, la hess nous colle à la peau même dans les situations les plus risquées, faiblissant ainsi toutes les chances de réussite, par conséquent « pour m’en sortir j’dois faire des loves », ce n’est peut-être pas un choix rationnelle mais pour subvenir à leurs besoins ils n’ont plus le choix. « Maintenant j’veux vivre, plus survivre » : la mélodie te pousse continuellement dans une situation précaire donc l’impasse semble infranchissable, pour terminer la balade, c’est un réel message de motivation que porte le rappeur issu du XIIIe.

Chahinaz@vrairapfrancais.fr

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