Home / RAP FR  / Articles  / Écoute ça : IAM – Spartiate Spirit

Écoute ça : IAM – Spartiate Spirit

Retour cette semaine sur un morceau issu de l'album Arts Martiens

Petit détour en 2013 lors de la sortie du sixième album du mythique groupe IAM, Arts Martiens. C’est le premier album du collectif marseillais que j’ai écouté de moi-même, sans que ce soit ma mère qui danse le Mia ou bien mon père pour me rappeler que personne n’est Né sous la même étoile. Après avoir liquidé un bon plein de patiente pour pouvoir avoir l’honneur d’utiliser l’unique lecteur CD de la médiathèque de ma ville, casque sur les oreilles : Spartiate Spirit. Ce morceau, tout comme le reste de l’album qu’il introduit, te plonge d’entrée dans un univers fortement inspiré de la célèbre École du Micro d’Argent.

 

L’utilisation de deux samples tirées du péplum américain 300 : « Nous sommes des hommes libres, debout et nos fait d’armes resteront dans les mémoires, sur nous, même le temps s’effrite. Spartiate Spirit ! » et « Dans cet étroit corridor leur nombre ne comptera pas et vague après vague leur assauts se briserons ! Sur nos boucliers » ; plantent habilement le thème central du morceau, l’esprit du spartiate qui consiste à se comporter avec hardi et belliqueux en supportant toute souffrance sans plainte. Cet esprit de guerrier reflète en effet le combat qu’on dû effectuer les membres du groupe pour subsister après plus de 20 ans de carrière au sein du peura malgré ses continuelles évolutions comme le souligne le seul pont du morceau : « Toujours là ! Sur nous, même le temps s’effrite… Spartiate Spirit ! ».

 

Shurik’N ouvre son complet sur une gradation rythmique : « Fiers (1 syllabe), passionnés (3 syllabes), prêts à tout (3 syllabes), sauf plier les genoux (6 syllabes) » ; il montre qu’à la même manière des soldats spartiates, il mène avec ses acolytes une lutte pour défendre leurs valeurs et pour rester fidèle à leur propre vision du rap. Dans cette continuité, Shu illustre son groupe comme : « Six mecs anodins, vaillants Paladins, six tueurs furtifs à l’esprit vif comme Aladin » ; autrement dit, grâce à leur simplicité ils sont tels des chevaliers possédant la vivacité d’Aladin qui serait la clef de leur succès pour traverser les générations. Pourtant « Et le temps a filé, nous pris dans ses filets, ballotés entre drames persos et cris de nouveaux nés, entre furieux assauts, et repos du guerrier » : Shurik’N l’avoue, le temps a finit par les rattraper, autant péjorativement que méliorativement, ils ont connus des drames et ont fondés des familles prenant ainsi du recul par rapport à leurs anciens modes de vie mouvementés. Il fait également référence au départ de Freeman : « En plein cœur d’une bataille un jour l’un de nous s’est écroulé, qu’il en soit ainsi, rien n’est éternel » ; avec un petit tacle envers ce dernier qui aurait ouvertement critiqué les membres du groupe : « La félonie guette le détour de chaque ruelle » ; la traîtrise est partout et quand on l’attend pas. Shu finira son couplet comme il l’a commencé avec l’esprit du spartiate puisque pour lui le rap, leurs plumes et leurs textes : « C’est notre bushido » ; c’est leur voie en tant que guerrier qu’ils suivent « entre sourire et larme » pour « servir la rime ultime jusqu’à ce que la mort nous désarme ».

 

 

Akhenaton pose immédiatement les bases : « Dans ces jours les plus tragiques, on a jamais perdu la foi cédant à la panique, on préserve l’éthique, ça s’entend dans les titres » ; ils sont toujours restés égaux à leur musique sans oublier la sagesse et la lucidité de leurs propos. Tout comme Shurik’N, il rappelle que le temps passe et n’attend personne : « Il faut savoir qu’on partira tous sans laisser de traces, du moins physiquement » ; dans cette même optique Gautama Bouddha disait « Le temps est un grand maître, le malheur, c’est qu’il tue ses élèves ». Au final pour Akhenaton, face à Dieu ils seront : « égaux devant la mort » puisque « Le Vieux se fout pas mal de nos cinquante disques d’or ». C’est ensuite par une très belle personnification qu’Akhenaton illustre le vent s’exclamer et le chant souffler : « Il te dira le vent, il soufflera le chant » ; c’est également un double hypallage étant donné que le vent n’est pas adapter à la parole, vise versa pour le chant et le souffle. « Fallait pas se frotter à Benkei et Minamoto » : qui sont deux grands samouraïs japonais auxquels Akhenaton et Shurik’N se compare souvent, d’où le morceau au titre éponyme dans Arts Martiens.

 

Il y a énormément de nostalgie dans ce morceau : « C’est vrai l’histoire est belle, parce qu’on l’écrit ensemble » ou « Tu pourras dire : « Putain le rap mais qu’est-ce qu’ils l’ont aimés » ». C’est à travers l’esprit du spartiate qu’ils prennent plaisir à se souvenir de tout le chemin qu’ils ont parcouru ensemble et en dépit de toutes les tempêtes. L’unité est le mot d’ordre de ce groupe et quoi qu’il arrive, ils seront toujours là : « Tu nous trouveras toujours là, droits, au bout de ce défilé ».

Chahinaz@vrairapfrancais.fr

Review overview