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Écoute ça : Georgio x Nekfeu – Comme une balle

Retour sur la collaboration entre Nekfeu et Georgio

Retour en janvier 2014 lorsque Georgio nous invitait à voter chaque semaine pour une instru sur laquelle il poserait à l’occasion de la sortie de sa mixtape Nouveau Souffle. Ainsi le 11 février 2014, c’est sur la face B Gourmet of Funk de Panik que le parisien du XVIIIe dévoile « Comme une balle » le cinquième extrait de sa tape. Il nous offre un featuring très old school aux côtés de Nekfeu accompagné d’un simple clip au fond blanc mais très remarquable grâce la présence du célèbre lyriciste Lino. Encore assez méconnus il y a quatre ans, entre leurs flows très énergiques et leurs lyrics davantage élaborés, les deux parigots semblaient de mieux en mieux prouver leurs places parmi le paysage du rap français.

 

 

Le morceau débute d’emblée par le couplet du fennec qui percute immédiatement : « C’est pas une vie de consommer des substances pour éviter de court-circuiter, on travaille toute la semaine et le week-end on court se cuiter » ; consommer des drogues n’est pas la solution pour éviter de câbler ou de vaincre ses problèmes du quotidien, travailler la semaine pour ensuite passer son week-end totalement stone en pensant relâcher la pression chronique, ce n’est pas un mode de vie raisonnable. « Arrête de croire que t’as aucun don, hey ! En tant qu’ado ta réussite : le meilleur cadeau pour ceux qui t’aiment » : un court message à première vue anodin mais pourtant lourd de sens, dans nos sociétés occidentales où beaucoup pensent n’avoir ni talent ni soutient tout en croyant avoir sens cesse des choses à prouver, Feu contredit littéralement toutes ces conformités étant donné que pour lui la véritable réussite, semblable à celle de BigFlo & Oli dans Aujourd’hui, « c’est la fierté dans les yeux des gens que l’on aime ».

 

Par la suite, le rappeur joue avec le double sens des mots « moquette » et « parquet » illustrant donc herbe et tribunal : « Mes potes, à force de fumer la moquette, finissent au parquet ». Pendant que certains de ses shrab risquent d’aller en prison à cause des drogues douces, lui préfère rapper « à tue-tête » et il dérive alors le proverbe « aide toi et le Ciel t’attendra » puisqu’il ajoute « les yeux au ciel, faudra déjà qu’tu t’aides toi-même ». Néanmoins, Nek le fennec est également un consommateur de « végétation luxuriante » tout en étant son propre fournisseur : « j’fais pousser ma propre beuh, on est jamais mieux vi-ser que par soi-même » ; il se justifie toutefois par le réputé proverbe du dramaturge Charles-Guillaume Étienne qui est à l’origine « on n’est jamais si bien servi que par soi-même ».

 

 

Dans le deuxième couplet, Georgio rappelle qu’il ne « veux pas un trône mais un canapé-lit et un ami qui dors chez oim » ; ça montre clairement que Georges (de son vrai nom) ne kicke pas pour le succès ou le biff, on peut même dire qu’il rappe avec authenticité et sincérité comme il l’explique dans Saleté de Rap « et toi pour te plaire, qu’est-ce que tu veux qu’je fasse de plus ? Tu penses pas qu’y’a assez d’mensonges quand il s’agit de rap de rue, surtout qu’j’la connais bien, j’rappe pour ceux qui la vivent, qui cogitent, j’écris pour des adultes jusqu’à des collégien« . « Je mène ma barque avec des nœuds d’marin dans l’estomac » : jeu de mot entre « barque » et « nœuds de marin » qui illustre sa vie et « tous les matins réveillé par le stress ». « Je n’ai pas fais de grandes études, mais j’coule de source en temps de sécheresse » : ici, il y a une antithèse qui oppose la métaphore « couler de source » au « temps de sécheresse » pour montrer que quand il est en manque d’argent, il reconnaît qu’il est l’unique responsable de cette situation car il n’a pas fait les études nécessaires pour vivre sans irrégularités financières.

 

 

C’est avec beaucoup de vivacité dans le refrain que les deux parisiens affirment : « Ouais, j’suis comme une balle, tu peux pas changer ma trajectoire » ; ils sont inarrêtables et au vu de leur carrière actuelle on le peut confirmer. « L’encre déteint sur les écrits d’un quotidien gris » : autrement dit, leurs textes mettent en lumière les emmerdes journalières auxquels de nombreuses personnes peuvent être confronter. Dans cette précarité il « y’a que des timpes, que des cris, que des dingueries », mais pour eux « tu comprendras quand le malheur viendra chez toi ».

Chahinaz@vrairapfrancais.fr

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