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Écoute ça : Dosseh – 25 Décembre

Retour sur un morceau de l'album "Yuri"

Depuis plus de dix ans, Dosseh occupe le paysage du rap français : avec 7 mixtapes à son actif, des collaborations très soignées aux côtés de Booba, Kaaris ou Young Thug en passant par Joke et Gradur, sans oublier son film « Karma » en 2013 et plus récemment, c’est la consécration avec son premier album Yuri sorti le 4 novembre 2016 et certifié disque d’or. Par ailleurs, j’aimerai revenir sur un événement : le (jour de mon anniversaire) 2 juin 2014, « Dosseh La Famine » bouscule les néo-puristes du peura après avoir tweeté : « Le rap c’est [d’abord] de la musique, ceux qui cherchent UNIQUEMENT du texte archi-poussé, lisez des livres, écoutez des conférenciers. » ; pris au pied de la lettre et sans être interprété, certains utilisent ses paroles comme prétexte pour alors faire les pseudos donneurs de leçon. C’est pourquoi deux ans plus tard, je l’espère, 25 Décembre a pu leur faire remballer leurs gaules puisque personnellement, j’étais satisfaite d’entendre un Dosseh engagé, authentique et porteur de revendications. Produit par Ozhora Miyagi, les sonorités sombres et profondes nous offrent un couplet unique sans refrain que l’Orléanais décrit modestement comme un « puzzle de mots et de pensée » qui aborde de diverses et variées problématiques.

 

Dosseh souhaite avant tout « Bousiller le peura depuis Hell On Earth [troisième album de Mobb Deep sorti en 1996],je veux marquer l’époque comme les grands rockeurs » c’est-à-dire qu’à la manière des artistes durant les sixities, il compte  »laisser la trace d’un passage éphémère » comme le dit Shurik’n dans Sûr de rien. « Porter une kippa en soutient à des feu-jui qui souffrent moi j’y vois pas de problèmes, c’est pas ça qui va changer nos mœurs, mais qui porte un boubou quand un négro meurt ? » : retour sur les propos du député Claude Goasguen qui avait omit que  »tous les Français devraient porter la kippa aujourd’hui », on peut alors suggérer à tous de porter un boubou, tenue traditionnelle africaine, mais ce ne serait sûrement pas un politicien qui le proposerait. En lien avec les paroles de Grand Corps Malade dans Je viens de là : « Moi, c’est l’absence de bruits et d’odeurs qui me dérange » ; Dosseh « viens représenter le bruit et l’odeur ». « Même si mon art est abstrait mes douleurs elles sont bien concrètes » : ici, je vais me permettre de faire un petit parallèle entre le rap et la philosophie ; produire du rap c’est produire des concepts, étant donné que ces derniers sont tout deux sont généraux et abstraits, grâce à de multiples notions communes ils vont verbaliser des faits réels.


D’origine camerounaise et togolaise, Dosseh ne manque pas de mentionner sa terre mère (enfin la notre à tous puisqu’en réalité on vient tous de Namibie, au revoir merci) : « 
L’Afrique espère encore récupérer son dû » ; c’est véridique, l’Europe ne cesse de pilier l’Afrique de toutes ces richesses, seulement il est important de rappeler que la source du mal du Tiers Monde c’est la politique au sein du continent comme l’explique Thomas Sankara, fondateur du Burkina Faso, dans son discours à l’ONU le 4 octobre 1984 :  »Il faut, avant qu’il ne soit trop tard, car il est déjà trop tard, que ces élites, ces hommes de l’Afrique, du Tiers Monde, reviennent à eux-mêmes, c’est-à-dire à leur société, à la misère dont nous avons hérité pour comprendre non seulement que la bataille pour une pensée au service des masses déshéritées n’est pas vaine, mais qu’ils peuvent devenir crédibles sur le plan international, qu’en inventant réellement, c’est-à-dire, en donnant de leurs peuples une image fidèle. Une image qui leur permette de réaliser des changements profonds de la situation sociale et politique, susceptibles de nous arracher à la domination et à l’exploitation étrangères qui livrent nos États à la seule perspective de la faillite ». « L’argent ne fait pas le bonheur ? Oui, mon cul » : semblablement, « le bonheur ne remplis pas l’assiette » dirait Booba. De son vrai nom, Dorian N’Goumou termine son morceau avec une véritable morale : « Tant que tu respires c’est que tout va bien, j’suis vrai, loyal, humble et brave, vivre sous le seuil de pauvreté, je sais ce que c’est je me suis jamais plaint […], se plaindre c’est inadmissible » ; c’est un avis que je partage totalement, qui se plaint n’agit pas qui ne se plaint pas agit. Puis au vu de sa carrière, c’est une chose que nous a concrètement prouvé Dosseh.

 

 

Rappelons que Dosseh est le petit frère de l’une des figures du rap français : Pit Baccardi. Néanmoins il a su se détacher rapidement et totalement de cette image, attendu qu’il s’est imposé comme l’un des précurseurs de la trap parmi le rap français. Après les trois singles, PDCV, Tout est neuf aux cotés de Sadek et KFC, son futur album Vidalo$$a (fusion entre les termes « Vida loca » et « Lo$$a », nom qu’il donne à son public) semble très attendu.

Chahinaz@vrairapfrancais.fr

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