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Double chronique : Laylow – Mercy / Digitalova

Alors qu'il commence à peine à faire du bruit, ses mélodies crues se sont déjà étalées sur deux projets digitaux

La première chose à dire sur Laylow, c’est qu’il n’est comparable à personne. Même quand PNL est arrivé avec un tout nouveau style de rap, on les a spontanément rapproché avec certains artistes américains. Sachez qu’après des heures de recherche, pour ne pas passer pour un con à affirmer ce que je vais dire, Laylow est bel et bien unique, et même en avance sur ce qui se fait au pays du beurre de cacahuète. C’est pas seulement du kickage, pas seulement des mélodies autotunées, pas seulement du cri (et non tu peux pas comparer avec Djadja et Dinaz), c’est tout simplement un nouveau style, à part, qui peut paraître futuriste tant les sonorités y font penser.

 

Originaire du sud-ouest, Laylow s’est tout d’abord illustré avec son compère Sirk’lo, avec qui il formait un duo qui commençait à acquérir une certaine notoriété. Mais force est de constater que le contenu proposé par les deux rappeurs ne leur permettaient pas de se démarquer. A la suite de cela, deux scénarios sont plausibles. La première : Laylow a trouvé la DeLorean du Doc’ près de la Garonne et en a profité pour faire un tour en 2483, et revenir bourré d’inspiration. La seconde : Il a tout simplement évolué et a décidé de tout changer pour se forger une identité propre à lui. Je dois vous avouer que la première option me plaît plus.

 

Analyser et décrire de tels morceaux sont des activités difficiles car il y a à la fois tant de choses à dire, et si peu tant c’est indescriptible. Le rappeur toulousain a sorti deux projets. Tout d’abord Mercy en décembre 2016, puis Digitalova le 5 juillet dernier. Deux mixtapes ? EP ? Albums? On ne sait pas. Dix titres à chaque fois, des similitudes mais surtout de la complémentarité.

 

 

Intéressons-nous tout d’abord à Mercy, un projet que l’on redécouvre à chaque écoute, tant il est complet. A noter que j’ai découvert la « transformation » de Laylow avec le morceau 10’. Ce son mérite une attention toute particulière et met en exergue une partie bien précise de l’artiste : son côté mélancolique et son rapport à l’amour. Le MC chante et utilise toutes les capacités de sa voix, le tout accompagné d’une autotune crue, comme les paroles qu’il narre. Une histoire d’amour qui se termine mal, ça peut paraître redondant, mais sauf que la plume et l’interprétation de Laylow nous plongent dans une atmosphère unique. Tout ça combiné à une instru diaboliquement belle, on a le meilleur morceau du rappeur. Ce n’est pas pour rien que c’est le morceau le plus populaire du MC, et il est totalement à sa place en tant qu’outro du projet Mercy.

 

Continuons de parler d’amour, comme je l’ai dit c’est un thème de prédilection de Laylow. Cela se retrouve dans des morceaux entiers comme Division Rouge, ou partiellement dans OTO. Un morceau qui d’ailleurs s’apprécie avec le temps. A la limite de l’inaudible à la première écoute, les guitares électriques désaccordées de l’instru et la voix métallique du rappeur finissent par charmer et rendre accroc. En parlant de guitare et de voix métallique, on ne peut pas s’empêcher de comparer Laylow à une rockstar. Une image qu’il veut certes véhiculer dans ses clips mais qui colle parfaitement à sa musique : totalement débridée. Des prods qui varient à tout va, une voix qui peut être très agressive sur 16 mesures et douce sur un délai plus court. L’exemple est tout trouvé : le morceau Toyotarola. Deux couplets où on a l’impression que Laylow a envie de massacrer une prod qui l’a provoqué en duel, coupés par un refrain autotuné où le rappeur semble se canaliser. Cela donne une véritable bombe.

« L’inspi vient d’où ? Demande à ta mère »

Les morceaux Mercy et Lime sont dans le même taux d’agressivité mais à chaque fois avec des interprétations et productions différentes. J’ai rarement entendu une intro qui mette autant dans le bain que le morceau éponyme du projet. Lime est plus lente mais d’autant plus sombre, une véritable avalanche de punchlines rappées par la voix écorchée de Laylow. En plus de s’associer avec des beatmakers qui permettent à Laylow de s’éclater, il sait s’entourer de bons rappeurs qui savent s’adapter à son univers. Sneazzy a su amener sa vibe sur Oh Na, Di-Meh sa technique nonchalante sur Amor. Pareil pour l’accolyte de Laylow, Wit, qui apporte également une touche écorchée aux morceaux Promi et GTMotors. Un morceau sur lequel est également présent Aladin 135, même si Laylow est exceptionnel et imprenable sur cette partition.

 

 

Facile de dire ça, mais Mercy est une véritable carte de visite du MC, où il a varié les styles dans le propre style qu’il a créé, on ne s’ennuie pas et on s’en prend plein la gueule. Passons désormais à Digitalova. Dans un style si particulier et surtout nouveau, la question du renouvellement se pose. Mais pour le coup elle ne se pose pas longtemps.

Le projet sorti en décembre était terriblement froid, tandis que Digitalova sort en juillet et ça se sent. Dans ce projet Laylow a gardé son univers, ses techniques et ses ingrédients, mais les a utilisés différemment. La touche « summer » se sent dès l’excellente intro Bionic, avec une prod agrémentée d’un tempo rapide, mais travaillée à la perfection pour créer une ambiance chill saupoudrée de mélancolie. Dans la même veine il y a l’outro Malentendu, où le rappeur oublie un peu sa voix écorchée et kicke « à l’ancienne » (quel horrible expression), ce qui donne une nouvelle fois un son qui ne ressemble à aucun autre. Quant à Wavy, le tempo est rapide et cela va même jusqu’à des sonorités house plutôt réussies et en accord avec le projet.

« Autotuné à mort que des mélodies tristes »

Alors que Bad Romance ressemble sur la forme à 10’, la plupart des autres morceaux forment une entité bordélique mais remplie de charme. Villa sur la côte est un son à écouter en groupe, sur la route des vacances, ultra motivant pour se prélasser au soleil, même si tu vas en camping et pas dans une belle demeure avec piscine. Sur Digitalova, il y a moins de featurings mais sont des pièces maitresses du disque. Jok’air se balade littéralement sur l’instru de Gogo, accompagné d’un Laylow qui fait part d’une entière maîtrise dans son domaine. Malgré le tout nouveau style du rappeur, il est toujours proche et complémentaire de son compère Sirk’lo. Pour preuve leur couplet commun sur l’interlude Enlève le shirt, assez court mais redoutablement efficace.

« C’est du business, no love, que de la haine dans c’monde l’amour est sans pitié comme un contrôleur »

Venons en maintenant aux trois morceaux qui sont de véritables bijoux, à la fois plein d’audace et tout simplement de qualité. Troisième marche du podium pour le morceau éponyme Digitalova, qui avait annoncé le projet. J’aurai aimé mettre un adjectif sur la prod d’Everydayz, mais c’est pas possible. Explosive, inattendue, conçue pour Laylow qui lui, va la canaliser magnifiquement à la manière d’un génie de l’informatique sur un virus démoniaque.

 

 

Digital Vice City est un peu plus haut sur l’estrade. Crade sur les couplets, douce sur les ponts, la voix autotunée du rappeur est vraiment incroyable. Encore une fois c’est difficile de mettre des mots sur la prod, qui varie toutes les trente secondes, laissant place à de nouveaux éléments qui vont revenir plus tard. Une minute de cette instru si spéciale vient clôturer ce délice.

 

La médaille d’or ne revient peut être pas au morceau le plus travaillé en comparaison avec un Bionic, mais certainement au plus addictif. Ignore est un tube, regorgeant de mélodies qui charmeraient le pire des puristes. Un panel vocal encore une fois impeccable, qui va se loger sur une prod complètement adaptée. Une boucle efficace, qui varie légèrement, pas trop chargée pour laisser champ libre à Laylow de s’éclater. C’est justement dans cette simplicité que Kezo, le beatmaker, a réussi à faire une instru proche de la perfection.

« Flow de rockstar sur l’boulevard Haussmann »

Dans ces deux opus, Laylow a réussi quelque chose que les « ovnis » ne réussissent pas toujours : utiliser ses techniques pour faire des morceaux du même univers sans être similaires. Les thèmes narrés par le rappeur sont plus ou moins les mêmes, mais encore une fois il va plus loin dans son délire. De douces métaphores pour parler d’amour, de l’égotrip cru pour montrer sa puissance. Le tout sur des prods futuristes, mis en images par la si talentueuse équipe TBMA, et c’est plus que gagné. Espérons que le MC continue sur sa lancée et élargisse de nouveau son panel. Le premier rappeur digital a livré deux disques complets, peut être difficile à aborder mais addictifs dès que l’on pénètre dans le codage. « Rap jeu remis à jour, fais bisou sur ma joue »

Note : Rendez-vous en 2483

hugo@vrairapfrancais.fr

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