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Dosseh raconte l’histoire de chaque track de « Yuri »

Dosseh nous explique son album Yuri

Après de nombreuses années d’activités dans le rap et la sortie de plusieurs mixtapes, Dosseh a sorti son premier album, « Yuri », le 4 novembre dernier. La particularité de ce projet est la manière dont il a été conçu. Chaque morceau de l’album a été minutieusement réfléchi, tout comme la cover qui contient de nombreuses détails et annonce les sujets que Dosseh va aborder dans son projet, à savoir l’Afrique, les femmes, la luxure… Ainsi, le Mc orléanais a décidé de raconter l’histoire de chacun des tracks sur sa page Facebook. Nous vous avons répertorié cela.

 

1. Afrikan History X

« La prod est de Richie Beats, elle est sombre, un peu mélancolique et je la trouvais grave charismatique. Une prod de grande personne.
Je cherchais à faire un son qui d’entrée planterait le décor quant à l’album. Et donner mon avis, mon point de vue quant à la situation des noirs. C’est une sorte de « puzzle de mots et de pensées » sur la condition des membres de ma communauté. Je cherchais à être dans l’analyse et parfois même dans l’autocritique, en étant le plus objectif possible. Sans jamais tomber dans la pleurniche. Et surtout, je ne voulais pas faire un truc faussement subversif, qui soit en fait tout lisse et sans aucun « real talk ». Du coup, des phases telles que « Igo j’ai des refrès blancs et Rebeus, malgré c’que leurs ancêtres ont fait aux miens » ont pu gêner certaines personnes, je peux le comprendre, c’est hélas une triste vérité. Ou encore « Pour bomber le torse, pas besoin de porter un t-shirt Noir&Fier », qui en a aussi dérangé certains au sein de ma communauté. Car en effet, mais ça n’engage que moi, je pense qu’afficher sur son torse ce type de slogan, revient à afficher son complexe, et pas du tout à affirmer une fierté. Je suis noir, c’est un fait, indépendant de ma volonté, c’est pas un acte, c’est pas une action être noir. C’est un état. Et j’estime que ça se ressent dans mon attitude, dans la manière dont je suis à l’aise dans ma peau et dans la manière dont je me tiens, tête haute, et dont je mène ma vie et que j’essaye de nous tirer moi et mes proches vers le haut, que je suis fier. Et que c’est ça, qui moi me fait bomber le torse justement. Pour moi le plus important à retenir de ma vision dans ce morceau c’est  » y a pas de noirs, pas de blancs, y a que des riches, des vres-pau, des forts et des faibles. Pas d’homme au dessus de l’homme, j’pense qu’on (« On » c’est les noirs) a juste dû enchaîner trop de grosses défaites ». Je pense que la condition d’un peuple, d’un groupe ethnique, d’une catégorie de personnes, n’est que le résultat de guerres qu’il a perdu ou gagné. Le monde, les nations, l’histoire, se sont bâtis sur des rapports de force. C’est comme ça que je vois le truc moi en tout cas.
Voilà grosso-modo ce que je tenais à dire sur ce titre. J’espère que ça vous éclaire un peu sur mon état d’esprit sur ce sujet. »

2. Yuri BarbaRossa

« Ce son là, c’est un de mes préférés du projet ! Déjà c’est le tout dernier enregistré, l’invité de dernière minute. En effet, l’album était censé être bouclé, mais on sentait qu’il nous manquait un bail : LE GROS BANGER SUPRA-ÉNERVÉ DE DOSSEH. L’hymne de la Barba Rossa, le cri de guerre du squad, de la #YuriNation.
Seulement on ne trouvait pas la prod adéquate parmi celles dont on disposait déjà.
Ça faisait quelques jours qu’on bloquait, et le problème était qu’on devait à tout prix rendre le master de l’album dans les jours qui venaient.
Après avoir passé commande auprès de plusieurs des beatmakers avec qui on bosse habituellement, on s’est finalement dit avec Oumar : « Et pourquoi on demanderait pas à Therapy de passer à son studio ? »
Et dans la minute même l’appel était lancé. Mais le problème, c’est que Therapy était à l’étranger… Donc pas possibilité de concocter la sombre mixture ensemble.
Et c’est là qu’il nous dit : « Euh… Mais je crois que j’ai un début de truc qui peut vous plaire, c’est pas fini mais y a déjà la base, et ça m’a l’air dans le délire que vous recherchez. »
Et nous de dire : « Bah envoie frère ! »
Nous étions à une sortie de périph’ à ce moment là, je m’en souviens. On a reçu la prod… On a grillé un feu et failli cartonner un cycliste miskine tellement le son nous rendait fou ! C’était exactement ce qu’il me fallait ! Une mélodie entêtante, un beat qui envoie et des Subs qui font trembler les vitres, DU SALE !
J’ai écrit, kické et on a envoyé au mix puis au mastering dans la foulée, et « YURI » était enfin bouclé !!
Mes Lo$$as, ce son c’est la barbarie à l’état pur. Refrain de baisé qui réveillerait un mort, couplets crapuleux à souhait … J’ai qu’une hâte c’est de le faire sur scène, j’ai juré on va gâter le coin, mais fort !
Pressé que vous le découvriez, ce sera un de nos hymnes, à coups sûrs !! »

3. 25 décembre

« 3 ème track de notre fameux album !
Déjà pourquoi ce titre pour le morceau ?
Tout simplement parce que j’en ai eu l’inspiration un 25 décembre. Ce son fait partie, avec le track 2 « Yuri BarbaRossa », et 2 autres encore, de mes titres préférés. Tant par le fond que par la forme. 
La prod est signée Ozhora Miyagi (entre autre « génération Assassin » de Booba), et est super mélancolique et profonde. Le genre de trucs qui va ravir ceux qui aiment m’entendre m’exprimer, et « dire des choses ».
Je voulais à la base partir sur un truc, un sorte de thématique qui était censée tourner autour des défunts, mes proches partis (c’est toujours) trop tôt. Mais en fait quand j’ai commencé à écrire les premières phases du texte dans ma tête, ce fameux 25 décembre, ça m’a emmené dans un autre délire, un peu plus large au niveau du sujet traité.
Et au final, c’est un GROS morceau, sans refrain, une sorte de long couplet dans lequel ton gars Yuri ère entre revendications, évocation du vécu de quartier, quelques joies, quelques peines, la fraternité dont on peut faire preuve entre mecs qui avons grandit ensemble, mais aussi les déceptions… Bref, un autre « puzzle de mots et de pensées ».
La boucle de piano est posée, et agréable à mort, mais le rap est sale, cru et sévère mais surtout cruellement sincère.
Parmi toutes les écoutes qu’on a pu faire celui là ressort souvent dans les tops 3 et tops 5 des morceaux qui ont le plus frappé les gens.
Et j’sais qu’il vous plaira aussi. À ceux qui me demandaient toujours « à quand un 1001 questions partie 2 », je répondais en interview : « Y a pas de 1001 questions dans l’album, mais sachez qu’il y a pas mal d’autres morceaux qui vous feront le même genre d’effet. Et « 25 décembre » en fait clairement partie. »

4. Infréquentables (ft. Booba)

« Ce soir on passe au track numéro 4 les amis, le déjà célèbre « infréquentables » avec Booba.
Quand j’ai commencé l’enregistrement de YURI, je savais depuis bien avant que je voulais collaborer dessus avec lui. On avait déjà kické il y a maintenant 6 ans sur le titre « 45 scientific », paru sur son album « Lunatic », 1 an après mon apparition solo sur sa mixtape « Autopsie 3 ».
Mais notre premier featuring, bien que de bonne qualité, n’avait pas rencontré plus de succès que ça auprès du public. C’est donc tout à fait naturellement que j’ai cherché à le recontacter, afin qu’on remette ça, mais cette fois ci, c’est moi qui invitais !
Et je lui ai donc écrit. Un truc du style « Wesh le Kopp bien ou quoi c’est Dosseh, ça fait un bail etc etc etc, j’sais pas si t’as suivi un peu, Pérestroïka etc etc etc, bref là j’suis enfin sur l’album et j’aimerai qu’on fasse un bail noir, mais genre NWAR. »
Et il m’a donc répondu. « T’as mis l’temps renoi ! Vas y fais moi signe quand t’as le son ! Izi ».
Mercééé !
Mais j’étais dans un dilemme. Quel type de morceau faire pour un Dosseh / Booba ?
Est-ce qu’il fallait faire dans la leçon de rap, le genre gros son rempli de technique et de kickage, pour montrer au game qu’on est les meilleurs MCs possible ? Ou alors un son ultra-caillera, un banger bien bruyant, plein d’énergie où ça rappe avec le seum dans la voix ? Ou alors un hit de club ?
Bref j’ai dû lui envoyer 3 ou 4 sons avant qu’on se fixe sur quelque chose. Que ce soit des prods seules ou bien des débuts de morceaux, des tests de délire. C’était cool mais, justement. C’était juste « cool ». Et on se disait que c’était pas mal, mais qu’on devrait quand même essayer de voir si on peut pas trouver plus efficace encore.
Puis j’ai reçu la prod de « infréquentables », de Joe Mike, qui pour la petite histoire m’a envoyé dans la même série de mails ET « infréquentables », ET la prod de « Myah Bay » !
J’ai accroché direct à la boucle de piano, et à l’énergie du son. Posé, mais qui ambiance en même temps. J’ai eu une inspi un jour, j’ai testé en studio, en posant mon couplet et mon refrain, juste pour voir ce que ça donnait. J’ai fait écouté à Oumar qui m’a dit « Ah c’est chaud ça ! Le flow, la mélodie, le gimmick du refrain il rentre en tête grave ! Finis le celui là ça peut être un bon solo ça ! »
Puis on s’est mis à réfléchir. « Eh mais en vrai est ce que la voix de Kopp elle passerait pas bien sur ce shit ? On dirait que ça peut lui aller ça hein ! »
Alors j’ai envoyé à Kopp :

-« Gros j’ai testé un bail hier soir au studio, dis moi ce que t’en penses, mais je pense que c’est pas mal ! »
-« Ok, là j’vais au studio, j’écoute plus tard j’te dis direct »
Puis plus tard :  » Ah ouais il est frais celui là ! »

Et c’était parti, il a posé sa partie, qui à la base était un peu plus courte de quelques mesures. Puis il en a finalement rajouté. J’ai posé le 3ème couplet, et le son était fini. On tenait un truc !

Vos retours, les nombreux snaps, les nombreuses vidéos insta, que je reçois et dans lesquels vous chantez « infréquentables » à tue-tête me montrent qu’on a finalement fait le son qu’il fallait. Vous ne vous attendiez pas forcément, en tout cas pour la plupart d’entre vous, à un son dans ce délire. J’ai eu un peu d’appréhension au départ : « Est-ce qu’ils vont kiffer? Est-ce qu’ils vont capter le délire ? On les prend à contrepied là quand même ! » Et au final, vous êtes dedans FOOORT ! »

5. Solo

« Ce soir c’est le track 5, « Solo » qui est passé au crible.
La prod est de Joe Rafaa, un beatmaker super talentueux avec lequel j’ai bossé pour la première fois sur cet album.
Ce morceau, c’est une commande. C’est à dire que j’avais un type de morceau bien précis en tête, une direction musicale, un délire que je tenais à faire. Une sorte de son qui serait à la fois mélancolique au niveau de la mélodie, et à la fois -presque- « dansant » au niveau du beat et de la rythmique. Donc je l’ai appelé, (Joe), et lui ai expliqué exactement ça. Il a immédiatement capté l’idée.
2 nuits plus tard il m’envoie un texto : « Salut Dosseh bien ? J’ai testé un truc, c’est dans ton mail, dis moi si je continue ou Si je pars sur autre chose ».
Je me met donc à écouter. Et il avait visé pile dans le mile le Poto ! La mélodie, l’ambiance c’était exactement que je voulais. Mais il y avait quand même quelques modifs à apporter. Je voulais qu’il augmente un peu le BPM (grosso modo la vitesse du son pour ceux qui ne savent pas), et rajouter quelques éléments dans la batterie pour que ça fasse légèrement plus bouger la tête, car tel quel, le son avait un côté mou qui me gênait un peu.
Il a donc fait, puis m’a renvoyé la prod.
Dans le mail, y avait 2 pièces jointes : la prod, seule. Et la prod + un test de mélodie de voix dessus. « Ouais gros je t’ai renvoyé le son et je t’ai mis aussi une idée de mélodie pour les paroles, au cas où ça te parle »

Mercéééé !

Lo$$as j’vous cache pas la mélodie elle tuait ! Belle de ouf, efficace de ouf, bref de quoi faire une belle chanson de ouf !
Et pour ce qui est du thème abordé, alors j’pense vraiment que vous allez tous vous reconnaître d’une manière ou d’une autre dans ce son. En fait c’est un titre qui parle en gros des rapports humains. Les rapports, entre amis, entre gens de la même famille, les rapports amoureux, les sentiments à vrai dire. Et en gros j’explique ma vision des relations qu’on a peut avoir avec nos proches, et au final c’est comme si je développais sur tout un morceau la phrase que je sors au début de mon titre « Nirvâna » (http://youtu.be/bw4SLZrI5RQ) : « À mon avis, c’est chacun sa merde, chacun son navire. La vérité c’est que tout le monde te blessera un jour ou l’autre, c’est ça la vie. »

Bref, vous me direz vous-même si le truc vous a touché ou vous a fait cogiter !

Ah ouais, et juste pour la petite histoire. Quand Oumar (mon manager) a fait écouter les titres éventuels pour la radio au programmateur de Générations, ce dernier a dit de « Solo » que pour lui c’était ça le « classique » de l’album. Le gros single qui a la capacité de porter le projet loin, et dans lequel tout le monde peut se reconnaître, du mec de rue, à la petite meuf de province, tant le thème est fédérateur et que le morceau est bien écrit.

En espérant que vous lui donniez raison. »

6. Coeur de pirate

« Bon passons aux choses sérieuses.
Ce soir on va parler du morceau qui va, je pense, le plus vous surprendre, mais genre clairement. C’est celui auquel vous vous attendrez le moins, tant par le thème que par la forme.
Il s’agit du track 6 : « Cœur de pirate »
Encore une fois, la prod est de Joe Rafaa (qui a produit « solo » dont on a parlé hier), et encore une fois c’était une commande précise !
Y a bien longtemps que je souhaitais aborder dans une chanson le thème de l’amour. Car si mes souvenirs sont bons, et je crois qu’ils le sont, jamais j’ai parlé d’amour, ou alors très brièvement, sur quelques phases seulement. Or, ça fait partie de la vie de chacun de nous non mes Lo$$ ?
Comme je dis toujours, y a 2 choses qui nous touchent tous irrémédiablement et peu importe notre race, notre religion, notre sexe, notre pays, notre quartier, notre taille, notre poids, notre culture, notre niveau de richesse, etc… C’est l’amour et la mort ! Les 2 ne font pas de distinction entre les hommes haha !
J’ai demandé à Joe, une prod à sonorités légèrement caribéennes, un truc, aérien. Un truc ensoleillé, avec une mélodie, ou en tout cas une gimmick de mélodie dans le son, qui soit entêtant, facilement « chantonnable ». Je lui ai envoyé quelques références de morceaux, qu’il capte dans quel esprit je voulais le faire.
Et encore une fois, il a visé directement pile dans le mile. C’est ça qui est bien avec Joe Rafaa. Il capte direct où tu veux en venir, absorbe toutes les infos que tu lui donnes et recrache ça dans ton mail 1 ou 2 jours après.
Je lui a fait modifié quand même quelques trucs ça et là, accélérer le BPM, modifier les lignes de basses, et 2-3 autres détails tout aussi importants.
J’ai fait écouté le son à mon pote Bassirou pour voir un peu ce qu’il en pensait, et il l’a trouvé énorme ! Carrément il a même commencé à fredonner un air dessus, que j’ai au final utilisé pour une partie des couplets.
Puis j’ai dû écrire.
Ben Lo$$a, j’ai juste eu à narrer l’une de mes propres ruptures amoureuses, l’inspiration a coulé tel de l’eau lol. Y en a pas mal qui vont se reconnaître dedans croyez-moi… Votre gars Yuri a parlé CLAIR !
J’ai fait une première version. Mais le refrain était pas ouf. Les couplets étaient biens mais laissaient quand même une impression de mec qui n’est pas allé au bout du délire.
Donc avec Joe on a rebossé un peu la prod, qu’elle puisse m’inspirer un truc qui « envoie » plus que ça.
On a réussi à trouver le bon compromis, et j’ai alors modifié les parties du morceau qui pêchaient un peu.
Et là on était piiiiile dedans sa mère !
Mais je bloquais sur la mélodie du refrain.
J’ai demandé à Joe s’il avait pas quelques idées lui.
Dans la journée même il m’a envoyé 3 propositions de mélodies différentes ! 3 Wesh !
Encore Mercééé !
J’ai choisi celle qui collait plus avec ce que je voulais que le refrain dégage comme énergie. J’y ai posé des mots… Et c’était PARFAIT.
Bon j’annonce : préparez à voir plein de snaps de vos raclies entrain de chanter le bail avec des filtres chien ou couronnes de fleurs ou j’sais pas quoi là, vous savez celui qui leur fait des beaux yeux même si elles louchent.

Ce morceau là, il fait partie des 2 ou 3 qui ramènent le soleil dans les ténèbres de l’album. Enjaillez-vous dessus, c’est tout ce que ça appelle. »

7. Keblo

« On continue d’avancer dans l’album, on est déjà au track 7, le titre « KEBLO ».

Bon on va pas trop parlementer pour R, celui-là mes Lo$$… C’est le feu des Clubbers & clubbeuses, chichateurs et chichateuses, bref des gens qui aiment s’ambiancer foooort. 
C’est le genre qui te fait perdre des points sur ton permis, mais que tu gardes le sourire jusqu’aux dents quand même parce que le son t’enjaille trop !
Le genre qui te fait renverser un cycliste parce que tu tapais des gestuelles dans ta caisse en l’écoutant, et que quand tu vas pour aider le mec à se relever il tape une gestuelle avec toi quand il entend le son s’échapper de la gov ! 

Si tu tires la gueule toute l’année et que t’aimes pas t’amuser ce son n’est pas fait pour toi j’te le dis direct !

Si t’aimes pas les mouvements de foule, ne sois pas en boîte un soir où ce son passe tu vas être dépassé !

La prod, je l’ai reçu d’un jeune beatmaker ivoirien qui m’a contacté via snap : Ibross Beatz.

Il m’envoyait depuis déjà quelques temps pas mal de mails que je ne prenais pas tout le temps la peine d’écouter, pas par négligence pour son taf, mais plus à cause du fait que je reçois pas mal de mails de producteurs différents, et je n’ai pas toujours le temps de tout checker avec une oreille hyper-attentive.

Puis un jour, pas le plus grand des hasards, je me suis décidé à ouvrir une bonne dizaine de mails que j’avais emmagasinés dans ma boîte de réception. Dont un d’Ibross.

J’appuie sur « play ».

Gros synthé NRV sa mère, mélodie entêtante direct dès le départ ! Puis une basse qui rentre qui donne déjà un rythme à la prod et BAM le beat rentre, bien rapide, bien fâché… Bref ! Ça envoie sec seulement !

L’inspiration du flow est venue dirrrrrrect. D’abord trouvé le refrain, puis pour ce qui est des couplets, j’avais un texte à la base prévu sur un autre morceau, qui posé en s’adaptant à cette musique là, rendait de ouf !

Celui-ci je vous le dis clairement, c’est un HIT des clubs et de rue ! Sachez qu’il tourne en radio sur Générations et ce depuis hier après-midi, et que vous pourrez dès demain l’entendre aussi sur Mouv’ , et surtout qu’il sera disponible sur iTunes, avec là pré-commande de l’album, et bien entendu sur toutes les autres plateformes de streaming (Spotify, Deezer, etc) dès ce lundi 31 octobre ! Compris ?

Enjaillez-vous dessus seulement ! Allez y !! »

8. Milliers d’euros (ft. Young Thug)

« On est au Track 8 de l’album #YURI ! Le Dosseh x Young Thug « Milliers d’euros » !
Comme je l’ai déjà dit en interview, cette collaboration s’est faite à l’occasion d’une tournée européenne de Young Thug. La connexion s’est gérée en amont de son arrivée en France, entre Oumar (mon manager) et le staff du cainri.
La prod est de Punisher, et est volontairement « spéciale », car on voulait tenter un truc qui dénote musicalement parlant. Qui ne soit ni forcément « du Dosseh », ni « du Young Thug », mais une sorte d’hybride. Mais on voulait néanmoins que ça bouge, que ça sonne « strip-club ». J’ai écrit et posé ma partie quelques jours avant l’arrivée de Thugga sur le territoire français. Couplet, refrain, pont de fin, toutes mes voix. Il fallait être précis et sûr des choix qu’on faisait, car on allait devoir clipper le jour même de l’enregistrement de ses voix à lui, et ce, dans la foulée ! Donc aucune possibilité de modifier quoi que ce soit, de modifier un mot, revenir sur le son, la structure du son… Rien !
Le rendez-vous s’est donc fait dans un grand studio parisien à Porte de La Muette, le soir d’un de son unique jour off durant son court séjour français.
Les cainris arrivent donc au studio, 1 personne de son management, Young Thug lui-même, un petit clippeur à lui, son DJ & ingénieur du son, et sa sécu’.
Au départ l’ambiance était assez froide, on se dit tous bonjour, les politesses de base, puis chacun se pose. Nos manageurs respectifs commencent à jacter entre eux des modalités contractuelles, dans les bureaux, tandis que je suis dans le studio à essayer – tant bien que mal 😅 – de mettre à l’aise Thugga.
Oumar qui est dans le stress des négociations ne fait que faire des aller-retours entre les bureaux et le studio, et me dire « les cainris ils cassent les couilles, y a sa manageuse principale là qui est aux States, et qui bloque absolument tout tant que tel truc n’est pas réglé ! ».
Pression dans le studio. A cet instant là on n’est même pas encore sûr que ce putain de featuring va se faire, alors qu’on est là en studio avec le mec en question, et que le son est chargé dans la console, prêt à partir si on appuie « play ».
Un bon 3 quarts d’heure, voire peut être même plus, s’écoulent durant lesquels l’atmosphère est comme suspendue. La chef de projet de la maison de disques (Def Jam à l’époque) enchaîne les appels avec la manageuse dure en affaires restée à Atlanta, pour tenter de débloquer la situation. Moi je suis dans le studio, assis à attendre, Thugga se promène dans les locaux, et Oumar est posé dans le couloir à côté de « Snake », le manager du cainri sur sa Tournée.
Un peu fatigué par tout le stress qu’occasionne cette affaire, Oumar à un moment s’étire, et en baillant, lache un discret « Stahfoullah ».
Snake se retourne vers Oumar, le regarde intrigué à mort et lui dit : « Excuse me… What you said ?! »
Oumar : « What ? Euh… Stahfoullah ? »
Snake : « Yeah ! But… You’re muslim ??! »
Oumar : « Euh… Yeah… Yes I’m muslim… Why ? »
Snake : « REALLY ??? Ohhh SoubhanAllah ! I’m muslim too !! » Et Le prenant dans ses bras : « We are brothers, God is so great ! »

Et bim, d’un coup l’ambiance s’apaise, les gens se décontractent, les affaires se règlent avec l’autre relou aux States, et tout le monde commence du coup à avoir le sourire !
On passe donc tous au studio, on lance le son, Young Thug écoute attentivement, kiffe la vibe du son et commence à s’enjailler avec son DJ. Il se retourne vers moi et me demande qu’est que dit le refrain. Je lui explique que cela parle d’argent, de « milliers d’euros », qu’on doit faire car sinon « quel autre choix pour un negro? ». Je lui explique aussi qu’il « y a 7 jours dans la semaine, et 7 couleurs différentes de billets… Est-ce un signe ? Si oui, qu’il en soit ainsi ! »
Il capte, kiffe le délire, son ingé s’installe aux machines, lui rentre dans la cabine, demande à ce qu’on y éteigne les lumières, qu’on coupe les retours-son dans le studio. Son ingé enfile son casque, et est du coup le seul à écouter ce qui se passe au micro.
Il ressort de la cabine 45 minutes plus tard. Ses voix sont posées, couplet, pré-refrain et ambiances.
Il me dit : « Listen ».
Le gars a tué le bail, performance de bâtard, et là je me dis « ah ouais, c’est pas Young Thug pour rien le Lo$$a. »
On est tous contents, on s’enjaille avec le son très fort dans le studio, avant de tous sortir direction le lieu de tournage, dans un grand hôtel particulier situé à 5 minutes de là où on se trouve, où la talentueuse réalisatrice Nathalie Canguilhem a déjà tout mis en place avec son équipe.
On clippe, on prend notre temps, les cainris, du studio au lieux de tournage dans lesquels on les accueille, se sentent respectés et sont du coup disponibles et volontaires à souhait. On tourne les scènes autant de fois qu’il le faut, puis une fois le taf fini, on se quitte dans de grandes accolades en se jurant qu’on reste en contact (lol, euphorie du moment bien-sûr).

« Milliers d’euros » fait donc partie des premiers morceaux enregistrés pour « YURI », et c’est le tout premier clip tourné. Le temps passant, et nous, voyant qu’on a un clip prêt depuis déjà 6 mois qui dort dans le disque dur, on décide de le lancer sur le net en début d’été.

Certains ont crié au génie, rentrant direct dans le délire du son, d’autres plutôt au scandale, en n’étant pas « pris » par le côté certes « spé » musicalement parlant, du morceau. En tout cas nous, en avons été satisfait et dans le corps de l’album il s’intègre parfaitement bien avec les autres tracks ! »

Dosseh Young Thug

9. Le temps béni des colonies

« TRACK 9 ce soir, il s’agit de « Le temps béni des colonies ». Le titre est une référence à une chanson raciste et abjecte de Michel Sardou, qui comme son nom l’indique, était censée décrire l’ambiance club Med de ces bonnes vieilles colonies françaises.
Je voulais faire un morceau, qui pue la rage, dans lequel j’évoquais, d’une autre manière, et sous d’autres angles que dans « Afrikan History X », les problèmes rencontrés par les gens de la communauté noire encore une fois. Cette-fois ci, je ne vous cache pas, un peu influencé par les divers événements dramatiques et à caractère raciste dont ont été victimes entre autre des noirs tels qu’Alton Sterling aux USA, ou encore Adama Traoré ici en France.
J’ai commencé à écrire donc sur une prod de Richie Beats (Afrikan History X justement) qu’il m’avait envoyée par mail quelques jours plus tôt.
La confection du morceau suivait son cours, paisiblement, et les phrases me venaient de manière fluide et limpide.
À un moment du texte, je me suis mis à bloquer sur quelques phrases, je n’arrivais pas trouver de suite à cette partie de couplet.
J’ai donc « laissé reposer » comme je fais d’habitude dans ce genre de cas, c’est à dire que je me penche sur un autre morceau lui aussi en chantier, avant de me remettre, plus tard, dans l’écriture du premier.

Quelques jours s’enchaînent, durant lesquels je n’avance pas des masses sur le son. J’avais l’impression que parti comme ça l’était, le truc final risquerait d’être trop « doux » (façon de parler bien sûr), du moins par rapport à l’idée de base. Et en fait, c’était la mélodie de la prod qui m’empêchait de faire ressortir la rage que je voulais exprimer. Comme si tout compte fait, elle ne correspondait pas à l’énergie que je cherchais à communiquer à travers ce titre.
Puis par pur hasard, je reçois un jour un mail d’un jeune beatmaker, du nom de DST, qui m’envoyait pas mal de prods depuis déjà pas mal de temps, sans que ça ne retienne spécialement mon attention.
Ce jour ci, j’ouvre son mail sans réelle attente de quoi que ce soit d’intéressant, et lance alors l’écoute des pièces jointes.
Et là, claque dans la gueule. J’entends un sub sorti tout droit des abysses, qui d’entrée plante le décor. Je suis pris par la mélodie, et le beat est parfait pour mon flow.
Juste pour essayer, je me met à rapper ce début de morceau que j’ai commencé il y a quelques jours, et… Le truc s’accorde parfaitement.
Le même texte, exactement le même, mais placé sur une autre prod, plus sombre, plus oppressante, change immédiatement la direction du morceau.
J’avais l’impression que je venais de trouver LA prod qu’il me fallait depuis pour le morceau plein de seum que je voulais faire.
L’inspiration est alors revenue, et j’ai fini en quelques heures le texte entier, y compris les refrains.

En enregistrant le morceau, je savais que j’avais fait un morceau lourd, mais je me suis rendu compte de la réelle ampleur qu’avait l’air d’avoir le Track, grâce aux retours qu’on a eu notamment des médias qui ont écouté le projet.
De manière quasi-systématique, ce titre revient dans le top 3 des plus cités de l’album. Presque aucune interview ne se fait, depuis le début de la promo, sans que l’on me parle et le pose des questions quant au sens de ce morceau, certaines phrases qui sont dites, la manière dont je traite le sujet sans langue de bois ni tabou. Bon, apparemment, on tient un autre futur classique !

Espérons que L’avenir et le public ne les fasse pas mentir ! »

10. Abel & Caïn

« ABEL & CAIN CE SOIR !! Le fameux « Abel & Caïn » que vous avez tant apprécié !

Depuis longtemps déjà je voulais faire un vrai morceau de « Story Telling », dans lequel je prendrais le temps de développer une histoire, et d’en détailler chaque tenant et aboutissant.
Quand j’ai commencé l’écriture de l’album, on se disait souvent avec Oumar (mon manager), qu’il fallait une histoire de rue, bien sombre, qui tournerai, comme beaucoup d’histoires de rue, autour de la trahison, la vengeance.
On a donc d’abord pensé le morceau, avant même d’en avoir la musique, la forme, quelle qu’elle soit.
D’ailleurs pour ceux qui me demandent souvent si l’histoire du morceau est vécue ou si c’est de la fiction, je me suis inspiré de faits réels, de vrais coups fourrés qu’on a pu me faire de par le passé, par appât du gain. J’ai amplifié certains détails, et ai pris des bouts d’autres vraies tragédies de quartier aussi, qui sont arrivées à des proches et moins proches, afin d’avoir le résultat le plus cinématographique possible.
Un morceau qui puisse tenir l’auditeur en haleine, en prenant le soin d’entrer le plus possible dans le détail des événements.
Et je tenais à ce que l’histoire se termine de la manière la plus tragique qu’il soit, pour bien montrer à quel point ce type de situation, dans un contexte RUE, pouvait dégénérer et atteindre ces points de non-retour.
Car il s’agit quand même là de l’histoire de « FRÈRES » d’autres mères, qui ont quasiment TOUT vécu ensemble, tout ce qu’il peut y avoir de pire et de meilleur. Et qui en arrivent au final à se haïr, à devenir des ennemis jurés, pour des affaires de gros sous, pour au final carrément s’entretuer.
S’il devait y avoir une morale, ou du moins une « leçon » à tirer de ce titre, c’est qu’il n’existe AUCUN lien qui soit imbrisable. Et que les humains, parce qu’ils sont humains justement, sont imparfaits, soumis parfois, et même souvent, à leurs passions, leurs plus bas instincts, et qu’en aimant un ami, un frère, un homme, une femme, peu importe, on en oublie qu’eux et elles aussi sont faits de faiblesses, de lâcheté, et de toute sorte d’autres travers.
La prod est de Redrumusic, mon ami Leny, le « couteau-suisse grec de Belgique », et on a fait appel à Therapy 2093 pour effectuer de légers arrangements une fois que les voix ont été posées et le morceau quasi-prêt à être mixé.

Pour la petite anecdote, une première version de ce morceau avait été kickée, sur une prod de Punisher, mais qui avait été, quelques mois auparavant, d’abord envoyée à Rohff.
Suite à un bug de communication entre les premiers protagonistes du son, j’avais donc enregistré mon morceau sur l’instru, la croyant libre.
Mais au final, une fois le malentendu éclairé, nous avons cédé le son à son premier propriétaire. Il s’agit de la prod du morceau « L’argent parle », sorti sur un de ces derniers albums.

En tout cas je suis très content des retours sur ce titre, et sur son clip, réalisé par les talentueux Beat Bounce Entertainement , et surtout honoré que beaucoup d’entre vous le considèrent déjà comme un classique. »

11. Margiela

« Ce soir c’est du track 11, « MARGIELA », que je vais vous parler.
Un track qui me tient particulièrement à cœur, car c’est des sons de l’album dans lesquels je me livre le plus sur 2-3 trucs concernant ma jeunesse, les conditions dans lesquelles j’ai grandi, etc.
La prod est de High Klassified , un producteur canadien super chaud, avec qui je n’avais jamais travaille auparavant, mais dont la touche musicale rentrait totalement dans le délire dans lequel j’étais sur cet album.
À la base, moi et Oumar avions pour idée que je devais faire un banger sur cette prod. Mais à force d’écoute répétée de cette dernière, la seule vraie inspi qui m’est venue, fut assez sombre et mélancolique.
La mélodie m’a donné envie de « me raconter, plus que de me la raconter » (comme je le dis dans la chanson).
Donc quand j’ai envoyé le morceau à Oumar pour qu’il me dise ce qu’il en pense, il m’a dit : « Le truc est chaud ! Même très chaud ! Mais je trouve dommage que tu l’aies pris comme ça parce que du coup on n’est plus du tout dans le banger qu’on cherchait de base ! Le truc aurait pu être dansant… Mais après le son est chaud hein ! Attention ! C’est bien chaud même, c’est juste que bon… Voilà. Mais c’est chaud en tout cas. » 

A la base, le morceau a failli ne pas être sur l’album, car il était en compétition avec un autre morceau, assez introspectif lui aussi, et que j’affectionne énormément aussi. Mais au final, à coup de semaines de réflexion, d’hésitation et de tergiversation, on a finalement pour réhabiliter « Margiela » en tant que titulaire indiscutable de « YURI ». Et il se trouve qu’avec du recul, j’aurais fait une énorme erreur de ne pas le mettre sur le track listing final, car je pense qu’il apporte totalement, et qu’il fait partie des titres qui peuvent toucher les gens, et les faire se reconnaître dans ce que je raconte dedans.

On n’est plus qu’à quelques heures que vous puissiez me donner votre avis sur ce morceau ! J’espère qu’il vous plaira ! »

 

Dosseh n’a pas encore révélé l’histoire des trois derniers de son album, « Myah Bay », « Putain d’époque » et « Mariott Hotel ». La chronique de « Yuri » est à lire ici.

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