Home / Actualités  / De NTM à MHD : Le fabuleux destin du rap français

De NTM à MHD : Le fabuleux destin du rap français

De NTM à MHD, le rap français a connu une évolution spectaculaire ces 30 dernières années, retour sur ce phénomène

Chaque année le rap français semble grossir un peu plus, remplissant des salles qui étaient jusqu’alors réservées aux grands noms de la Chanson française et du Rock. Cet article s’intéresse à l’évolution qu’a connu le Rap en France et pour cela, nous avons décidé de vous préparer une rétrospective du genre musical depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui. Avant d’explorer l’histoire du rap français, rappelons que le Hip-Hop est un mouvement culturel dont les valeurs s’expriment sous plusieurs formes parmi lesquelles le Rap donc, mais aussi le DJing, le graffiti et le break-dancing. Si aujourd’hui c’est bel et bien l’exercice vocal qui domine tous les autres par sa popularité, il n’en a pas toujours été ainsi. A l’orée du mouvement Hip Hop, les vedettes étaient les DJ et danseurs. D’ailleurs, un nombre non négligeable de rappeurs des années 1980-1990 ont débuté en tant que breakers (en France : Booba et Shurik’n par exemple).

 

Les prémices du mouvement hip hop en France

L’aventure débute en 1979, lorsque le groupe afro-américain The Sugarhill Gang sort le titre «Rapper’s Delight». Premier tube mondial de Rap, il permet la découverte du genre musical pour de nombreuses personnes. Ce morceau inspira même le jeune Phil Barney, alors DJ sur Carbone 14 (fameuse radio libre du début des années 1980) qui deviendra par la suite un célèbre chanteur de Variété française. Sa passion pour la ‘musique noire’ lui donna envie de partager ce morceau aux sonorités novatrices avec les auditeurs de sa fréquence. Persuadé que cette nouvelle façon de poser sa voix sur une musique allait gagner en popularité, il est le premier Français à s’exercer publiquement dans le style en proposant un rap pour le générique de son émission. D’autres artistes de chanson française s’y essaieront dans la foulée.

En 1982, Europe 1 marque l’histoire en organisant la tournée internationale New York City Rap. L’idée, c’était de permettre à certains rappeurs américains de se produire sur les scènes d’Europe et notamment françaises (Paris, Lyon, Strasbourg…). Cette initiative, dans la continuité de l’élan amorcé à petite échelle par Carbone 14, offre la possibilité à un public plus large de découvrir les valeurs du Hip Hop ; du rap à ses artisans.

 

Lors de l’année 1984, le géant de l’audience télévisuelle qu’est TF1 lance une émission sobrement intitulée H.I.P H.O.P. Pour présenter ce programme dominical d’un quart d’heure rendant hommage au mouvement éponyme, c’est le DJ Sidney qui est choisi. A noter qu’il est le premier présentateur noir de la télé française et qu’il anime la première émission au monde consacrée au Hip Hop. (Cocorico !)

 

Dès 1990, Olivier Cachin emboitera le pas avec son émission RapLine, désormais culte et prise depuis comme référence dans certains clips de rap français [1], [2].

 

 

Un autre grand nom à qui le rap français doit énormément : DJ Dee Nasty. Imprégné de ce qu’il a pu découvrir depuis 1978 lors de ses voyages aux Etats-Unis, il revient en France désireux d’honorer la culture hip hop. En scratchant durant ses sets radio, en dansant avec d’autres passionnés à la Chapelle dès 1986, en graffant et même en sortant un album de rap, Dee Nasty est à lui seul une incarnation du mouvement. Il s’efforce notamment de promouvoir le Hip Hop dans l’émission Deenastyle sur Radio Nova qui deviendra un rendez-vous obligatoire pour les acteurs de la discipline.

 

Les premiers rappeurs de l’Hexagone

La fin des années 1980 voit émerger de nombreux groupes talentueux, désormais célébrés comme des piliers du rap français. D’Assassin (1985) à IAM (1989) en passant par Suprême NTM (1988), tous ont vécu et contribué passionnément à l’avènement du nouveau genre musical dans le paysage français.

Initiée en 1990 par Virgin, la compilation Rapattitude est le catalyseur qui fait définitivement exploser le rap dans le pays. Dans cette première compilation de rap français (qui s’avère être un succès commercial), on retrouve certains noms cités précédemment.

Claude Honoré M’Barali alias MC Solaar est l’un de ces rappeurs qui s’est fait connaître grâce à l’émission Deenastyle. En 1990, sa verve et son style particulier offriront au rap français son premier tube : « Bouge de là », single précédant l’album Qui sème le vent récolte le tempo. Ce hit entraine le rap hexagonal dans une nouvelle dimension. En effet, les autres rappeurs commencent à être courtisés par les maisons de disques ; lesquelles rêvent de reproduire le succès commercial que Polydor a connu avec le Double A.

 

 

Parti pour être pleinement intégré au système commercial de l’industrie, le rap français connaît une phase de trouble où les revendications politiques portées par ses acteurs s’affirment brutalement. On peut par exemple citer les chansons engagées d’Assassin, ou IAM et leur premier album …De la planète Mars. Mais cette virulence se manifeste aussi en dehors des studios, comme lors du violent face à face où les membres d’NTM expriment le mal-être des banlieues face à la ministre Michèle Alliot-Marie en 1995 sur le plateau de Zone Interdite. Le Ministère A.M.E.R. n’est pas en reste avec les polémiques politiques suscitées par les morceaux « Brigitte (femme de flic) » (1992) et « Sacrifice de poulet » (1995).

Une reconnaissance bien méritée

1995 est une année particulière pour le rap français. Elle marque la reconnaissance du public et des professionnels envers les artistes du genre. C’est en effet durant cette année qu’IAM et MC Solaar sont consacrés lors de la cérémonie des Victoires de la musique. Les premiers en tant que groupe de l’année, et le second dans la catégorie artiste masculin. Le rap français décroche ses lettres de noblesse. La Première consultation du Doc en 1996, Quelques gouttes suffisent… d’Ärsenik en 1998 ou encore Les Princes de la ville du 113 feat. DJ Mehdi en 1999 sont autant de pierres qui s’ajoutèrent à l’édifice, que dis-je… Au monument qu’est aujourd’hui le rap français.

 

Puisque le Rap a débarqué en France par les ondes sauvages (rappelez-vous : Carbone 14), la question de la conquête des radios de masse après l’épisode des Victoires de la musique est un nouvel enjeu.

C’est Skyrock qui s’imposera comme le premier grand canal d’écoute du Rap en France. La station profite d’une restructuration nationale des programmes radiophoniques initiée par la loi Toubon de 1994 sur les quotas de chansons francophones. Dès 1996 la radio ambitionne d’être « Première sur la Rap ». Des émissions spé’ comme Planète Rap ou Couvre feu (animée par Jacky Brown) sont organisées et permettent à une nouvelle vague talentueuse de tout rafler. Le légendaire label Time Bomb en est un exemple. L’écurie a permis l’éclosion de MCs tels qu’Oxmo Puccino, ou les groupes X-Men et Lunatic.

Un rap français plus éclectique

En 2000, le duo Booba-Ali développera son discours sombre et tranchant avec une volonté d’indépendance qui résonnera par la suite comme un moyen d’affirmer son identité et de s’opposer au polissage des maisons de disque. A l’instar d’un groupe comme Assassin, Lunatic est donc à l’autoprod et le succès commercial de l’album Mauvais œil n’en est que plus magistral. En 2017, et même si le groupe s’est dissout il y a une quinzaine d’années, son influence est indéniable. Si en solo, depuis Temps mort (2002), Booba perpétue la philosophie « on veut tout et tout de suite » en y accentuant l’individualisme, il a également conservé son attachement à l’indépendance en montant le label Tallac Records et a développé un esprit entrepreneurial certain (Ünkut, OKLM, parfum, alcool…). On retrouve dans cet exemple l’attrait pour l’autonomie et les business, très répandue dans le mouvement hip hop.

 

 

Si le Rap connaît des succès commerciaux en France avec les noms déjà cités, il ne faut pas éluder le bouillonnement artistique qui se manifeste en bas, dans l’underground. Aussi, le nouveau millénaire voit naître de nouvelles façons de faire du Rap. Parfois satiriques, souvent décalées et toujours originales, ces formes permettent d’élargir l’éventail des genres proposés (cc. TTC, Stupeflip etc.). Cette dynamique d’ouverture dans le rap hexagonal a également permis la féminisation (partielle) du genre. En 2003, Diams explose avec son troisième album Brut de femme avant que Casey et Keny Arkana sortent chacune leur premier disque en 2006.

Les rappeurs à l’heure d’Internet

Internet vient comme une révolution dans le monde des industries culturelles, et la musique (dont le Rap) n’y échappe pas. Si l’on a déjà moult fois entendu parler des dangers d’internet pour les artistes (téléchargement illégal toussa toussa), il ne faut pas oublier les incroyables opportunités que le Web a aussi généré.

 

Grâce à YouTube, Facebook ou MySpace, les artistes peuvent désormais s’affranchir des maisons de disque et partir directement à l’assaut du public. Un exemple simple, basique, c’est le succès populaire qu’a connu Orelsan vers 2008 grâce à ses clips « Changement », « Différent » et « Sale put* ».

 

« En trois clips j’ai fait plus de buzz sur le net que Google »

 

Les réseaux sociaux sont dorénavant grandement investis par les artistes qui ne cessent de faire preuve d’inventivité pour communiquer. D’une relation quasi-amicale avec leurs fans comme le fait jovialement Jul à un subtil effacement pour mettre en avant leur musique (le cas PNL), la palette des stratégies de promotion ne cesse de croître. Cela, au profit de nouvelles expériences entre publics et artistes.

 

Le rap français, quel bilan ?

Pluie de disques d’or et de platine depuis que le SNEP comptabilise le streaming pour les certifications. Le Rap est devenu le genre musical le plus populaire, apprécié par plusieurs générations (« de 7 ans à 77 ans » comme dirait Black M).

Les MCs actuels portent même l’image de la France à l’étranger comme c’est le cas avec MHD, pionnier de l’Afrotrap dans l’Hexagone. Un gigantesque concert à Conakry devant 60 000 spectateurs et une tournée américaine font du jeune rappeur un emblème diplomatique de la culture française.

A la richesse qu’apportent les nouvelles sonorités africaines, s’ajoutent depuis quelques années la patte de nos voisins belges. En effet, les rappeurs du royaume ont incontestablement influencé le genre de manière à ce que l’on ne parle dorénavant plus de rap français mais de rap francophone. Des artistes comme Hamza, le duo Caballero & JeanJass ou encore Damso (et oui, y a toujours Dems !) sont les étendards de ce mélange culturel que permet le Rap.

 

 

Le milieu des années 2010 marque également le retour de certains acteurs historiques du rap. Lino avec Requiem, et les X-Men avec Modus-Operandi en 2015, les Neg’ Marrons avec Valeur-sure en 2016 et MC Solaar revient avec Géopoétique en 2017 ; nous montrant ainsi que l’amour de la plume n’est jamais fini walabok !

 

Il incombe aux rappeurs d’aujourd’hui d’écrire la suite de la légende…

 

Source : La Story du rap français, 30 ans de succès (H2O Productions)

zosafa.niasuh@gmail.com

Review overview