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Un bon clip de rap : La recette de VRF

Tous les ingrédients pour un bon clip de rap, la recette de VRF.

Aujourd’hui, ce n’est plus un secret pour personne, l’apparence est primordiale. Et la Hip Hop music n’échappe pas à cela. Ainsi, nous allons ici nous intéresser à la mise en images des morceaux du genre avec une simple question : qu’est-ce qu’un bon clip de Rap ?

 

Rappelons que ce courant musical est très friand d’images littéraires (allégories, métaphores, réification…) ce qui donne un intérêt supplémentaire à notre sujet.

 

1. Des mots à l’image

Initialement, les artistes s’associaient aux réalisateurs afin de mettre en images leurs paroles pour qu’elles puissent aussi être comprises avec les yeux. Or, le Rap est riche de différents styles de texte (égotrip, à thème, storytelling). Ceci pose alors la question de l’adaptation visuelle ; problématique essentielle car, bien menée, elle permet une pertinence qui plongera l’auditeur dans l’univers artistique du MC. Et, après tout, n’est-ce pas l’objectif d’un clip ?

Si pour les « rap à thème » et storytelling l’intrigue visuelle peut être aisée à créer. C’est bien différent pour les morceaux égotrip. Le casse-tête des réalisateurs est le suivant : comment octroyer une cohérence visuelle à un texte hétérogène sur le fond ?

Evidemment, il existe quelques astuces qui, avec le temps, sont devenues des emblèmes de l’imagerie Rap (riche en égotrip). Si le texte se réfère à la violence, au sexe et/ou à l’argent, il semble efficace de mettre en avant des armes, de jolies filles et de grosses cylindrées. Ainsi, début 2015, le comédien Ramzy nous filait sa recette d’un clip réussi.

Voici le résultat lorsque l’on répond avec brio à l’impératif de la pertinence :

En accord avec l’atmosphère du clip, la nudité en devient même artistique.

 

2. Tout pour une bonne collaboration

Pour bien répondre à la question qui guide notre article, il ne faut pas négliger la dimension de l’affinité entre le rappeur et son réalisateur. En effet, ils sont nombreux en France à pouvoir clipper un morceau, mais lequel choisir ?

La sélection est un passage inévitable qui a de nombreuses conséquences sur la suite du parcours. Le choix se fait évidemment en fonction du sens que l’on veut donner à la vidéo, mais afin que la collaboration soit optimale, il peut aussi être intéressant pour le rappeur de prendre un réalisateur proche de ses valeurs. C’est ainsi que peuvent naître de longues idylles artistiques (s/o le couple Booba x Chris Macari).

A noter la présence de femmes qui se font doucement une place dans ce monde très masculin. L’une d’elles, Leila Sy, s’est faite remarquer par son association avec le « Dernier MC » sur des clips très aboutis.

 

3. La loi du format

Une fois le réalisateur choisi, le rappeur doit décider du format qu’il veut associer à son morceau. Et il en existe plusieurs. Du clip standard (qui domine à la télé notamment) aux street-clip en passant par les courts-métrages. Le format sélectionné donnera le ton final du morceau, c’est donc un point stratégique.

On privilégiera un street-clip pour un titre à la gloire de la rue et de ses activités. La particularité de ce format est qu’il ne nécessite pas de grosse logistique, une caméra suffit. L’avantage principal est le faible coût. Cela fait de ce type de vidéo un bon produit d’appel pour un MC voulant attirer le public à moindre frais.

Le format standard est plus professionnel et propose une image véritablement léchée. Contrairement au street-clip, il requiert donc du matériel, et parfois même beaucoup (spots lumière, drone, figurants, maquillage, fond vert…). Il convient à tous types de morceau. Le rappeur opte pour cette formule afin d’insister sur le caractère pro de sa démarche. C’est un véritable investissement (souvent plusieurs milliers d’euros).

Enfin, avant de clore la question du format, on ne pouvait pas éluder les courts-métrages. Ces derniers sont un véritable parti pris de l’artiste qui désire donner une aura cinématographique à son œuvre. De Naha à Bene, c’est un genre qui peut parfaitement coller aux storytelling.

Pour qu’un clip soit réussi, c’est au rappeur de faire le bon choix.

Format street’zer :

4. Des mots à l’image des mots

Une autre formule qui a prouvé son efficacité à plusieurs reprises est celle du clip dit « typo ». Du Suicide social d’Orelsan au Menace de mort de Youssoupha – sortis le même jour – en passant par la Lettre à un jeune rappeur de Sofiane, les mots animés sont aussi une arme redoutable pour saisir l’audience. L’avantage le plus évident est que, de fait, en présentant les paroles, ce format empêche l’incompréhension lyricale du public et les « XXX » que le site d’analyse Genius abhorre tant. Accompagnées d’illustrations, les paroles peuvent offrir un véritable dynamisme.

 

 

5. L’intégration de l’artiste

Pour que le public soit immergé dans l’image, se pose également la question de la mise en scène du rappeur de manière originale. Comment l’intégrer à la trame ? En faire un acteur de l’action ou un narrateur extérieur ? Doit-il nécessairement être présent ?

La trilogie Selfie de Vald est un cas intéressant car, dans la version tout public, le rappeur campe le rôle d’un guitariste extérieur au couple (en référence au film Mary à tout prixpuis celui de réalisateur amateur (ou gros pervers) dans la version pornographique. Ainsi, il marque une distance avec le propos de son morceau, ce qui permet un décalage humoristique.

Le MC peut aussi être mis en scène à deux époques de sa vie. Le clip Or Noir de Kaaris en est un bel exemple. En plus d’avoir brillement incrusté des références culturelles (Dbz, La Haine, Nas…) pour plonger le spectateur dans l’univers d’un morceau intime, les réalisateurs Greg & Lio ont superposé la jeunesse de Kaaris à sa vie d’adulte. Le contraste créé épouse alors parfaitement le leitmotiv « Back to the future » de Therapy.

 

Outre-Atlantique, on peut s’intéresser au travail de Philip Atwell qui a collaboré avec Eminem pour clipper Stan. Bien que la storytelling soit moins dure à mettre en image, il faut souligner le talent dont a fait preuve le réalisateur pour la storyboard du clip en juxtaposant les histoires du fan tourmenté et du rappeur. Tant à l’écrit qu’à l’image, mettre en scène l’artiste comme responsable d’un drame n’est pas évident, mais lorsque c’est réussi, cela donne le classique qu’on connait.

Plus récemment, on peut évoquer le clip Wyclef Jean de Young thug qui est un ovni dans son genre car, bien qu’à l’origine le rappeur ait voulu apparaître, les aléas de sa vie d’artiste l’on empêchés de se présenter au tournage dirigé par Ryan Staake. C’est alors le génie du réalisateur qui a permis de combler cette absence pour finalement atteindre la barre des 17 millions de vues.

6. Un modèle hybride pour une meilleure compréhension

Dans le monde du Rap, et depuis déjà un certain temps, les consommateurs de clip ont pu remarquer un nouveau type de réalisation. Celui-ci consiste à alterner entre vidéo mettant en scène le rappeur et images/extraits à très courte durée. L’objectif de cette formule hybride, misant sur la postproduction, est de pouvoir mieux illustrer les paroles, notamment si l’on a opté pour le format du streetclip.

 

 

7. Penser un clip pour solliciter le public

Avec l’avènement des réseaux sociaux (dont Twitter l’hyperactif), il devient nécessaire de penser à la manière dont le public va réagir au clip. Ainsi il peut être intéressant de l’adapter en amont afin d’offrir aux internautes la possibilité d’en ressortir des captures d’écran ou .gif qui seront détournés pour animer les réseaux sociaux avec des mèmes. Par ce procédé, le rappeur s’assurerait un élargissement de public, s’exportant au-delà de sa fanbase traditionnelle. Outil marketing redoutable donc.

 

Les échecs…

Après avoir listé les ingrédients nécessaires à un bon clip de Rap, nous allons dorénavant et désormais nous intéresser aux échecs.

Les échecs idéologiques

Le premier exemple qui me vient en tête est celui du clip d’IAM, La Fin de leur monde, exclusivement diffusé sur internet.

Brève présentation : morceau fleuve de dix minutes illustré par des extraits de JT, documentaires et où les rappeurs n’apparaissent pas. Alors que tout au long du titre l’Etat et les acteurs politiques en prennent pour leur grade, la vidéo s’achève sur un appel au vote. Un profond paradoxe qui vient affaiblir le message de contestation que le morceau portait en étendard.

 

Le placement de produit bien trop grossier

Vous rappelez-vous du morceau Changement d’ambiance de la Sexion d’Assaut ? Un titre où s’enchainent plusieurs storytelling et qui avait donc un énorme potentiel visuel. Cependant, probablement parce que le Wati B commençait à prendre une ampleur nationale, les rappeurs et leur manager (Dawala) ont été contactés par la Fox pour réaliser le clip promotionnel du film L’Agence tous risques.

Le problème lors du visionnage ? Un manque flagrant de pertinence entre les couplets et l’image. Là où d’habitude le produit doit s’intégrer (subtilement) au clip, c’est ici l’inverse avec des extraits quasi-incessants du film et des artifices bien maladroits pour essayer de coller aux lyrics. Il aurait été préférable d’écrire un morceau inédit pour porter la promotion du film avec plus de force.

Bref, la réception du public a été telle que la vidéo n’est plus disponible sur la chaîne YouTube du groupe parisien. En somme, loin de se dérouler sans accro : le plan a échouééé !

Bella - Maitre Gims

Eléphant de Booba, un cas de crise ?

Rappelons que le clip Eléphant est sorti en exclusivité sur la chaîne OKLM TV, porté par le D.U.C. Cependant, les premières réactions rapportées par Twitter laissent entendre que le clip est un fail, une anomalie par rapport au reste de la vidéographie du rappeur. Sur ce même réseau social, un compte d’actualité dédié à l’artiste a publié un extrait qui permet de mieux comprendre les raisons de cette mauvaise réception. En effet, en se basant sur cette vidéo on observe clairement que le fond vert est très grossièrement utilisé, ce qui a fini par corrompre la performance. Au bout du compte, et grâce à la veille internet de son équipe comm’, Booba a limité les dégâts en ne diffusant pas le clip sur YouTube

Pour finir…

Pour résumer, un bon clip de Rap se doit d’être cohérent sur la forme et le fond, de proposer une mise en scène intéressante tout en intégrant des références culturelles qui pousseront le public à s’identifier. Aussi, pour un succès à moyen et long termes sur l’audience, le réalisateur doit anticiper la réaction des réseaux sociaux.

Enfin, je voudrais conclure cet article en rendant hommage à ces clips que l’on attendait avec tant de ferveur mais qui ne sont jamais sortis.

 

zosafa.niasuh@gmail.com

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