Un Univers de « Cainri »

Il se nomme Zola mais n’y voyez aucun lien avec l’auteur des Rougon-Macquart. Zola est simplement le diminutif de son nom de famille. Issu de cette génération de rappeurs aux dents longues comme Koba LaD et RK, qui eux connaissent déjà le succès qu’ils méritent, l’Evryen a pris son temps.

Il avait marqué les esprits du public dès 2017 avec le morceau Belles femmes puis quelques mois plus tard avec Extasy. Il passe alors du statut d’inconnu à celui du quasi rookie de l’année 2018 pour certains, et au moins à l’un des plus grands espoirs du rap français pour d’autres. Son univers est souvent qualifié de « cainri », son flow trap, ses locks et son attitude renforçant cet aspect.

En 2018, il a régulièrement envoyé des sons sur sa chaîne YouTube et offert des freestyles aux médias spécialisés. Il a aussi posé sur la bande originale du film Taxi 5, histoire d’alimenter son actualité et d’accroître sa popularité. Depuis deux ans une hype s’est créée autour du personnage et un projet était attendu. Une attente que les fans assouvissent depuis la sortie, le 5 avril dernier, de Cicatrices son premier album studio, au nom évocateur… Chronique.

Tracklist

1. Baby Boy

Un premier son, deux indices : le name-tag de Kore et le gimmick de Zola. On retrouve le rappeur posé mais plein d’envie sur un égotrip au refrain entêtant. Une introduction qui donne le ton, une belle entrée en matière.

2. Fuckboi

Le morceau débute sur quelques notes que l’on dirait tout droit sorties d’un jeu-vidéo des années 90, qui apporte une ambiance retro au son. Zola enchaine les accélérations de flow, les changements de voix, pousse l’auto-tune. Zola ose, Zola s’amuse et ça se sent !

3. Mojo

Quelques notes de piano en boucle accompagnées d’énormes basses composent ce beat signé Christopher Ghenda. Le rappeur se la joue Carl Johnson dans le jeu-vidéo GTA San Andreas. Comme si bolides, glocks, drogues et prostituées étaient le quotidien d’un jeune homme d’Evry. Une plongée égotrip dans le monde fictif dans lequel vit Zola. Dépaysant.

4. Ouais Ouais

Premier morceau un tantinet introspectif dont Zola avait balancé le clip en octobre dernier, et avait séduit le public. Le trappeur envoie un autre banger agrémenté de petites phases qui permettent d’en savoir un peu plus sur lui, « J’prends le rôle de mon papa et depuis p’tit déjà ». Il commence à se livrer et on apprend à le connaitre. Juste un peu, pour l’instant.

5. Jamais

Zolaski raconte ici son ancienne vie de dealer de seum, du hall de son bâtiment jusqu’au boulevard Haussman. Son aisance est impressionnante, surtout sur le troisième couplet où il varie les flows, multiplie les rimes et les assonances. Il s’agit là de l’un des gros titres du projet. Sachez que, et c’est ce qu’il répète cinquante fois dans le morceau, Zola ne pourra jamais prendre le seum. Jamais.

6. Club

Sur Club le retrouve presque en crooner nous invitant pour une promenade le long de la côte californienne. L’ambiance très envoutante de l’instrumentale, coproduite par Aurélien Mazin, Kore et Kezah, nous plonge dans un tout autre univers. Le tour de force c’est que le fond reste le même. Le rappeur narre sa vie de quartier jonglant entre meufs, drogues, motos et voitures. Un morceau inattendu et pour le moins réussi.

7. Papers feat Ninho

Que dire à part que Ninho est actuellement sur le toit du monde. Chaque apparition du emcee essonniens est explosive. Et celle-là ne déroge pas à la règle. Il y a une réelle alchimie entre les deux rappeurs, une bonne vibe et un super refrain. Zola balance par ailleurs son plus gros couplet. C’est LE hit du projet !

8. Extasy

Ce morceau clipé est déjà considéré comme le grand classique de Zola. Connu du public depuis plus d’un an, c’est avec ce son que le rappeur avait gagné en popularité et ainsi acté son passage de petit rookie à grand espoir du rap français. On est content de le retrouver sur l’album.

9. Kinshasa

Voilà un autre son à l’ambiance californienne. Pour le fond, c’est la même histoire, le « cartel », les « bitchies », la délinquance. Quand Evry devient Cali ou Sinaloa. Le thème est redondant mais on en apprend un peu plus sur Zola.

« Kinshasa, Matadi / La culture de Paris / Né d’un père congolais et d’une daronne française /J’habitais à Évry dans un p’tit HLM puis /J’ai grandi, j’ai appris /Que la vie nous réserve des soucis. »

La vibe est cool, on se surprend à réécouter le morceau en voiture, fenêtres ouvertes. Comme un avant-goût d’été.

10. Astroboy

C’est dans ce genre de morceaux, très courts, que Zola excelle. La prod’ est calibrée et efficace. Le morceau est plein de gimmicks, d’attitude et possède une répétition bienvenue au refrain. Écoutez. Appréciez.

11. Zolabeille

Zola « Duragé comme dans Menace » avait envoyé le single Zolabeille en février dernier. Sur le premier extrait officiel du projet, c’est de nouveau Kore qui produit un beat planant et léché qui nous transporte loin de Paris.

12. 7.65

Surprenant. Zola dévoile un morceau de « funk brésilienne » pour reprendre le terme introduit par Sadek définissant la rythmique « boum tcha tcha // tcha tcha ». Pour le coup c’est très bien ficelé, le morceau est entrainant, bien que les paroles soient dures. On s’imagine facilement danser sur ce son tout l’été.

13. Alloicizolaski4 feat Key Largo & No Name

Deuxième et dernier feat du projet. Zola invite le duo Key Largo et le rappeur No Name sur une prod’ sombre, de nouveau estampillée Aurélien Mazin x Kore. Le featuring est bien construit, les apparitions sont pertinentes et incisives. Un pur banger qui fait bouger la tête. Attention aux torticolis.

14. L1 L2

C’est l’histoire d’une chasse entre l’évryen et l’une de ses proies, qu’il finit par attraper. Une ode à la baise, un peu simple et redondant. La seule chose que l’on retient du son c’est quand il exprime ce que tous les fans de Breaking Bad pensent tout bas « J’ai jamais aimé Skyler, ni en streaming, ni sur Netflix ». On passe néanmoins rapidement au morceau suivant.

15. Cicatrices

C’est le titre éponyme du projet que délivre ici Zola. Il aborde son quotidien de dealer et sa volonté de faire de l’argent. L’utilisation de l’auto-tune est dosée d’une main de maitre. Le rappeur pose sa voix d’une manière très soft, le son est calme et plaisant à écouter. Une clôture d’album tout en douceur.

16. B.A.L

Très bon track qui aurait eu sa place dans l’album. Relégué au rang de « bonus track » ce morceau est un nouveau banger dont le propos principal est la vente de drogue, l’évolution de sa carrière de dealer ainsi que les conséquences d’un tel mode de vie. Un bon son pourtant mal placé dans le tracklisting et qui termine l’album de manière moins convaincante qu’avec Cicatrices. C’est dommage.

« Répétitif mais avec un univers créatif »

Zola a pris son temps et il a bien fait. Il délivre ici un premier album, sans être passé par la case EP ou Mixtape, maitrisé et convainquant. Le fait de s’être entouré de l’équipe de AWA (Arab With Attitude), et notamment de Kore à la direction artistique, a été un pari gagnant. Le projet est calibré pour fonctionner. En moyenne les musiques font deux minutes quarante, ce qui convient parfaitement à la consommation musicale boulimique des auditeurs de rap.

Bien que Cicatrices soit répétitif dans les thèmes, le rappeur originaire d’Evry a réussi à développer un univers singulier, à maitriser sa voix et même à surprendre le public. Les ambiances west coast sur Club, Kinshasa ou encore Zolabeille amènent un peu de fraicheur et rendent le projet plus digeste.

Ce premier album est donc une réussite et pourtant on imagine que la marge de progression du rappeur est encore grande, ce qui est de bon augure pour l’avenir du rap français. Petit à petit Zola cracke le game à coup de code de triche : L1, L2, R1, R2, haut, bas, gauche, droite, haut, bas, gauche, droite. Pour le plus grand bonheur de ses fans.

14/20