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CHRONIQUE : ZEKWÉ – FRAPP MUSIQ

Zekwe "Frapp" fort avec cet EP

Le temps est passé depuis le dernier projet Zekwé Ramos ! Ou simplement Zekwé ? Je ne sais plus vraiment comment l’appeler, je vais opter pour le second choix pour la suite de cette chronique. 28 avril 2014, « Seleçao 2.0 », c’est la date de la sortie de sa dernière mixtape. En l’espace de 2 ans et demi, le rap a bien changé, SCH est devenu Disque d’Or, et, est sur la bonne voie pour en avoir un deuxième, le duo essonnien PNL composé d’Ademo et N.O.S ont tourné leurs clips au Japon, en Namibie ou encore en Islande, et s’est avéré être l’un des groupes les plus révolutionnaires de l’histoire du rap francophone, Jul a sorti 8 mixtapes/albums et a cumulé plus de 600 000 ventes, toutes choses ayant un intérêt évoluent au fil du temps. Compliqué de faire un retour tonitruant dans un monde où tout s’adapte selon l’actualité. Zekwé marque son retour avec « Frapp Musiq », un tracklisting comportant 9 titres, parfait pour une chronique. Cet EP a le mérite d’être totalement auto-produit, de la première note, au dernier mix que comporte le CD. Ce fait est assez rare, donc il est totalement légitime de le souligner. J’ai vraiment hâte de passer à l’écoute de cette fameuse « Frapp Musiq », en espérant de ne pas assister à un « retour foireux » de la part de l’essonnien, mais plutôt à un come-back prometteur. Je m’attends à quelques surprises. Bien. Commençons !

 

01/ Koidmieux : On commence dans une ambiance très intéressante. Quoi de mieux que d’apporter sa touche personnelle à une oeuvre musicale ? Pas grand chose lorsqu’on est artiste. Une prod’ qui reflète une certaine prise de risque quand on voit le niveau du débit, qui s’avère être véritablement élevé et assez complexe, mais tout en restant très créatif. Ce qui compte le plus sur une instrumentale, qu’est-ce que c’est ? La qualité du rap bien sûr. Sur ce point, pas grand chose à redire, c’est très maîtrisé. Zekwé mène parfaitement son morceau et plonge ses auditeurs dans une ambiance qu’il gère de manière insolente. On commence très bien cette écoute. Un peu de facilité parfois sur le plan lyrical, à certains moments de l’extrait, mais ce n’est pas une chose qu’on peut vraiment reprocher à l’artiste.

 

02/ Animos : Celui qui voudrais plonger dans la fosse comme Shy’m refléterais une folie certaine, un  état d’esprit à la limite de l’instabilité. Je vous conseillerais plus un saut comme Rohff lors de son Zénith légendaire sur le morceau « Ça fait zizir ».  Là c’est la classe. Le beat est très travaillé, ça se ressent, il y a beaucoup de détails, à la limite d’un surplus, mais tout reste utile, aucune inquiétude sur ce point là. Un refrain dangereusement efficace, j’ai surpris une personne chantonner les paroles de celui-ci dans le métro. (Si tu es un homme pressé, descendant à la station Montparnasse-Bienvenüe, côté ligne 4 en direction de Mairie de Montrouge, dimanche dernier, c’est peut être toi). Je m’égare, je retourne au refrain, celui-ci est terriblement entraînant, s’affilie parfaitement à l’atmosphère dégagée par la combinaison prod/flow. Le morceau est vraiment pas mal. Seulement un point négatif, se fait tellement une place importante dans cet extrait qu’on en oublierait presque les couplets qui composent le track. Très minime encore une fois, tout dépend de votre interprétation.

 

03/ Chicken Wings feat Yoroglyphe : Non, Ol’Kainry et Jamais à l’Heure n’ont pas écrit ce morceau. Leur grand amour pour le poulet ne se reflétera pas sur cet extrait. Ça aurait pu être très drôle cependant. L’instru est une perle, le flow pris est terrible, la répétition du refrain avec un effet assez spécial, quand à lui est vraiment, vraiment, mais vraiment saoulant à la longue. Mais bon, ce qui a autour de ce fameux refrain efface le faux pas de ce dernier. Donc ce hic est vraiment minime à l’écoute du morceau. 4 minutes 47 de son ? Pas assez. Surtout quand l’outro de celui-ci laisse à croire qu’une réelle suite était prête à être envoyée sur le projet, je reste sur ma faim. Le track est novateur, j’ai bien aimé.

 

04/ Zombies : Je connaissais déjà morceau, mais retomber dessus pendant l’écoute m’a fait plaisir. Une grosse claque, mais vraiment, une genre de claque d’un daron portugais maçon en pleine face, le genre de contact qui te provoque un sifflement dans les oreilles. Bref, ceux qui se reconnaissent dans ces écrits, grosse force à vous. Je vous soutiens. Revenons au morceau. Virgule, petit-pont, passe en profondeur, réception d’un centre en contrôle de la poitrine, et retournée acrobatique en pleine lucarne… Voilà, vous pouvez comparer ce morceau à ce genre d’action. Une prod’ vraiment terrible, qui se doit d’être vraiment complimentée, un mix calé de manière parfaite, un refrain diablement efficace, des couplets maîtrisés, une inspiration géniale, 5 minutes 54 de régal sur tous les points. Le morceau porte le brassard de capitaine pour le moment, et mène l’équipe de la meilleure des manières. Le support audiovisuel de l’extrait est sorti il y a un peu plus d’un an, et oui, déjà. « Faire du ballon, non merci, par contre je veux bien la paye et la go de Cristiano (Tu vois de quoi je parle ?) », moi je vois très bien de qui tu parles.

 

05/ Toudanlkalm : Avec une telle introduction, on comprend que l’atmosphère de ce morceau sera bien particulière. La prod’ est ingénieuse, et nous plonge dans un océan de créativité. Le titre du morceau se contredit lui même, si celui-ci est « calme », cela nous donne envie de tout faire, sauf d’être calme. Les lyrics partent sur un rap sans thème plutôt plaisant mais, sans réelle originalité. L’instru nous emmène réellement dans un autre monde de manière indéniable, j’accroche vraiment bien sur ce morceau.

 

06/ Premier métro : Déjà présent sur le projet « Seleçao 2.0 », ce track refait surface. Que serait un projet de rap français,  ou même du rap en général, sans un extrait en hommage à une dulcinée ? Pas grand chose… Sur ce morceau Zekwé nous raconte l’histoire d’une femme « sensuellement gangsta » selon les dires de l’artiste. Le genre de femme à faire le geste de puissance de Kaaris dans le morceau « Zoo » de manière plus virile que son compagnon, tout en ayant du vernis sur les ongles. Le genre de femme à battre son mari au bras de fer, tout en se maquillant. Le genre de femme à marcher dans le ghetto « comme aç » *se penchant plus d’un côté que de l’autre, tout en laissant traîner une jambe en marchant* comme dirait Aladoum dans un  Rap Contenders face au luxembourgeois Godié. Je pense que vous voyez le truc. L’amour pas vraiment réciproque entre l’artiste cette fameuse désirée. On fait connaissance avec une prod’ plutôt lente par rapport aux extraits précédents. Un thème bien maîtrisé fait l’affaire, mais sans plus, juste ce qu’il faut. Le morceau est plutôt dans un bon délire et touche le côté personnel de l’artiste. Pas mal, mais sans plus, il manque la petite touche qui fait que… Vous me suivez ? Pour faire connaissance avec cette gente dame, visionnez le clip de l’extrait, sorti le 8 juin 2015. « J’suis en mission dans son corps comme Néo dans la matrice », les amateurs de Matrix apprécieront.

 

07/ Toutédebonkalité feat. Nylz Neves : J’avais déjà entendu ce morceau. On part sur un refrain totalement décalé, et pas vraiment bon par rapport aux précédents extraits. Prononcez : « Tout est de bonne qualité » avec un accent chinois, ça y est, vous y êtes, vous tenez votre refrain. Passons. On change d’environnement musical, je vois bien ce morceau interprété lors d’un concert avec un public qui suit les dires des artistes, grosse ambiance, bonne énergie, ça saute de partout… Zekwé montre ce qu’il sait faire. La prod’ est monstrueuse. Un léger bémol, la répétition est omniprésente sur cet extrait, et pour un refrain qui n’est pas autant mélodieux que les précédents, ça devient très vite lassant. En espérant croiser le rappeur sur la ligne du RER D un jour ou l’autre. Ce serait cool, pour moi, peut être pas pour lui par contre. Le clip est disponible sur YouTube depuis quelques mois déjà.

 

08/ Princess : Non, notre cher Zekwé ne parle pas de la dernière tendance de la Fashion Week parisienne, un bonnet noir et des baskets blanches en plein été, ça n’a pas de sens, sauf pour les gens bizarres, pour ceux qui vont à la Fashion Week en fait, finalement, avec un peu de recul, ça peut avoir un sens pour certaines personnes. Je m’égare. Si le rappeur doit faire du chiffre (de la moula, des liasses, de la money, du papier bien entendu), en alliant ces derniers détails vestimentaires, on peut savoir très facilement à quoi s’attendre par la suite. Braquage, ou vol, n’importe, tout est bon pour donner des yaourts à la petite, comme il est dit dans le texte. « Princess » est un morceau très réussi, un vrai fil est établi lors de l’écoute, on veut écouter la suite de l’histoire avec attention, un instrumental très mis en valeur grâce à la grande qualité du mix, ce morceau s’approche de la perfection, la frôle.

 

09/ Merco Benzo (Madizm Remix) : Entre deux, trois vérités qui fâchent, quelques égotrips très insolents, des changement d’ambiances violents, mais terriblement séduisants, un refrain très avantageux sur le plan musical. Un très bon cocktail qui séduit à bon escient et de manière très juste les auditeurs. L’extrait est un remix à la sauce Madizm, d’un morceau déjà partagé il y a quelques temps. Avec ce morceau plutôt lent, enfin presque, Zekwé peut se pavaner sur la plus belle route de ses rêves, lunettes de soleils, petit panama qui va bien. Ce morceau pourrait bien être un de mes sons fétiches pour cet été.

 

Un grand bravo à Zekwé, une telle qualité pour un projet totalement auto-produit, je suis très admiratif. Plusieurs thèmes sont abordés, des rap sans thèmes également, le projet est très complet dans sa forme musicale et artistique. Un vrai fil conducteur s’applique sur certains titres, c’est un style de forme réellement intéressant. Les prod’ sont généralement à la limite de la véritable perfection musicale, la touche, la différence qu’il faut pour transcender l’auditeur est souvent bien présente. Le virage rapologique qu’a prit Zekwé me paraît être vraiment très captivant lors de l’écoute. Le gros défaut de ce projet, c’est qu’il n’y avait pas de surprise, sur 9 morceaux, 4 d’entres eux étaient déjà connus, soit un peu moins de la moitié. Zekwé a su se diversifier de manière considérable et touche à tout, c’est très plaisant à l’écoute. Sur ce point là c’est vraiment dommage. Mais il ne faut pas oublier que ce n’est qu’un EP. Je ne voulais pas m’arrêter au bout de 9 titres seulement, trois ou quatre autres auraient été bénéfiques à l’écoute de ce produit. Voilà, le projet reste tout de même très réussi. Bravo à toi Zekwé. A bientôt pour un projet un peu plus long je l’espère, qui révélera un peu plus de surprises. Mais ne nous fait pas attendre trop longtemps, on pourrait mal le prendre.

NOTE : 16/20

chaves@vrairapfrancais.fr

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