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CHRONIQUE : YOUSSOUPHA – NGRTD

Après le succès de Noir D*** , Youssoupha revient avec un nouvel album

Nouvel album de Youssoupha, un rappeur que je porte dans mon cœur depuis longtemps : je me souviens avoir écouté en boucle son projet ÉTERNEL RECOMMENCEMENT sur mon MP3 à sa sortie, en boucle des titres comme « Les apparences nous mentent » ou encore « À force de le dire », d’avoir acheté NOIR D*** le jour de sa sortie et de m’être chauffée pour aller voir le Prims Parolier en live à deux reprises dans le même mois ! Youssoupha est une valeur sûre dans le rap français, peut-être même trop sûre : depuis NOIR D***, la recette Youssoupha fonctionne bien, certes mais je mets la barre haute pour ce nouveau projet ; j’en attends beaucoup. J’espère que NGRTD, surtout avec un tel titre, va me brusquer, me surprendre, me mettre la gifle musicale que Youssoupha est capable de me mettre !

 

1/ Où est l’amour ? : Du Youssoupha dans toute sa splendeur : un son accrocheur, qui rassemble (grâce aux répétitions de « Dites » en début de phrase), de la répartie, de la punchline « J’ai mis un cheveux sur la langue de Molière » de l’égo « Dans ce rap game, j’suis pas le meilleur, non : je suis le seul » sur une belle mélodie, se terminant sur des propos de Senghor, une figure importante du concept de négritude. Une intro qui ressemble à celle de NOIR D*** si on compare un peu, intitulé « L’amour » commençant de la même manière « Nouvel album… » Une bonne intro dans l’ensemble.

 

2/ Salaam : Un titre qui me parle direct ! La prod est entraînante, une musicalité africaine avec une bonne rythmique (sample du titre « Flora, une femme difficile » de Franco) Un titre qui rassemble, Salaam, Youssoupha nous parle, parle à son public « Je m’appelle Youss et j’ai le meilleur public du monde ! » Un son qui motive, on a envie de tout entreprendre ! Youssoupha a des phrases type (je les appelle des youssouphases) du genre « Faut pas que la peur de l’échec soit plus forte que l’envie de réussir » / « Le rap n’est pas mort vu que je suis toujours en vie » / « La nuit, je fais des rêves et le jour, je les réalise » / « J’préfère être haï pour ce que je suis que d’être aimé pour ce que je ne suis pas » (facile celle-là). Bon je vous épargne le « Être dans le vent, ça reste l’ambition des feuilles mortes » car c’est un autre doss… Bon malgré cette petite remarque, ce titre est bon ! Les notes dubstep de la fin n’étaient vraiment pas nécessaires, par contre…

 

3/ Points communs : J’adore Youssoupha quand il rappe comme ça : incisif, du flow, de la technique, de la répartie ! Une prod assez simple. Une belle youssouphase « J’ai dû faire le double pour qu’on me donne la moitié ! » J’crois que ça va être mon jeu pendant toutes cette chronique, ahahah ! De la punchline comme on les aime « Mais pourquoi tu fais le dur ? Les mecs sont fiers de leur département comme si leur daronne taffait à la préfecture ! » mais aussi de la punchline déjà vue « J’connais des illettrés qui savent bien lire entre les lignes » / « J’connais des aveugles qui sont visionnaires » (Gestlude, pt 1 sur NOIR D***) Mais rendons à Youssoupha ce qui lui revient : un concept de folie, concept dont j’applaudis l’idée ! Un invité pose sur ce titre, pour ma part, c’est Lino « Pas d’Oedipe, nique sa mère : Joey Starr, c’était mon Sigmund Freud ! » Vous avez sûrement eu d’autres rappeurs : Alonzo, Disiz, Médine ou Sam’s, en fonction des albums. Une idée de génie tout en discrétion !

« Mais pourquoi tu fais le dur ? Les mecs sont fiers de leur département comme si leur daronne taffait à la préfecture ! »

 

4/ Maman m’a dit : Un titre profond et touchant : Youssoupha se livre, parlant de sa mère qu’il a perdu, nous confiant que malgré son ambition et sa réussite, les valeurs ne s’achètent pas : l’amour d’une mère, la confiance, la fidélité. On peut tout perdre alors qu’on pense que tout est acquis « Le feu qui finit par te brûler est souvent le même feu avec lequel tu te chauffes » J’aime son ton lourd et grave, j’aime aussi sa répétition de « J’gagne ou je perds, au moins j’aurai pris des risques d’homme : plus rien ne me ramènera ma mère, même pas mes disques d’or » qui accentue le propos. Malgré ça, j’ai beaucoup de mal avec le refrain, il sonne faux… La prod qui est bonne, évolue sur la fin, ce qui n’est pas nécessaire… Bon titre.

 

5/ Memento : Mais quel film ! Memento de Nolan, si vous ne l’avez pas vu, vous passez à côté d’une vraie pépite cinématographique ! Mais c’est pas le propos, de quoi on parlait déjà ? Ah oui, Memento ! Un vrai point commun entre le Memento de Nolan et celui de Youssoupha : c’est une pépite musicale, pas dans le son directement mais dans le concept ! Attendez, je sais plus dans quel délire il part… Ah oui, j’ai halluciné en l’écoutant ! Youssoupha perd la mémoire et en joue merveilleusement bien ! « J’me fie qu’à mes songes et ma… Euh non, j’l’ai déjà rappé ça… » quand il reprend… Quel titre il reprend déjà ? « L’effet papillon » je crois… Ah non « Les apparences nous mentent », il reprend « Les apparences nous mentent » c’est vrai !! Et puis y a d’autre rappeurs qui viennent poser sur le titre… Le binôme là… Putain, l’autre là, « Si seul » « Jimmy Punchline » et tout… Ouais, c’est ça Orelsan !! Qu’est-ce qui m’arrive, comment j’galère aujourd’hui ! Ouais bah y a les Casseurs Flowters qui interviennent « Et mais, sur quel album on rappe ? / Euh, j’sais pas… » Ce titre est juste hallu-ci-nant, j’sais plus pourquoi mais j’en ai déjà trop dit, écoutez-le !

 

6/ Love Musik feat Ayo : « Ça, c’est pas du rap de rue : c’est du rap d’amour » nous disait Youssoupha il y a 3 ans, on est en plein dedans « Puisque l’amour est essentiel » Un titre qui passe en radio, commercial et tellement bon ! Youssoupha a le don de faire de bons tubes, et celui là est bien meilleur que « Dreamin » ou « On se connait » : il est beaucoup plus vrai, plus authentique. « Mon fils a de grands yeux, j’fais l’effort d’un monde parfait pour que jamais il confonde ceux qui parlent fort et ceux qui parle vrai ! » Après, je suis loin d’être fan des chansons en franglais, c’est juste une question de goût mais je dois bien avouer que celle-là passe vraiment bien : musicalement, la prod me parle, un bon refrain et Ayo kicke ça sur son couplet ! « Indignez-vous pas seulement pour vous, indignez-vous aussi pour les autres ! » Bon titre.

 

7/ À cause de moi feat Humphrey : Un titre gentillet, dont je ne suis pas fan : c’est trop niais, trop populaire, les dadadam, j’imagine déjà tout le monde reprendre cet air en choeur, en concert ou autre… Humphrey au refrain, n’apporte pas grand chose, Youssoupha éparpille son amour, la prod à la guitare, dadadam… Un texte simple, qui rassemble, des youssouphases « On voit pas les choses telles qu’elles sont : on voit les choses telles que nous sommes », de la profondeur « On est seuls face au monde entier, seuls face au monde, seuls face au monde » dadadam ! Youssoupha qui rigole, un champs de fleur, des chatons mignons qui se roulent dedans, c’est gentillet et ça va bien fonctionner cet été, dadadam !

 

8/ Chanson française : Voilà, ça me correspond beaucoup plus ça ! J’aime beaucoup la prod de Nodey. J’aime les références, surtout les références dans le rap français, j’aime ce délire d’hommage, j’aime comment Youssoupha l’a amené : intercaler des phases de ses contemporains pour balancer son texte ! Les plus grands noms sont empruntés : Rocca, Oxmo, NTM, Kery James, Lunatic, le 113, la FF avec Sat et le Rat Luciano ! Le délire est très bon, ça ramène de la dynamique au lieu de balancer une liste de nom…. Ça m’aurait plu que Youssoupha soit plus dans l’hommage dans son texte mais c’est son choix : l’hommage est dans la forme pas dans le fond. Il passe même le relais, listant la relève du rap français selon lui. La liste est chuchotée, un peu à la va-vite, mais quelques noms ressortent comme Alivor, Ladea, la Mz, BigFlo & Oli, Vald, Gradur et point… Je reste un peu sur ma faim mais le son très bon dans l’ensemble !

 

9/ Entourage : Premier extrait de NGRTD, je l’ai écouté en boucle : j’ai pas compté à combien de personnes je l’ai partagé mais le chiffre doit être assez important ! Je salue l’idée d’ailleurs : partager pour écouter, c’est intelligent ! Le titre, très bon : la prod est dingue, posée et profonde, elle nous porte. Un Youssoupha comme je l’aime : il kicke, il fait cogiter, j’adore ! Pour moi, il emprunte à deux de ses morceaux : « Eternel recommencement » dans la structure et « Espérance de vie » pour le fond et la forme. « Eternel recommencement » car il commence son texte comme il le finit, ce qui amène beaucoup de dimension à ces titres : la répétition, répétition sociales et politiques dans l’un, répétition de partage pour l’autre. Ce qui me refait penser que Youssoupha est vraiment fort ! « Espérance de vie » dans le ton, grave et sérieux, avec une prod tout en volupté. Dans sa façon de rapper aussi : il ne s’arrête pas pendant 5 minutes, de la punchline à chaque fin de phrases, de la réflexion, de l’image et de la youssouphase « Mon public est somnambule : je rappe des histoires à dormir debout » ou encore « Ils prétendent tous faire du lourd alors je reviens léger comme un plume » Un texte lourd de sens, j’ai adoré !

 

10/ Le score feat Némir : « Alors je pète le score en indépendant » De l’ambition, de la volonté, de la motivation, ce sont les qualités qu’il faut avoir pour s’en sortir. « J’ai dû tenir le coup, lutter, me battre, apprendre à ne pas céder ! » Le refrain de Némir est bon, on rentre dedans, il en total adéquation avec la prod. Le flow de Youssoupha se cale parfaitement dessus aussi « J’ai tellement de flow : chaque fois qu’je rappe, on dirait quelqu’un d’autre ! » Et de la youssouphase, bien sûr : « J’suis trop célèbre pour être alcoolique anonyme ! » Bon titre dans l’ensemble même si je ne vais pas me tuer avec…

 

11) Niquer ma vie : Ce titre m’a ému… Youssoupha se livre sur un sujet peu courant, le fait d’avoir pu niquer sa vie à cause de deux relations sur lesquelles on ne crache pas normalement: ses amis et son frère. Il leur en veut… Ses amis car il a goûté à la délinquance, s’est mis en danger pour les suivre, faire comme eux « À cause des potes, j’ai failli finir comme un délinquant minable », son frère car ses allers-retours en prison ont « failli tuer ses études et sa carrière » Des propos très durs pour expliquer ses sentiments « Dans ta cellule, si tu entends cette chanson, j’espère qu’elle te fera mal comme j’ai mal à chaque fois que tu tombes » / « Montre l’exemple parce que mon fils porte ton prénom » Le refrain est très dur aussi « Lève la main si t’es en guerre avec les tiens, si tu te perds à cause des tiens » Le troisième couplet est un hommage malgré tout « Sans eux, je serai mort au casse-pipe : putain, je pense à dire merci, j’le réalise qu’à 34 piges » / « J’dédie cette chanson à mes potes et à mon frère parce qu’ils ont sauvé ma vie » Un titre prenant et très courageux, Youssoupha ne fait toujours pas « L’apologie de la rue »

 

12/ Mannschaft : L’ovni « Mannschaft »… La Mannschaft, c’est le surnom de l’équipe nationale de foot d’Allemagne, qui a gagné la Coupe du Monde, l’été dernier, d’où le « À la fin, c’est nous qu’on gagne, c’est nous la Mannschaft » Le texte est bon, du grand Youssoupha « Les rats ne deviennent jamais rois même quand le lion est mort ! » Mais j’ai encore eu l’impression que Youssoupha reprenait deux de ses titres : « La vie est belle » dans la musicalité et la structure, et son couplet de « Five minutes a slave » de Tiers Monde en feat avec Disiz, au niveau du flow. « La vie est belle » morceau qui m’avait marqué de par son message rempli de vérité et de par sa musicalité, dubstep entre les couplets. On retrouve ce côté electro sur « Mannschaft » plus dynamique qui doit vraiment bien rendre en concert, un peu à la « Kamikaze » de Disiz « Je pense qu’à la fin de ce morceau ce sera n’importe quoi… » Sur son deuxième couplet, son flow se cale sur celui présent sur « Five minute a slave » les premières phrases sont même assez identiques… Sur le 3ème couplet, la prod rechange, sa voix est sous vocoder : j’ai vraiment du mal à adhérer… Malgré tout, je reconnais la créativité ! Le texte, tout en égotrip « T’as dû faire 200 000 vues la semaine où j’ai fait 200 000 euros ! », de la youssouphase « J’réalise que mes vieux démons à moi sont encore jeunes » Hâte de faire « bordel dans la place » la prochaine fois que je vois Youss sur scène !

 

13/ Black out : Le titre de l’album prend (enfin) sa dimension ! Je me demandais où était passé NGRTD (Négritude) et commençais à croire que Youssoupha en avait lui aussi fait un black out : très bon titre. De la part de Youssoupha, je n’avais aucun doute « On m’a dit «La France, tu l’aimes où tu la quittes» Je répondrai à cette offense quand vous nous rendrez l’Afrique ! » Une prod lourde pour un texte aussi lourd. De la revendication, de la prise de position : Youssoupha dénonce et pointe du doigt « Les Noirs se tirent dessus, pourtant les armes ne viennent pas d’Afrique » / « Je suis pas issu de l’immigration, moi je suis issu de la colonisation ! » Beaucoup de références surtout dans les refrains, où le rappeur revient sur les plus gros conflits et sur les plus grands leaders africains. Son ton est posé, son flow évolue, la prod parle aussi : un titre homogène, bien équilibré !

 

14/ Smile : Une jolie chanson, avec une belle mélodie ! C’est frais, joli, plein d’espoir et de bonheur. J’vais faire les même critiques que pour Love Musik avec Ayo, ce côté franglais, j’ai toujours un peu de mal. Le message est mignon et beau, donc c’est un bon tube à écouter tranquillement avec une grenadine. On se sent bien, Youssoupha à lui aussi le sourire, c’est cool, tout le monde va bien.

 

15/ Negritude : Le titre éponyme de cet album qui s’est appelé NGRTD. Youssoupha nous en parle souvent, en fait de nombreuses fois référence dans ses texte « Et la négritude en France, voilà un sujet qui fâche » disait-il dans « Éternel recommencement ». Depuis « À chaque frère », Youssoupha veut donner Negritude comme nom, il explique dans ce titre pourquoi ça ne s’est pas fait « Courageux mais pas téméraire » Il raconte son parcours de son 1er album à son dernier, toutes les phases qu’il a traversé, son évolution terminant par « J’ai imité le poète en reprenant ses termes : je rends à Césaire ce qui appartient à Césaire », la boucle est bouclée : « Rendons à Césaire… » était sur son 1er album. Une explication sur le choix de titre, pas un titre sur la négritude, engagé ou autre comme sur Black Out… Le son se conclue sur des paroles d’Aimé Césaire.

« J’ai imité le poète en reprenant ses termes : je rends à Césaire ce qui appartient à Césaire »

 

16/ Mourir mille fois : Un texte magnifique sur une prod de la même lignée. De la réflexion sur la vie, la mort… Mourir mille fois dans le sens où on meurt à chaque fois qu’on perd quelqu’un. C’est une idée qu’avait déjà développée Oxmo Puccino sur l’album OPERA PUCCINO, dans un morceau portant le même nom que celui-ci. Youssoupha a écrit ce texte lors de l’enterrement de son père Tabu Ley Rochereau, disparu en 2013 et présent sur son titre « Les disques de mon père » sur NOIR D***. On sent l’émotion de Youssoupha, sa sincérité… De nombreuses questions « Pourquoi on a beau tuer le temps mais c’est le temps qui nous enterre tous ? » Plus direct sur le 2ème couplet « Je ne pleurais pas mon père moi, je pleurais le grand-père de mon fils » Youssoupha me cueille : ce son est magnifique, émouvant pour terminer cet album…

BONUS TRACK

 

16/ Public Enemy : Extrait dévoilé avant la sortie de l’album pour bien nous mettre en apétit ! Titre référence directe au groupe Public Enemy, gimmicks « Yeaaaah boy ! », et leur titre « Public Enemy No1 pour terminer le morceau, prenant aussi du Notorious Big et même du Mac Tyer, bref un beau mélange pour remettre les pendules à l’heure avant l’arrivée de l’album ! Dommage que le titre « Pharaons et Fantômes » n’apparaisse pas dans les bonus, je continue de violer le bouton replay de Youtube !

Une longue chronique pour un tel album était nécessaire. J’admire le travail de Youssoupha, comme je le disais dans l’intro : c’est un rappeur que j’ai suivi, que je n’ai pas pris en cours. J’admire Youssoupha car il évolue : peu en sont capable. En réécoutant ETERNEL RECOMMENCEMENT, c’est flagrant ! Il évolue, et il évolue bien ! J’aime aussi ses prises de risques dans sa musicalité : ses passages électro, même si parfois je ne trouve pas ça réussi, ça prouve que Youssoupha ne s’enferme pas dans un type de rap. J’admire aussi la créativité, l’idée, cette surprise sur les titres « Memento » ou « Point Commun » : Youssoupha est fort ! Mention spéciale pour sa promo aussi, une promo de dingue ! Mais je suis déçue de ne pas avoir trouvé plus de liens avec le titre : Youssoupha est à mon sens passé à côté de NGRTD, et c’est voulu. Avec un titre aussi fort, je pense qu’il fallait y aller à fond et je ne trouve pas la promesse : « Pharaons et Fantôme » avait toute sa place sur cet album… Cet album est vraiment très bon, dire l’inverse serait impossible mais c’est bizarre : je reste sur ma faim…

Mon TOP5: Memento / Niquer ma vie / Entourage / Black Out / Mourir mille fois

NOTE : 16/20

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