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Chronique : XV – 404 Error

Après deux ans d'absences, le retour du XV est-il une "Error" ?

Les XV font partie de ces nombreux rappeurs qui ont débarqué sur le marché en 2014, en plein boum de la trap tout droit venue des États-Unis. Plus d’un an après, le 11 décembre 2015, les XV Barbar font le pari fou de sortir leur mixtape « Le gun ou la rose » une semaine après le fameux 4 décembre. Prise de risque n’est pas toujours synonyme de pari réussi et le groupe originaire du 17ème arrondissement de Paris s’en rendra rapidement compte. Malgré un long travail en amont (deux mixtapes dévoilées gratuitement quelques mois avant : « Instinct animal » ainsi que sa réédition) et une mise en avant de la part de Kaaris sur le morceau « C’est la base », le collectif connaît un succès commercial très mitigé (moins de 1000 ventes la première semaine) et peine à porter son projet sur le devant de la scène. On en retiendra tout de même quelques pépites comme le morceau éponyme ou « Déséquilibré ». Durant près d’un an et demi, le groupe dans son ensemble s’éclipse, mais pas les membres. Cheu-B dévoile sa mixtape « Welcome to Skyland » en mai dernier, The S et Layon nous présente « Plein soleil », un projet commun aux ambiances estivales, pendant que les autres MC’s sortent un clip de temps à autres. Au même moment des rumeurs vont bon train et il se dit sur internet que la fin du groupe est désormais officielle. Finalement, à la plus grande surprise du public, XV Babar fait son retour sur la toile le 25 avril 2017 avec un nouveau clip « Rolala » et surtout… un nouveau nom. L’octuor a perdu ses deux barres et sa vulgaire faute d’orthographe et devient le XV. Plus court et plus efficace pour agrandir son public. La sortie de « 404 Error » est une nouvelle étape dans l’histoire du groupe. Voyons si elle le sera aussi dans l’histoire du rap… Play !

 

1. Rolala : Premier extrait de l’album a avoir été dévoilé. Le XV démarre l’album avec un morceau de 4 minutes, sans refrain et dans lequel les 8 membres du groupe enchaînent leur couplet les uns après les autres. Des paroles crues sur une instru plutôt calme, tout cela accompagné d’un très bon usage de l’autotune. C’est du XV comme on le connaissait déjà et comme on l’aime. Excellent morceau, qui me rend enthousiaste pour la suite du projet. Mention spéciale à l’équipe de Daylight pour le clip.

 

 

2. 2K17 : On enchaîne avec un morceau trap. L’instru bien que classique est très efficace. On retiendra le piano qui rythme le morceau et le refrain et qui nous fait voyager dans l’univers brumeux du collectif. Bien que ce ne soit pas explicitement dit, on comprend que pour le XV, 2017 c’est l’année durant laquelle ils doivent passer un nouveau cap musical et commercial. Le son est bon mais on risque de vite s’en lasser. Le temps nous le confirmera… ou pas.

 

3. Kakakabaw : Le XV se lance dans ce qui marche le plus en ce moment. En faisant un tel morceau, le groupe espère clairement que ce sera un tube qui tournera en boîtes de nuits. Un morceau sans queue ni tête, ni même corps. Entre le flow saccadé de Black-D, le côté mélodique de Leso et ADK qui attaque son couplet en accapela, on s’y perd clairement. Le morceau manque totalement de cohérence et de structure. Étonnamment, après plusieurs écoutes je commence à bouger la tête et je me retrouve pris dans l’ambiance du « Kakakabawww ». Dans un language un peu familier on appelle ça de la bonne merde. Ce n’est pas moi qui le dit mais Layon : « On vend cette merde c’est pas pour le plaisir mais pour les sommes ».

 

4. Ferrari : On continue l’écoute de l’album avec un titre dans le même registre que le précédent. La formule est la même : une instru aux sonorités estivales, des paroles légères et toujours ce flow à la fois doux et violent, fidèle à nos huit barbares. Le titre est vraiment réussi ! On ne tombe pas (comme trop souvent en ce moment) dans un « rap zumba » kitsch destiné à finir par tourner en boucle dans les bars à chicha.

 

 

5. Wesh : Dès les premières secondes d’écoute je sais que je ne vais pas du tout aimer le morceau. La prod est vraiment ratée et aucun couplet ne sort du lot. Même les paroles ont été bâclées. On a affaire à des punchlines qui ne veulent strictement rien dire : « On est bien avant la signature de Charles De Gaulle», « Le regard en dit long, mes pupilles se dilatent à n’importe quel moment je peux rer-ti ».

 

6. Pull Up : Incroyable intrumentale jouée au piano ! Le genre de morceau où l’on se rend compte de l’importance du travail des beatmakers. Pour une fois on ne ressent aucune différence de niveau entre les différents couplets. Le refrain est simple mais efficace. Espérons qu’ils exploitent ce morceau pour promotionner l’album.

 

7. Rabta : Après le piano on a de la guitare. Black-D attaque le morceau avec son refrain aboutis. Il est d’ailleurs le seul à vraiment trapper, les autres membres tendent plutôt vers un chantonnement, sans pour autant délaisser le côté hardcore. Morceau de qualité !

 

8. Mes larmes : Incompréhension to-tale durant l’écoute des 30 secondes. On attaque le titre avec un agréable piano qui présage un son paisible, jusqu’à la 15ème seconde où une voix dopée à l’autotune apparaît. Tellement dopé qu’on a du mal à discerner le sexe de celui ou celle qui se cache derrière ce pont. Le morceau commence donc réellement à 29 secondes avec un refrain répétitif (8 fois « laissez mes larmes couler ; laissez moi ») qui rentre dans la tête. Les barbares se livrent timidement sur leur passé. Mention spéciale au couplet de Layon ; il devrait clairement se mettre au chant !

 

9. Frero : Nous sommes déjà à la moitié de l’écoute d’« Error 404 » et je suis pour le moment agréablement surpris. Une nouvelle fois le XV nous sert une instru afro qui fait danser. Je met le titre dans la même catégorie que « Kakakabaw » et « Ferrari ». Le son n’a cependant pas grand intérêt. Je zappe.

 

10. Présidentielle : Un morceau dont le titre nous rappel LE gros événement de cette année en France. Pourtant a aucun moment le XV évoque le t-shirt de Mr. Poutou ni même l’hologramme de Jean-Luc Mélenchon. Les thèmes abordés sont les mêmes que sur les autres tracks du projet : les femmes, la bicrave et l’oseille. Une nouvelle fois le XV associe flow calme, paroles crus et instrumentale tout droit sortie du hood de Chicago. Ca fait clairement le taf, j’adore !

 

11. Le remède : Morceau trap comme le groupe en a toujours fait et en fait toujours. Dommage que le refrain d’ADK, répétitif et médiocre, gâche le morceau. Les couplets, bien qu’ordinaires, sont plutôt bons. Je zappe encore.

 

12. Saiyan : Passage obligatoire pour tout rappeur ou groupe de rap : écrire un morceau en référence à Dragon Ball Z. Comparaison à Tenshinhan et ponts tirés de la série télévisée, le XV semble avoir grandi avec le manga japonais. Sur le plan musical, c’est du kickage  comme le groupe a toujours fait, accompagné d’une instru très trap. Le morceau est extrêmement médiocre je trouve. La prod aux sonorités de jeux vidéos me semble pas du tout coller avec les couplets de Jack Mess et consorts.

 

13. RDV : Au niveau musical le morceau dégage une véritable vibe ! Le refrain de Leso est très efficace. Pour ce qui est des thèmes abordés, ça tourne en rond depuis de début de l’album et on commence à se lasser…

 

14. Mama : Quel rappeur n’a jamais fait de morceau consacré à sa génitrice ? Le XV ne déroge pas à la règle et se prête au jeu, désormais devenu mœurs dans le rap français. Déclarations d’amour, avoeux de faiblesse face à « la street qui [les] attire » et repentance vis-à-vis de tout le mal fait aux mamans sont évoqués. Le sujet est classique mais c’est la première fois que l’on entend le groupe se livrer autant sur un sujet si personnel qu’est la famille. On apprécie une nouvelle fois la guitare en fond qui nous évoque des influences d’Amérique latine. L’octuor aurait-il trop regardé Narcos ?

 

15. Full Ya : Un titre que je mettrais au même niveau que « Kakakabaw ». À la seul difference que dans ce cas là je n’arrive pas une seule seconde à m’ambiancer. Le morceau est mauvais. Je retiens tout de même le couplet de Cheu-B à 2 minutes 27 qui relève légèrement le niveau du son.

 

 

16. Thug : L’hallucination… C’est du grand n’importe quoi. Une instru digne des morceaux électro des années 2010, des cris, des couplets très médiocres… Pas la peine de m’attarder dessus, je vous laisse juger par vous même.

 

17. Paris : Second passage obligatoire dans le rap français : consacrer un morceau à sa ville d’origine. Bien que loin de pouvoir détrôner le fameux « Paris » d’un certain Housni, le morceau aurait tout à fait sa place dans notre articles sur les MC’s qui s’inspirent de Paris. Bien qu’un peu trop court et un peu facile (refrain répétitif et long, placé deux fois en seulement 2 minutes 45) le titre est bon.

 

18. Phantom : Après la Ferrari on a le droit au Rolls-Royce Phantom ; énième name dropping de marques de luxes dans ce projet. Ceci étant dit, le groupe achève l’album avec un morceau réussi. On a le droit à une instru cloud et à un flow mélodieux, représentatif du collectif qui semble s’être apaisé depuis leur dernière mixtape. Représentatif aussi du projet dans son ensemble. Une dernière fois le XV nous rappelle l’idolâtrie qu’ils ont pour l’argent, nous met en garde des dangers que l’on encoure si on ose s’en prendre à eux ainsi que leur volonté de percer dans l’arène du rap français.

 

Comme je m’y attendais avant d’entamer l’écoute, le XV reste fidèle à son identité et nous sert un album regroupant kickage, morceaux chantonnés et titres aux vibes estivales (pour ne pas dire « zumba » ou « musique de chicha »). 8 rappeurs, 8 identités distinctes et donc 8 flows différents. Cette pluralité permet de faire varier les ambiances au sein même d’un son et évite la monotonie. Le revers d’un tel atout est la différence de niveau qu’il peut y avoir entre les différents rappeurs. On regrettera de temps en temps un couplet ou un refrain médiocre qui plombe un son entier. A contrario, un seul passage d’un MC peut relever le niveau d’un morceau. Cette diversité est donc à double tranchant; on avouera tout de même que le XV aura réussi à exploiter cet aspect sur ce nouvel opus. Sur le fond, je ne m’attendais pas à mieux que ce qui a été fait. Les thèmes traités sont (trop) souvent les mêmes et on s’en lasse vite, surtout lorsque l’on écoute l’album d’une traite. Le XV n’a jamais été connu pour sa finesse d’écriture, certes, mais on aurait put imaginer une amélioration de leur plume par rapport aux précédents projets. Enfin on s’interrogera sur l’absence des excellents morceaux « Savane » et « Gang », qui avaient pourtant été dévoilés dans la foulée de « Rolala » et qui avaient très largement leur place dans l’album. Bref, écoute longue, mais agréable. Page Found !

13/20

 

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